FILLES DU ROCK

Alors qu’on croyait le genre seulement représenté par la Stratocaster de la Grande Sophie ou les élucubrations de Brigitte Fontaine, les albums de Maïdi Roth et Orly Chap démontrent que le rock français au féminin n’est pas qu’une vision ou un fantasme. Présentation de deux chanteuses qui font parler la poudre.

Maïdi Roth et Orly Chap

Alors qu’on croyait le genre seulement représenté par la Stratocaster de la Grande Sophie ou les élucubrations de Brigitte Fontaine, les albums de Maïdi Roth et Orly Chap démontrent que le rock français au féminin n’est pas qu’une vision ou un fantasme. Présentation de deux chanteuses qui font parler la poudre.

L’une est grande, élancée et à la chevelure d’un blond nordique, l’autre est petite, plutôt trapue et frisée comme un mouton. Maïdi Roth et Orly Chap – outre des patronymes qui feraient tourner bourrique un employé de l’état civil – ont pour point commun de réveiller la nouvelle vague de la chanson française, un chouïa soporifique, avec un rock efficace et rageur.
Maïdi et Orly n’ont rien a envier à Chrissie Hynde (Pretenders), Patti Smith ou autre Marianne Faithfull dont elle se revendiquent et auxquelles on les associe volontiers. “Il y a effectivement un côté électrique et dur sur ce nouvel album”, admet Maïdi. “Mon premier disque était plus pop, moins rock. Mais en fait, à l’époque, j’imposais moins mes choix que maintenant.” Difficile d’en imposer quand on est un artiste débutant, encore plus quand on est de la gent féminine. “Au début, je ne voulais pas croire à ces clichés. En plus, je suis blonde ... Je ne vous raconte pas les a priori ! Mais en fait, il faut, là comme partout, prouver, démontrer qu’on sait accorder une guitare, faire un sound-check, trimballer un ampli et éventuellement conduire le camion après le concert.”

Poésie au vitriol

 

    “Plus d’une fois, regrette Maïdi, il faut décupler de persuasion auprès des programmateurs de salle pour qu’il viennent vous voir en concert”, persuadés qu’ils sont que nos héroïnes vont “se faire démonter la tête à coup de canettes dès la deuxième chanson”.
Orly Chap, elle, a une technique bien éprouvée en la matière. Du haut de ses un mètre cinquante-neuf, elle la joue humble en s’excusant par avance auprès du public néophyte de ses éventuelles bourdes ou maladresses. Et aussitôt après, les guitares vous attaquent par derrière les oreilles tandis que la petite bretonne, fille d’un producteur de lait et fan d’Otis Redding, vous jette au visage une poésie au vitriol qu’on n’avait guère plus entendue depuis les premiers albums de Thiéfaine ou de Mano Solo. “La scène, c’est mon élément. Je m’y sens comme un poisson dans l’eau. J’aime oublier ce que j’y fais. Danser, courir, gueuler et puis chanter, bien sûr.” Et dans le genre défouloir, cette jeune femme de vingt-neuf ans a des attitudes quasi joplinienne ... “Disons que ma culture musicale de base est d’une part anglo-saxonne avec PJ Harvey, Bowie, Patti Smith, et d’autre part “black“ avec Otis Redding, Fishbone, Living Color. J’ai dû faire une synthèse des deux.”

La Gibson et la plume

Sa voix enrouée, voilée, cassée, fracasse toutes les formules éculées sur l’amour ; décortique encore et encore la liesse et la luxure de la passion amoureuse. Car si ces deux rockeuses savent manier la Gibson, c’est surtout leur plume qui font leur crédit. “En France, il n’y a pas de scène de songwriters très développée”, constate Maïdi Roth. “Moi, j’aime écrire avec le concours d’autres. Sur cet album, j’avais envie de deux duos : l’un avec Fred (Franchitti, chanteur d’Aston Villa) qui m’a écrit Faudra que tu me rêves, et puis ce texte splendide sur la beauté de la langue et du verbe, Ma langue française. L’autre duo, je le voulais avec une amie : Marion Cotillard, qui est pour moi l’une des comédiennes les plus rock du cinéma français. Mais, au moment d’enregistrer Ouest terne, elle avait un tournage. Tant pis, on se retrouvera sur scène !”

Bonus

 

 Orly Chap, elle, est seule au moment de retranscrire en vers son univers onirique et fantasmagorique. “Je viens d’un milieu de paysans où l’on ne parle pas beaucoup. On est très pudique, parfois rustre. Plus jeune, je m’inventais un monde imaginaire, un univers personnel où je créais des personnages et des histoires. J’ai toujours été décalée. Aujourd’hui, j’évoque mes sentiments par des images. Mes désillusions amoureuses, les soirées de fêtes ...” Des images qu’on retrouve sur un DVD accompagnant le CD de Maïdi Roth. Huit réalisateurs se sont fendus d’un clip illustrant huit titres de la blonde rockeuse. “C’est un challenge que j’ai proposé à des gens comme Olivier Mégaton ou Laurent Lufroy, qui fait les affiches des films de Jeunet. Chacun a fait son clip en fonction de ce que la chanson lui inspirait. C’est fantastique parce que je vois mes chansons autrement.”
De son côté, le disque d’Orly Chap offre la possibilité d’aller pêcher, via Internet, quelques sessions acoustiques et titres inédits qui dévoilent un peu plus du charme de la chanteuse. Autant de bonus qui permettent aussi aux labels d’enrichir, en ces temps de crise, des disques originaux dont le public se détourne au profit des versions piratées. “La crise du disque ?”, interroge Maïdi. “J’aime les systèmes qui s’effondrent, qui s’écroulent après avoir vécu trop longtemps. Le challenge, c’est de s’ adapter, de s’en sortir ...” Rock’n Roll, on vous dit !

Orly Chap Bouille de lune (Polydor/Universal) 2005
Maïdi Roth Horizon vertical (Mercury/Universal) 2005