Daniel Darc en scène

Auréolé du succès de Crève-coeur, son dernier album, Daniel Darc part en tournée. A Paris, dans un bar du quartier de la Bastille, où il réside, il nous parle de ses influences et de ses connections dans le rock français.

Rock en stock

Auréolé du succès de Crève-coeur, son dernier album, Daniel Darc part en tournée. A Paris, dans un bar du quartier de la Bastille, où il réside, il nous parle de ses influences et de ses connections dans le rock français.

 

 Mourir ? Plutôt crever. Camé, alcoolique, Daniel Darc aurait pu définitivement sombrer bien des fois. Sorti des dépendances et de l’autodestruction, mais toujours punk dans sa tête, l’ex-chanteur de Taxi Girl, groupe phare du rock français du début des années 1980, est revenu dans le circuit en 2004 avec Crève-coeur, son troisième album solo mais, de loin, le plus réussi. Surtout, Crève-coeur a rappelé à ceux qui l’avaient prématurément enterré que Daniel Darc est, à 45 ans, un auteur majeur dans le paysage rock du moment, loin des stéréotypes de la punkitude branchée et qui n’a pas son pareil pour habiller les sentiments profonds de vers aussi concis que justes. Malgré une carrière à éclipses, celui qui cherchait le garçon fait de la résistance rock depuis près de 30 ans. Flash-back.

Les jeunes de 2005 qui se lancent dans le rock revendiquent aussi des références françaises, dont tu fais partie. En 1977, en dehors de la culture américaine, avais-tu d’autres attirances musicales ?
Pas vraiment, c’était surtout anglo-saxon, new-yorkais plus spécialement. J’étais fan de Patti Smith. A cette époque, j’écoutais aussi pas mal de rock des années 50, comme Elvis Presley et Gene Vincent. Puis est venu le punk. Ce qui me fascinait dans le punk, c’était le côté incontrôlable et incontrôlé.

A cette époque, quels étaient tes disques et tes auteurs français de chevet ?
Serge Gainsbourg beaucoup, Michel Polnareff un peu. J’aimais aussi des groupes punk comme Métal Urbain ou Asphalt Jungle, le groupe de Patrick Eudeline (devenu depuis écrivain et journaliste rock - ndlr). Plus récemment, j’ai apprécié des gens comme Miossec, Alain Bashung. Côté disques, pas grand-chose, pratiquement que du Gainsbourg : Melody Nelson, L’homme à la tête de chou, Vu de l’extérieur. Sinon, j’adorais le 45 tours Poly Magoo, d’Asphalt Jungle.

En 1986, Téléphone se sépare, Taxi Girl publie son dernier single, Aussi belle qu’une balle, Trust se met en veille… Une page du rock français se tourne, celle des pionniers du renouveau rock de la fin des années 70. Le rock alternatif prend le relais avec des formations comme Ludwig von 88, Béruriers Noirs, les Garçons bouchers. Te reconnaissais-tu dans cette scène ?
Je n’ai jamais été attiré par le rock festif de la fin des années 80, même si parfois j’appréciais des mecs qui en faisaient. Par exemple, je n’ai jamais vraiment écouté les Négresses Vertes mais j’aimais bien Helno, leur premier chanteur (mort d’une overdose en 1992 – ndlr).

Des groupes comme la Mano Negra, ça ne te rappelait pas l’énergie des années punk ?
Non, je n’ai jamais écouté ça.

Le rock n’est-il pas devenu une musique commerciale pour les radios ados ?
Non, je ne suis pas d’accord avec toi. Déjà, à partir du moment où le rock‘n’roll est devenu du rock, on est sorti d’une culture adolescente. Ensuite, depuis le rock’n’roll des années 1952-1953 jusqu’au punk des années 1977, le but a toujours été d’être commercial. Je ne connais personne d’intelligent et de sincère qui revendiquera le fait de ne pas vendre de disques. D’autre part, il n’est pas question de faire de concessions aux maisons de disques ou à qui que ce soit, il faut simplement faire son truc et si ça peut devenir commercial, c’est tant mieux.

Si tu débutais aujourd’hui, serais-tu aussi libre qu’il y a vingt-cinq ans ?
Je ne sais pas si ce serait pareil, mais il y a aujourd’hui des groupes qui sortent que j’adore, comme les Libertines. Sinon, je ne referais pas forcément la même chose car ce n’est plus la même époque. Je n’ai pas de nostalgie.

 

    L’histoire du rock est aussi pavée de talents maudits. Certains ont fait partie de ta vie, comme Jean Néplin ou Alain Kan.

C’était des amis avant tout. Jean Néplin avait un talent d’auteur extraordinaire. Il a joué dans plusieurs groupes, notamment avec Fred Chichin, qui fondera plus tard les Rita Mitsouko avec Catherine Ringer. Mais il était incontrôlable, totalement ingérable. Alain Kan était aussi un ami qui écrivait très bien. Jean Néplin n’a pas fait grand-chose ; Alain Kan a beaucoup enregistré, dans des styles très différents à chaque fois. Aujourd’hui, personne ne les connaîtrait car personne ne les signerait. Quelqu’un a dit un jour : "Si demain, Jim Morrison entrait dans mon bureau, je ne le signerai pas". C’est aussi pour ça que je n’ai pas fait d’album depuis dix ans. Frédéric Lô, qui a produit Crève-coeur, a présenté ce qui allait devenir l’album à plein de gens du métier, mais beaucoup ont répondu : "Non, pas avec Daniel Darc".

Ces dernières années, tu as travaillé avec Bertrand Burgalat, Brent et Diabologum. Ça s’est passé comment ? Les  connaissais-tu ?
Je ne connaissais pas du tout le groupe Brent. Ils avaient envie de faire un truc avec moi, ça s’est quasiment improvisé (Daniel Darc figure sur deux titres de leur album, Ghost et la reprise de Cherchez le garçon - ndlr). Pour Diabologum, c’est différent, j’aimais déjà bien ce qu’ils faisaient. Avec Bertrand Burgalat, nous nous sommes rencontrés pour une compilation en hommage à Joe Dassin, L’équipe à Jojo. On s’est bien marré, je l’aime vraiment énormément.

Sorti l’an dernier, Crève-coeur, ton premier album en dix ans, est un succès commercial. Tu as même été élu Révélation de l’année aux dernières Victoires de la musique. Considères-tu Crève-coeur comme un nouveau départ ?
Oui, car ma vie est très centrée autour de ce que je fais et surtout ce que j’écris. En ce moment, je travaille pour d’autres, mais je ne te dirai pas qui car je préfère ne pas en parler tant que ça n’est pas certain, et puis j’écris pour mon prochain album, que je réalise encore avec Frédéric Lô.

Quand sera-t-il prêt ?
Il sera prêt quand il sera prêt !

Daniel Darc Crève-coeur (Mercury/Universal) 2004
En concert
le 15 mai à Bruxelles (Belgique), le 21 à Limoges, le 24 à Bordeaux, le 25 à Perpignan, le 26 à Toulon, le 27 à Annecy, le 28 à Barcelone (Espagne), le 1er juin à Reims, le 2 à Alençon, le 3 à Lille, le 4 à Bondoufle (festival Efferv’Essonne)