La chanson française outre-Rhin

Sur un marché essentiellement tourné vers la musique anglo-saxonne, le label allemand Le Pop compile depuis plus de trois ans des artistes montants de la nouvelle école de la chanson française. Pourquoi tant d’amour ?

Le développement des jeunes artistes passe aussi par l'Allemagne

Sur un marché essentiellement tourné vers la musique anglo-saxonne, le label allemand Le Pop compile depuis plus de trois ans des artistes montants de la nouvelle école de la chanson française. Pourquoi tant d’amour ?

Ca marche très bien avec les filles”, explique Rolf Witteler. Evidemment. “Elles sont de plus en plus nombreuses à venir à nos soirées.” Avec Oliver Fröschke, les créateurs du label Le Pop Musik savent de quoi ils parlent. Il y a quelques années, alors qu’ils jouent dans des clubs, les deux DJ de Cologne se lassent des sonorités locales et s’enthousiasment pour la nouvelle chanson française. Quand ils décident d’inclure certains artistes à leur programmation, l’engouement est immédiat. Bien sûr, la plupart des gens qui viennent à nos soirées ne sont pas francophones. Ils viennent pour la musique et les sensations de joie, de mélancolie ou d’élégance qui y sont associées.”

Découvertes accidentelles

Une première compilation leur est alors commandée en 2002. Elle s'intitule Le Pop. On y croise les émargés de la chanson pop, minimaliste, Mathieu Boogaerts, Bertrand Burgalat ou encore Clarika et Natasha Tertone. Forts de ce succès (plus de 10 000 exemplaires), ils créent leur propre structure en 2003, le label Le Pop Musik. La troisième sélection, Le Pop en duo sortie en 2005 s'articule naturellement autour de duos. Katerine et Erin Moran, Birkin et Mickey 3D, Pascal Parisot et Frédérique Dastreveigne élargissent le champs des curiosités et trouvent un écho inattendu hors de leurs frontières. Le Pop Musik poursuit son travail de défrichage. "Nous nous donnons la liberté la plus totale. Nous découvrons des artistes par accident, après quelques recherches ou par recommandations. Certains sont très connus en France, d'autres pas. Leur popularité n'a en tout cas aucune influence sur notre jugement", poursuit Rolf. Au-delà de ses activités de sélectionneur, le label offre des moyens de distribution aux artistes. Mathieu Boogaerts, Françoiz Breut ou Jérôme Minière ont ainsi pu voir leurs disques dans les bacs allemands. Une collaboration soutenue par l'organisation conjointe d'une tournée.

Locomotives diplomatiques

L’initiative a depuis fait des émules. Après Le Tour en 2002, le label Local Records sortait en 2004 sa nouvelle compilation d’artistes français, Le Tour 2. Un effet de mode ? Rolf et Oliver assurent que la chanson française fait aujourd’hui partie du paysage musical allemand.” Une reconnaissance qui vient s’associer au travail toujours plébiscité des artistes confirmés tels que Juliette Gréco, Michel Sardou, Georges Moustaki ou encore Jane Birkin. Considérés comme les parrains de la nouvelle génération pour certains, ils s’y produisent encore régulièrement. Et avec l’aide des quelques artistes présents sur le territoire allemand, à l’image du duo franco-berlinois Françoise Cactus et Stereo Total, Corinne Douarre ou encore les Fleurs de Fouxi, le patrimoine français se démocratise joyeusement. Beaucoup de gens découvrent ces dernières années le travail d’artistes français, celui de Serge Gainsbourg notamment”, confie Rolf Witteler.

Chargé du développement de la musique francophone à l’étranger, le Bureau export de la musique française à Berlin saisit toute l’opportunité de ces changements. Une aubaine même. Car d’après les maisons de disques, la chanson n’est pas ce qui s’exporte le mieux (avec 6% du nombre total, elle se place juste devant le genre métal). Sorti de la bonne marche des Benjamin Biolay, Camille ou Yann Tiersen, les franches réussites sont plutôt à chercher dans d’autres registres. Celui du R&B de K-Maro, par exemple. Les ventes du single Femme Like U tiré de La good life (70 000 ex.) l’ont classé quatrième sur l’exercice 2005. Loin devant les deux incontournables locomotives diplomatiques que sont la musique électronique et les musiques du monde. Daft Punk (avec plus de 50 000 exemplaires écoulés de leur Human After All), Air ou encore Etienne de Crécy tiennent le haut du pavé d’un côté. De l’autre, Khaled, Souad Massi, Rokia Traoré ou Amadou et Mariam démontrent que la force de la musique francophone passe avant tout par son métissage.