Titi Robin en famille

En plus de vingt ans de carrière, des heures de routes, 8 albums aux multiples récompenses et plus de 600 concerts, le Gitan d’Anjou Titi Robin a accumulé une expérience musicale unique. Ce musicien autodidacte sort un nouvel album, Ces vagues que l’amour soulève enregistré avec ses deux filles, Marie et La Coque, héritières de son univers si singulier.

Ces vagues que l’amour soulève

En plus de vingt ans de carrière, des heures de routes, 8 albums aux multiples récompenses et plus de 600 concerts, le Gitan d’Anjou Titi Robin a accumulé une expérience musicale unique. Ce musicien autodidacte sort un nouvel album, Ces vagues que l’amour soulève enregistré avec ses deux filles, Marie et La Coque, héritières de son univers si singulier.

      De vague en terrain, de tente en concert, de route en désert, Titi Robin a fait l’école de la musique comme elle venait. Il a emprunté régulièrement autour de lui des éléments musicaux. Au début des années 80, après avoir découvert la musique du joueur de oud irakien Mounir Bachir, il commence déjà à composer dans un style éminemment personnel. Son répertoire s’est constitué en même temps qu’il s’est forgé une solide idée de l’improvisation. Son dernier album Les vagues que l’amour soulève est encore un grand voyage à cheval entre l’orient, le monde manouche et l’Ouest de la France. Peut-être un peu plus instrumental que les précédents et plus intimiste, cet opus rassemble néanmoins les proches de toujours (l’accordéon de Francis Varis, les percussions de Zé Luis, les paumes des Rumberos Catalans) et surtout les talents de ses filles, Maria et La Coque, âgées de 20 et 22 ans, émouvantes aux instruments et à la voix. Et si la vague que l’amour soulève voguait vers la quête de transmission d’un père autodidacte ?

RFI Musique : Avez-vous cherché à transmettre une expérience musicale à vos filles dans ce disque ?
Titi Robin : Dans ce disque, il y a le père et le directeur musical. C’est à fois naturel et délicat. Nous avons toujours joué à la maison, le contexte professionnel est différent. Lorsque l’on est artiste comme moi, on se doit d’avoir une exigence personnelle très grande, ce qui n’est pas toujours compatible avec la vie de famille. En même temps, on souhaite bien sûr transmettre. C’est expérience est encore très neuve pour moi, je ne suis pas sûr d'arriver à  faire la part des choses entre le chef d’orchestre et le père.

 

 Dans leur enfance, vous les avez poussé à écouter certains sons, à jouer ?
Je suis autodidacte, je n’ai jamais poussé mes enfants à faire de la musique, encore moins à devenir professionnels. J’ai voulu que la musique parte de leur désir, je n’ai jamais voulu leur imposer de cours. Récemment, je suis allé dans un conservatoire de musique pour rencontrer des professeurs de musique et essayer de leur expliquer comment je percevais la musique. J’ai traversé toutes ces salles de classe et je me suis senti comme dans un hôpital. Mon expérience intime est tellement à l’opposé de ces lieux et de cette discipline. Pourtant il y a de la belle musique qui sort de ces conservatoires. La musique est devenue mon métier, mais elle a toujours été un besoin et une envie, une expression. Chez nous la musique est un langage, elle fait partie de la vie. Les filles ont donc une culture musicale assez solide, mais pas comme un bagage abstrait. C’est plus un langage que l’on a en commun.

Chez nous, il y a beaucoup de disques car je suis très curieux. Il y a des musiciens qui m’inspirent et m’apprennent beaucoup alors qu’ils s’expriment avec un langage  et style très différent du mien. Je peux écouter du r'n'b américain et de la musique classique occidentale, tout m’apporte et  m’apprend. Il y a aussi des gens qui ne sont ni musiciens ni artistes qui m’ont construit et appris comment je pourrais être musicien.

 

    Plus que toute autre, la musique orientale que vous pratiquez est généralement  enseignée par des maîtres de musique, comment l’avez-vous appris ?
Je n’ai jamais eu de maître, au sens où peut entendre que vous recevez d’un maître, un vocabulaire que vous transmettrez à votre tour. Il y a des musiciens qui m’ont énormément inspiré, mais je ne joue pas dans leur style, "à la façon de". Le joueur de oud irakien Mounir Bachir, par exemple, reste un artiste qui a changé mon approche. Pourtant, je ne joue pas dans le style du oud classique de Badgad. Je me suis construit mon vocabulaire, avec ses limites. C’est mon cheminement d’arriver à trouver cette liberté. Cela nécessite aussi beaucoup de contraintes, car il faut trouver sa propre cohérence, sans que personne ne vous guide vers les écueils à éviter. J’ai navigué à vue mais j’avais une telle nécessité de trouver mon propre langage pour exprimer ce que je ressentais que j’ai trouvé ma propre rigueur. Cette nécessité a été mon guide jusque-là. Par exemple, dans la Nouvelle suite pour bouzouq de cet album, j’ai voulu enchaîner des rythmes à 7 temps avec des 9  temps et des 8 temps. Ce sont des rythmes que j’aime beaucoup, j’essaie de trouver la forme la plus simple possible pour ne pas brider l’expression des musiciens. Si on jouait tous une forme standard facile à étudier, on la maîtriserait. Mais comme j’ai inventé un langage je ne voulais pas le complexifier. Les musiciens connaissent mieux mon univers artistique, donc on a pu aller plus loin dans la forme, sans que cela ne soit un carcan.

Titi Robin Ces vagues que l'amour soulève (Naïve) 2005

En tournée en France, le 17 octobre à Paris au JVC Jazz Festival, du 17 au 26 novembre 2005 au Cabaret Sauvage.