Leny Escudero

Plus de quarante ans après Pour une amourette, Leny Escudero reste fidèle à sa liberté d’homme et d’artiste. Il s’installe pour tout le mois de février au théâtre du Temple, à Paris.

La chanson noble

Plus de quarante ans après Pour une amourette, Leny Escudero reste fidèle à sa liberté d’homme et d’artiste. Il s’installe pour tout le mois de février au théâtre du Temple, à Paris.

"Pour une amourette/Qui passait par là/J'ai perdu la tête/Et puis me voilà". Il a tourné la tête aux filles, Leny Escudero. C’était en 1962, une série miraculeuse de tubes : Pour une amourette, Ballade à Sylvie, A Malypense, Parce que tu lui ressembles... Sa belle gueule de gitan aux yeux droits a fait le reste, avec les premiers cheveux vraiment longs de l’Olympia – avant les Beatles. "J’ai fait partie de la génération yéyé et j’étais complètement à contre-courant. Mais j’ai été aimé par les mêmes qui ont aimé les yéyés."

La virile sentimentalité des chansons, leur poids d’humain, leur mélange d’intransigeance et de faiblesse consentie, tout cela résonne avec singularité dans des années 60 qui balancent entre le classicisme d’Aznavour et l’ivresse de Johnny. Leny Escudero est tout à la fois : la rive gauche et le blouson noir, le poète et témoin de son temps, le romantique et le militant.

Pourtant, dit-il volontiers, "je n’ai jamais eu la vocation. Je n’ai jamais dit : je serai chanteur, comme on dit : je serai pompier ou pilote, quand on est môme." Il avait démarché les éditeurs de musique et les maisons de disques avec l’espoir que ses chansons intéresseraient un interprète. "C’est parce que personne n’en a voulu que je me suis mis à les montrer sur scène. Et là je me suis rendu compte que j’aimais ça, que ça pouvait être un moyen d’expression noble."

Une autre morale

Il aime la noblesse de la chanson mais n’est pas tout à fait convaincu des charmes et des grâces du "métier", du show business, de la profession de chanteur. Il a d’ailleurs plusieurs fois mis sa carrière de côté, comme lorsqu’il a rompu avec les hit-parades pour aller courir le monde du Cambodge au Proche-Orient pendant cinq ans et finir par construire de ses mains une école au Bénin. "Je ne sais pas comment dire... C’est toujours ma vie. Je continue à vivre quand je ne fais pas une scène à Paris, par exemple." Sous ce ton d’évidence bénigne, il y a une autre morale que celle des plans de carrière. "Quand je suis arrivé dans la chanson, j’étais imprégné de ce qui se passe dans le bâtiment. J’ai été un peu choqué par ce métier où la parole donnée ne compte pas, où il n’y aucune solidarité. Je n’étais pas à l’aise. Je ne pouvais pas faire autrement que prendre mes distances."

Il ne méconnaît pas non plus les évolutions du monde de la chanson. " Du jour où j’ai quitté le bâtiment et commencé dans ce métier, jusqu’à mon premier disque, j’ai mis six ans. Aujourd’hui c’est beaucoup plus simple de faire le premier disque. Ce qui est compliqué, c’est de faire le deuxième. A mon époque, il y avait des directeurs artistiques qui vous faisaient faire le premier disque parce qu’ils pensaient que vous aviez du talent. Et si vous ne vendiez pas le premier, ils disaient :  "ça ne fait rien, il vendra le deuxième". Et si ne finissiez par vendre qu’arrivé au troisième, ils savaient que le premier et le deuxième se vendraient en même temps. Maintenant, il y a des comptables. Ils sont assis devant leur ordinateur et veulent rentrer dans l’argent qu’ils ont investi. Si ça ne marche pas, c’est terminé."

Des idéaux pour un monde meilleur

Alors il a fait du cinéma, a auto-produit ses disques dès les années 70, s’est produit avec fidélité dans le circuit des salles associatives, a refusé tout ce qui lui déplaisait des obligations de promotion, a chanté au tout premier Printemps de Bourges, en 1977 – "Je ne veux pas employer le terme d’amateur, mais il y avait quand même beaucoup moins de moyens qu’aujourd’hui. Je ne dis pas que c’était seulement la bouffe et dormir – mais presque."

Il n’a jamais caché sa fidélité aux idéaux qui firent prendre les armes à son père pendant la guerre d’Espagne, puis s’exiler en France. Mais il ne voit pas venir le monde meilleur et de progrès dont parlait son instituteur de la communale pendant les leçons d’éducation civique.

Leny Escudero ne dira pourtant pas que ce n’est que politique. Au contraire. Il regarde l’humain derrière la brutalité des chiffres. "Si je leur demandais s’ils pensent à leurs descendants qui viendront au monde en l’an 3000, ils me riraient au nez. Ils ne se projettent pas dans le futur, ils justifient tous les égoïsmes en disant que la vie est courte. Et qu’est-ce qu’ils vont laisser ? Ils aiment ce qu’ils voient, ce qu’ils peuvent toucher. Leurs enfants, leurs petits-enfants le cas échéant. Leur tendresse s’arrête là. Ces gens sont plus mortels que moi."

En concert à Paris : Le Temple du 2 au 26 février, tél. : 01.43.38.23.26