Trans en Chine

Les Trans Musicales de Rennes, un des plus célèbres festivals français de musiques actuelles, se délocalisent en Chine le temps d'une édition spéciale les 18 et 19 juin à Pékin. Au programme, une douzaine de concerts avec des artistes français et chinois. Une grande première qui resserre les liens tissés depuis quelques années.

Les Trans Musicales s'exportent à Pékin

Les Trans Musicales de Rennes, un des plus célèbres festivals français de musiques actuelles, se délocalisent en Chine le temps d'une édition spéciale les 18 et 19 juin à Pékin. Au programme, une douzaine de concerts avec des artistes français et chinois. Une grande première qui resserre les liens tissés depuis quelques années.

En Chine, c'est l'année du Coq ... ça tombe bien pour un festival français! L’affiche est belle : St Germain, qui n'a pas donné de concerts depuis trois ans, sera là avec ses musiciens habituels et un invité de marque, le batteur Tony Allen ; Danyel Waro, Gotan Project et DJ Morpheus feront aussi le voyage jusqu'à Pékin pour cette occasion exceptionnelle. Origine rennaise du festival oblige, les Bretons arriveront en nombre avec Denez Prigent, X Makeena, Bikini Machine et Digicay. Autres sélectionnés côté France, les DJs Big Buddha, DJ Netik et Pat Panik, MISSIL et Bobby Hardcore Liberace. Le pays hôte n'est pas oublié, représenté par Wang Lei et Iz.

La programmation reste donc fidèle à l’esprit des Trans Musicales de Rennes, éclectique (musique celtique, maloya, électro, rock, traditionnel, fusion ...) et sans concession à la variété. Le choix ne relève pas du hasard : la plupart des artistes ont prouvé leur talent aux Trans. Saint Germain, en 1995 et Gotan Project, en 2001, y ont même donné leur premier concert. Et l’esprit des steppes a déjà soufflé sur Rennes lorsque Iz, le groupe sino-kazakhe, a joué en juin 2004 à l'Ubu, en compagnie de Shetou et Wang Lei (qui était aussi aux Trans en décembre).

 

 Ce sont ces liens tissés depuis deux ans qui légitimisent l'entreprise. Le grand manitou des Trans Musicales, Jean-Louis Brossard, avait déjà organisé des "soirées Trans" et des résidences à La Réunion, en Norvège, en Suisse. Mais exporter les Trans en Chine avec une programmation sur deux jours est une grande première, pour lui et pour les artistes. Il aura fallu un an d’approches et de négociations pour arriver à ses fins (cf. interview de Jean-Louis Brossard ci-dessous). Outre les contraintes logistiques, la censure veille. Il faut obtenir l'autorisation du Ministère de la Culture, qui contrôle le contenu des textes aussi bien dans le cadre du spectacle vivant que pour les licences de disques étrangers. Tous les textes ont été acceptés pour les Trans, ouf ...

A l’échelle de Pékin (14 millions d'habitants officiellement), sans même parler du pays, l'impact du festival n'est pas évident à mesurer. Les artistes invités ne sont pas aussi familiers aux oreilles chinoises que Jean-Claude Borelli, Richard Clayderman et Mireille Mathieu ... Mais les musiques actuelles font leur chemin. Jean Michel Jarre a lancé le mouvement avec le premier concert de l'ère post-maoiste en 1981 et d'autres, dans la nouvelle génération, l'ont suivi comme Laurent Garnier, Rachid Taha, Julien Lourau, Galliano ou Patricia Kaas dernièrement.

Les ventes restent modestes : après tout, le répertoire international ne représente que 16% des 200 millions d’unités (CD, cassettes) vendues en 2002* et les radios diffusent peu de chanson française. Manu Chao, Gotan Project et St Germain tirent un peu leur épingle du jeu grâce ... aux CD pirates qui permettent aux jeunes branchés d'être à la mode. Pour tenter d'améliorer la situation, des rencontres entre professionnels de l'industrie musicale française et chinoise ont lieu en prélude au festival, du 16 au 18 juin*.

Pour que les Trans soient aussi populaires et festives que possible, l'organisation du festival a tenu à ce que les concerts aient lieu en plein air et que le prix des places reste raisonnable : le ticket un jour coûte 80 yuans (8 euros) et la scène est installée dans le parc Chaoyang. 8000 personnes y sont attendues. Les sets des DJs auront lieu, eux, à l'intérieur, au Tango Club. Dans le calendrier chinois, les jours du solstice d'été sont ceux où l'énergie yang arrive à son maximum. Promesse de bonnes vibrations pour une fête de la musique inhabituelle.


   TROIS QUESTIONS A JEAN-LOUIS BROSSARD, DIRECTEUR GENERAL (AVEC BEATRICE MACE) ET RESPONSABLE DE LA PROGRAMMATION DES TRANS MUSICALES :

 

 Pourquoi les Trans en Chine et pas ailleurs ?

A la base de ma relation avec la Chine, il y a une invitation de l'Association Française d'Action Artistique et du Bureau des Musiques Actuelles à Pékin en septembre 2003, au festival de la Grande Muraille. Là, j'ai découvert un groupe chinois, Longkuan & Supermarket, que j'ai invité aux Trans Musicales [de Rennes]. En plus, 2004 était l'année de la Chine en France et 2005, l'année de la France en Chine. J'ai donc proposé ce projet de Trans en Chine et après un an de travail, voilà, ça a lieu à Pékin les 18 et 19 juin. En allant là-bas, j'ai vu toute une jeunesse intéressée par les nouvelles musiques, c'est d'abord pour elle que je le fais. C'est important d'ouvrir les frontières, de montrer des groupes français aux Chinois comme moi je montre des groupes chinois aux Français.

Qu'est ce qui vous a donné envie de programmer des artistes chinois ?
Il y a des influences traditionnelles et chaque région a sa tradition, les Kazakhes ne font pas la même musique que les Mandarins etc. Je pense à Wang Lei qui fait du dub, il y a une influence chinoise, on sent bien dans sa musique qu'il n'est pas jamaïcain. Longkuan, qui chante en mandarin et Iz, qui chante en kazakhe, amènent un son nouveau pour nous qui n'avons pas accès à cette musique là. La musique peut être actuelle et en même temps millénaire, c'est ça qui est formidable. Elle n'a pas d'âge. On dit musiques actuelles mais ... Aux Trans Musicales, on avais fait jouer les Qawali Brothers, les neveux de Nusrat Fateh Ali Kahn, avant Public Ennemy : c'est le genre de pari que j'aime. C'était de la musique traditionnelle que les gens ont découvert parce qu'il y avait une grosse énergie.

Est-ce que le public chinois et la musique celtique de Denez Prigent, par exemple, peuvent se rencontrer ?
Il y a une notion d'universalité dans ce que fait Denez Prigent ou même Danyel Waro. Je ne comprends pas les paroles moi aussi mais la voix, c'est une émotion. La musique, c'est de l'énergie et de l'émotion. Mais il y a une chose qui manque en Chine, c'est le groove. Ils n'osent pas danser, trop bouger. C'est dû au fait aussi qu'en Chine, dans beaucoup de concerts, tu n'as pas le droit de te lever, tu dois rester assis. Donc voilà, on va essayer d'amener le groove aux Chinois!