Le métal à la française

Avec leurs albums respectifs Sôma et From Mars to Sirius, le collectif marseillais Eths et le groupe bayonnais Gojira se sont passé le relais sur le devant de la scène française du métal et ont confirmé les espoirs placés en eux. Présentation de deux formations mues par une même énergie.

Les univers de Eths et Gojira

Avec leurs albums respectifs Sôma et From Mars to Sirius, le collectif marseillais Eths et le groupe bayonnais Gojira se sont passé le relais sur le devant de la scène française du métal et ont confirmé les espoirs placés en eux. Présentation de deux formations mues par une même énergie.

Actuellement sur la route pour promouvoir From Mars to Sirius, les musiciens de Gojira sont encore tout étonnés. Depuis la sortie en septembre dernier de ce troisième forfait sur le label des Têtes Raides, l’engouement public et critique est phénoménal. Kerrang, le magazine britannique de référence, lui a même attribué la note de 4/5. Mario, batteur, avance un début d’explication : “Je pense que les gens se retrouvent dans la dynamique de notre musique, mais aussi le visuel et notre message d’espoir plutôt bienvenu actuellement.” Fermement établies dans le registre des musiques extrêmes, les références de leur death-métal technique et atmosphérique sont à trouver chez les Américains de Morbid Angel et Neurosis. Leur musique réussit à réconcilier le public spécialisé et les habituels réfractaires pourtant issus d’horizons très divers. Avec un message au-delà des clichés du genre, Gojira s’affirme avec une simplicité désarmante comme un groupe responsable aux convictions fortes. “Nous encourageons les gens à être eux-mêmes. Parler et nous engager sur les terrains de l’écologie et de la spiritualité, c’est essence-iel au groupe”, poursuit Christian, guitariste. Une relation étroite entre le corps sain et l’esprit, entre l’homme et la nature, dont la musique serait la pierre angulaire et transcendantale. “On pourrait parler d’écologie de l’âme, dans le sens où, avant toute action extérieure, il faut d’abord agir sur l’intérieur. Une des idées du disque est aussi de mettre plus de féminin dans nos relations. Le monde est régi par des règles dures et masculines, changeons-le”, ajoute Mario. Cette progression, une transformation sous-jacente au concept poétique du disque, appelle à la migration d’un système solaire à un autre dans le sillage des baleines volantes. Un changement d’état, en tout cas des mentalités. Après le courant américain straight-edge, qui prônait au début des années 80 un mode de vie sain en réaction au élans destructeurs du punk, Gojira serait-il le tenant du rock bio ?

Eths, à nouveau sur la route

De l’autre côté de la France, on s’intéresse aussi au corps, mais surtout à ce qu’il y a dedans. Candice, chanteuse-hurleuse auteur des textes de Eths, avoue une fascination pour cet amas organique : “J’ai surtout peur de la maladie. Le corps est pour moi un mystère, l’idée d’une mort consécutive à la perte d’un organe me terrifie.” Signé sur le label de Lofofora, leur premier album intitulé Sôma – corps en grec – rappelle donc qu’il n’y a pas de coïncidence. La dissection des sentiments est en plus, le propos délibérément sombre et morbide. L’excellent accueil reçu par le disque à sa sortie en 2004 a permis au groupe de dispenser son métal noir et puissant dans tout l'espace francophone européen, en France, en Belgique, en Suisse. Après cette tournée de 100 dates en quinze mois, le voilà reparti sur les routes depuis février avec d'autres artistes sur le Coriace Tour. Ce collectif marseillais, créé en 1998, tire sa force de l’union, face au monopole du rap à l'échelle locale, et œuvre à la bonne circulation métallique avec une écurie regroupant des formations comme Tripod, Babylon Pression ou encore Fis(ch)er. En tête d’affiche, Eths se place aussi dans la perspective d’un nouvel album. Les musiciens confessent n’avoir eu le temps de composer “qu’un morceau et demi” mais ont néanmoins leur idée quant à la silhouette de l'ensemble. “La production de Sôma a été complètement éclatée. Nous avons enregistré la basse et la batterie d’un côté, puis les guitares et le chant d’un autre. On souhaite cette fois vivre l’expérience d’un travail entier et constructif avec un producteur”, commente le bassiste Roswell. Des noms ? “On pense depuis longtemps à Daniel Bergstrand (fameux producteur suédois, ayant travaillé par deux fois avec les Parisiens Aqme, ndlr), on est fan de ce qui vient de Suède et de Scandinavie en général.” Le groupe tient depuis ses débuts à chanter en français, doit-on s’attendre à une évolution de ce côté ? Roswell refuse net : “On ne souhaite pas faire de concessions, donc aucune chance de nous entendre chanter en anglais. On ne le fera jamais. C’est comme chanter en tchèque ! Cela n’a pas de sens. De plus, les sonorités de la langue se fondent mal avec notre musique.” A suivre.

Gojira From Mars to Sirius (Mon slip/Warner) 2005
Eths Sôma (Sriracha) 2004