Émilie Simon

Émilie Simon a signé en début d'année la bande originale du magnifique film documentaire de Luc Jacquet La Marche de l’empereur. Une oeuvre musicale étonnante et émouvante, où les longues plages instrumentales évoquent le craquement de la banquise en hiver, où sa voix ciselée souffle le chaud, le froid et jamais le tiède.

La Marche de l'empereur

Émilie Simon a signé en début d'année la bande originale du magnifique film documentaire de Luc Jacquet La Marche de l’empereur. Une oeuvre musicale étonnante et émouvante, où les longues plages instrumentales évoquent le craquement de la banquise en hiver, où sa voix ciselée souffle le chaud, le froid et jamais le tiède.

      Émilie Simon a bientôt vingt-sept ans et déjà une maturité que nombre d'artistes de sa génération pourraient lui envier. Fille d’une musicienne et d’un ingénieur du son, elle réussit à propulser l’électro à la française vers des territoires inexplorés : ceux de la chanson à texte, des compositions musicales ouvertes aux instruments classiques ou traditionnels. Dans sa musique, harpe celtique, flûte, violon et beats de boites à rythmes cohabitent. Sur son premier album, elle avait invité le chanteur irlandais Perry Blake, repris les Stooges et confié les manettes de quelques-unes de ses compositions à l’Allemand Markus Dravs, un des ingénieurs du son de Björk. Cet album éponyme avait été récompensé d’une Victoire de la musique 2004.

 La jeune musicienne avait décidé de mettre en route la composition de son second album quand Luc Jacquet est venu lui demander de réaliser la bande originale de son film. "Quand il me l’a proposée, j’étais justement en train de réaliser la chanson Ice Girl. J’y faisais une recherche sur les sons évoquant le froid, en enregistrant des glaçons dans un verre, en captant le bruit que ça faisait en utilisant ce verre comme un shaker. J’échantillonnais le bruit que font les pas dans la neige." Le réalisateur Luc Jacquet et le producteur Yves Darondeau, revenant de l’Antarctique, avaient pensé à elle, sans avoir entendu parlé d’Ice Girl au préalable. Le hasard a bien fait les choses : l’artiste a réussi à façonner un album torride et glacial à la fois, tempétueux et rock n’roll sur Songs Of The Storm, cristallin aussi sur All Is White ou The Frozen World. Ce bain glacé de jouvence, au milieu d’un paradis d’animaux blancs et noirs, est un travail sur le fond (la mise en abyme d’images documentaires à travers des chansons) et sur la forme (l’interprétation du froid par des sons). Cette riche expérience, qui s’est déroulée de février à novembre 2004, lui a permis de se retrouver seule pour composer à partir du travail d’un autre artiste.

Instruments rares

 

 L’électronique selon Émilie Simon sert à produire des effets de style habiles. Elle superpose, par exemple, sa propre voix, en référence au regroupement des manchots pour la reproduction. Les violons funèbres évoquent la perte du bébé manchot malingre et transi de froid aux pieds de son papa, pendant que maman est partie pêcher du poisson. Ils contribuent à donner plusieurs tons, plusieurs couleurs rythmiques et atmosphériques au film. La construction du disque s’est faite une fois le prémontage des images effectué. "Luc m’a envoyé des rushes sans le son, ni les voix des comédiens. En fait, je ne savais même pas qu’il y aurait une voix off. Du coup, ça m’a laissé une très grande liberté", raconte la chanteuse. La musique claire, résonnante, sa voix sucrée de l'artiste enrichie d’échos, ajoutée aux samples de parties jouées avec des instruments rares, comme le glassharmonica "qui fait tourner des disques de cristal autour d’un axe et produit une vibration intéressante", participent au façonnage de ce disque singulier. Émilie Simon a aussi utilisé le cristal Baschet, un instrument sur lequel les doigts mouillés au contact de tiges de verre produisent un son très métallique.

La voix permet de renforcer la part onirique du projet, mais le chant ne prend jamais trop de place sur La Marche de l’empereur : "Je ne savais pas si c’était une bonne idée que je chante sur la bande originale. Luc Jacquet voulait quelque chose de surprenant, inqualifiable." Et le résultat est très surprenant. À l’image des manchots, serrés les uns contre les autres pour se tenir chaud par une température de -40°C et composant lors de leur rassemblement hivernal une forme de choeur harmonieux, la musique d’Émilie Simon nous emmène au beau milieu de l’univers de ses jolis animaux. "Il y a une forme de poésie créée par le souffle et la démarche des manchots. En composant, je m’imaginais au milieu d’eux, entendant la glace craquer sous leur marche. J’ai essayé de me projeter, sans avoir jamais mis les pieds en Antarctique." Un voyage réussi, que la chanteuse n'hésite pas à considérer véritablement comme son deuxième album et qu'elle tient à défendre sur scène lors de sa prochaine tournée.

Émilie Simon La Marche de l'empereu (Barclay/Universal) 2005