Festival d'Essaouira 2005

La huitième édition du festival Gnaoua et musiques du monde s’est déroulée du 23 au 26 juin. L’occasion pour le nombreux public marocain d’assister aux rencontres des maâlems avec les musiciens issus du jazz et de la world. Un moment idéal également pour de jeunes groupes de fusion de profiter de la dynamique du festival et mieux se faire connaître.

Riffs en tous genres

La huitième édition du festival Gnaoua et musiques du monde s’est déroulée du 23 au 26 juin. L’occasion pour le nombreux public marocain d’assister aux rencontres des maâlems avec les musiciens issus du jazz et de la world. Un moment idéal également pour de jeunes groupes de fusion de profiter de la dynamique du festival et mieux se faire connaître.

      Vent, mer, soleil, Essaouira et ses remparts fait toujours irrésistiblement penser à un coin de Bretagne au coeur du Maroc. Depuis huit ans, ce festival a permis à la ville de se refaire une image et de bénéficier de toutes les retombées médiatiques pour relancer le développement de la cité. Une manifestation gratuite durant laquelle 450.000 spectateurs ont déambulé dans les ruelles de la médina qui baignent aux sons de la musique gnawi diffusée à tous les coins de rue. Cette année, la tête d’affiche était Youssou Ndour, venu clôturer hier après-midi une manifestation bon enfant, mais perçue d’un mauvais oeil par les mouvements islamiques qui  voient dans la multiplication des festivals qui se déroulent dans le royaume chérifien, le signe d’une dégradation des moeurs.

Outre la vingtaine de maâlems (maîtres gnaoua) présents à cette fête qui ont joué cette année avec Danyel Waro, Julien Lourau, Bojan Z, Etienne Mbappé ou Magic Malik, Essaouira permet aux jeunes groupes marocains de se produire devant un public nombreux. Remarqués pour la plupart à l’occasion du Boulevard des jeunes musiciens de Casablanca, qui se déroule chaque année début juin, ils représentent les tendances les plus novatrices de la culture marocaine. On est loin des traditions gnawies et de leurs rites, plus proche de la culture rock et d’un héritage certain, laissé ici par Jimi Hendrix. 

Rif Gnawa, un groupe de Tétouan au nord du pays pratique une fusion rock-gnawie hispanisante, et les solos de leur guitariste Yusef El Haddad font penser aux riffs de Jimi, le Vodoo Child. Pour Yusef, "la musique gnawa est comme le blues, elle fait passer les mêmes sentiments et utilisent les mêmes gammes". Lui qui écoute Hendrix, les Stones, Clapton ou Led Zeppelin aime métisser sa musique avec ces influences anglo-saxonnes. D’ailleurs Rif Gnawa ne signifie-t-il pas "Rencontres nord-sud" ?

 

 Darga est un groupe composé de dix musiciens, en fait des étudiants des Beaux-arts. Créé en 2001, consacré Révélation de l’année 2002 au Boulevard des jeunes musiciens de Casablanca, il vient juste de sortir en début d’année un premier album éponyme qu’il a auto produit. Darga se veut le porte-parole de la jeunesse marocaine et parle des problèmes du quotidien avec une pointe d’ironie. Mais pas d’amour dans leurs chansons, thème martyrisé selon eux par les chanteurs de raï. Darga, qui signifie "cactus", résiste à toutes les conditions, comme les jeunes Marocains qui se retrouvent dans ce groupe : il mélange une multitude de rythmiques traditionnelles et modernes, profanes et sacrées, où gnawi et reggae fusionnent. Car leur objectif majeur est de sauvegarder le patrimoine musical en restant ouvert à des styles aussi variés que le dub, le ska, le ragga, le funk, le jazz et le reggae. Une fusion 100% "made in Casa" que ces jeunes musiciens ont présenté sur la place Bab Marrakech en première partie de Youssou Ndour. Pour le guitariste Badre Belhachemi, la mondialisation, "tu l’adaptes ou tu l’adoptes. Aussi vaut-il mieux prendre ce qui est bon à l’extérieur et garder les spécificités marocaines". Cela permettra de créer une musique de fusion, qui n’a toujours pas de nom, puis de l’exporter. Ce qu’avaient fait Nass el Ghiwane et Raïna Raï. Les cactus de Darga marchent sur leurs traces.

 

    Sur la place Moulay Hassan face à l’immensité de l’océan Atlantique, les polyphonies vocales des Midnight Chems donnent un sentiment de plénitude et de quiétude qui dénote des musiques de transes qui se donnent en spectacle populaire tout au long du festival. Proche des chants zoulous sud-africains et du gospel, habillés comme des chanteurs de r’n’b, Midnight Chems est le premier groupe marocain de chanteurs a cappella. Influencés par un groupe comme les Boyz 2 Men, les cinq jeunes de Kénitra arrangent les chansons du patrimoine avec les chants du gospel. Lorsqu’ils se sont présenté pour la première fois devant le public  du Boulevard des jeunes musiciens de Casablanca, ils ont craint les réactions du public, plus enclin aux sonorités électriques des groupes du moment. Mais là-bas comme ici, la magie de ces voix en a imposé aux jeunes Marocains férus de musiques électriques et de transes.

Ouvert sur le monde, le festival des musiques Gnaoua, qui draine chaque année un public plus nombreux, permet également aux jeunes artistes marocains de se produire devant un public de jeunes spectateurs, curieux de découvrir les sonorités des groupes de la nouvelle scène marocaine. Ouverts sur le monde, ils n’oublient pas pour autant l’héritage de la culture gnawi qui est à la base des créations d’aujourd’hui. Une forme d’hommage à ces rythmes ancestraux.