Danielle Messia

Plus de vingt ans après sa mort, la sortie d’un album live réveille le souvenir d’une artiste et de ses belles chansons, notamment De la main gauche.

Une voix trop vite disparue

Plus de vingt ans après sa mort, la sortie d’un album live réveille le souvenir d’une artiste et de ses belles chansons, notamment De la main gauche.

Retour sur son parcours

"J’ai envie, j’ai envie d’aller loin/Avec des mots à la page/Et des désirs de sauvage/J’ai envie, j’ai envie d’aller loin". Le chemin de Danielle Messia s’est interrompu alors qu’elle allait rencontrer enfin le grand public, et peut-être le grand succès. Quand le cancer l’emporte le 13 juin 1985, à l’âge de vingt-neuf ans, elle a un rendez-vous : le 22, elle doit passer à Champs-Elysées, l’émission de Michel Drucker.

A l’annonce de sa mort, Jean-Jacques Goldman parle d’elle comme d’une "des seules filles en France qui avait du talent. (…) C’est une perte collective qui est difficilement remplaçable". La postérité a retenu une chanson pantelante d’amour et de tension, De la main gauche ("Je t'écris de la main gauche/Celle qui n'a jamais parlé/Elle hésite, elle est si gauche/Que je l'ai toujours cachée"), qui préserva longtemps au moins une de ses références dans les rayons des disquaires. La flamme de son souvenir est entretenue par une conspiration de fidèles que l’on trouve derrière la parution récente d’Eternelle, album enregistré en public en février 1984 à Quimper, qui est aujourd’hui le seul disque disponible de Danielle Messia jusqu’à ce que Barclay-Universal et Warner se décident à rééditer les trois albums gravés de son vivant.

Un enregistrement live

Danielle Mashiah – de son vrai nom – est née le 27 octobre 1956 à Jaffa, en Israël. Elle a deux ans quand ses parents viennent s’établir en France, quatre ans quand son père quitte le foyer pour partir aux Etats-Unis – ce départ " m'aura au moins procuré le déchirement nécessaire pour faire de belles chansons", dira-t-elle plus tard. C’est en l’entendant chanter dans la cour du lycée qu’un copain lui suggère de rejoindre un groupe folk, les Grattons Labeurs. Ce sera sa première expérience discographique : en 1977, ils sortent un disque autoproduit sur le label de Môrice Bénin.

Elle abandonne ses études d’histoire et la perspective de devenir professeur pour vivre de la chanson. Guitare en bandoulière, elle visite l'Autriche, la Roumanie, l’Italie, les couloirs du métro et les Maisons des Jeunes. Mais les cabarets lui ferment leurs portes… Elle rencontre le pianiste, accordéoniste et compositeur Eddy Schaff qui l’aide à mettre en forme un premier album autoproduit. Elle signe enfin chez Barclay, qui sort en 1981 son premier album, Il fait soleil, salué comme très encourageant. L’année suivante sort son deuxième disque, dont le titre est celui d’une chanson magnifique, De la main gauche. Reprise après sa mort par Catherine Ribeiro, Morgane ou Louis Capart, elle connaîtra aussi une belle destinée au Québec en apparaissant au générique du film Anne Trister de Léa Pool.

Mais, dans l’immédiat, sa carrière ne décolle pas commercialement.

"J’ai un rythme souterrain. J’ai l’impression que je n’ai pas beaucoup de séduction immédiate, parce que je n’ai rien de très mode", remarque-t-elle en 1982 dans un entretien avec Richard Cannavo du Matin de Paris, un de ses soutiens les plus fidèles dans la presse. La rupture avec Barclay est inévitable et elle signe avec Warner, sur la lancée d’un Printemps de Bourges 1984 où elle a été très remarquée. L’album Carnaval sort en avril 1985. C’est le bout du tunnel : la presse est favorable, l’entourage professionnel est optimiste, les radios commencent à suivre, les chansons sont fortes… Mais son cancer, détecté deux ans plus tôt, est entré dans une phase virulente. Elle assure une partie de sa promotion depuis son lit d’hôpital mais finit par succomber à l’orée du succès populaire. Danielle Messia sera honorée in memoriam par le Grand prix de l’Académie Charles-Cros qui, en 1987, couronne l’album Les Mots, réalisé par ses amis à partir de maquettes de chansons et d’extraits de son disque autoproduit de 1979.

La sortie d’Eternelle la ramène dans l’actualité. On retrouve ses succès, De la main gauche, Le Paradis des musiciens, Souvenirs de lycée, mais aussi deux chansons inédites, Pacifique et Comme la rose, adaptation française de The Rose. Ce témoignage rafraîchit les mémoires ou invite à la découverte : Danielle Messia était une interprète puissante, quelque part entre le rock poignant à la Catherine Ribeiro et l’ampleur romantique qu’incarne – dans ses meilleurs moments – Patricia Kaas. En scène, on perçoit bien son timbre de tête, cette voix "forcée" bien dans l’esthétique des années 80, comme chez son admirateur Jean-Jacques Goldman ou chez un autre disparu précoce, Daniel Balavoine. Ses aigus parfois "limites" dans certaines chansons ajoutent encore à la charge émotionnelle de ce récital superbe, qui va bien au-delà du seul intérêt commémoratif.

Danielle Messia Eternelle (Keltia Musique) 2005