Les Hurlements d' Léo

Nouvelle guinche, rock-java, méta-bastringue…Les Hurlements d’Léo étaient avant tout un groupe de scène. Véritables tempêtes sonores, leur énergie et leur générosité ont brûlé les planches. Saisi sur leur album précédent, ce feu a d’ailleurs failli les emporter. Aujourd’hui, le tout neuf Temps suspendu baisse le ton et joue avec les contrastes.

Retour au calme

Nouvelle guinche, rock-java, méta-bastringue…Les Hurlements d’Léo étaient avant tout un groupe de scène. Véritables tempêtes sonores, leur énergie et leur générosité ont brûlé les planches. Saisi sur leur album précédent, ce feu a d’ailleurs failli les emporter. Aujourd’hui, le tout neuf Temps suspendu baisse le ton et joue avec les contrastes.

RFI Musique : Cet album explore des sensibilités nouvelles et riches. Ce Temps suspendu, serait-il votre premier véritable album studio ?
Laurent (chant)
 : C’était l’idée. Faire un album avec un chant agréable, des morceaux moins touffus. Il y a beaucoup plus d’air dans ce disque, de parfums... Pour la première fois, on avait envie de ne pas se projeter à savoir ce que donneraient les morceaux en live. L’objectif était de s’y plonger et ensuite de réfléchir au reste.

Vous avez l’habitude de faire des tournés marathons. Les live ont-ils failli tuer les HDL ? Après 250 dates, on ne savait pas si on allait refaire un album. Rien n’était acquis. Après 10 ans, il était devenu important de se laisser du temps pour faire autre chose, s’émanciper. L’urgence de la scène est passée, on a fait nos preuves.

Par quoi commencer quand on se retrouve ?
C’est surtout comment commencer ? De là est venu un pacte un peu fou de se dire que l’on ne se limiterait pas nécessairement aux instruments utilisés jusqu’à maintenant. C’est pourquoi il y a du piano Rhodes, de l’oud, du rock, des couleurs qui n’existaient pas avant dans les HDL mais qui méritaient l’exploration. Certains morceaux sont plus posés, d’autres plus massifs, en tout cas, on a souhaité conserver cet éclectisme par l’utilisation de la palette sonore de chacun. Avec des instruments neufs et surtout moins d’accordéon.

Après s’être demandé si vous deviez continuer à jouer, c’était un défi de se retrouver dans un lieu étroit ?
On s’est demandé si nous n’allions pas imploser. Le défi était de savoir ce qui allait en ressortir. Six mois dans un local ont été nécessaires avant de se rendre en studio. Il y a eu des tensions, des clashs, mais toujours dans le sens de la création pas de la destruction gratuite. C’est ce qui fait la force de notre groupe. Des individualités fortes avec des choses à dire et défendre. C’est compliqué d’en faire partie mais d’en partir aussi.

La poésie et l’exotisme de l’album viennent-ils de cet enfermement en studio ?
Plus que jamais, chaque individu a affirmé ses univers musicaux, a défendu ses goûts et ses choix. L’envie de faire du reggae par exemple. Ce n’est pas du tout ma culture. Mais à un moment, les copains avaient besoin de pouvoir jouer ça. Donc j’ai fait mes recherches, je suis allé fouiller ce qu’avait fait Gainsbourg dans les années 80 et ce genre de choses. Les autres ont ensuite fait l’effort de se documenter sur le côté rock qu’ils n’avaient pas sur leur palette.

L’ambition était avant d’amener le collectif dans le même sens. Aujourd’hui, elle est tournée vers l’individu?
Dans ce pacte-là, il y a l’idée que chacun apporte une part de sa culture à l’autre, avec l’envie d’aller jusqu’au bout des choses. Pas d’intercaler un passage dans une structure, mais par exemple faire un reggae du début à la fin. On n’est plus dans le compromis mais dans le partage, celui de faire plaisir à l’autre en allant au bout de sa démarche. Il y a beaucoup moins de frustration personnelle avec 13 titres pour 8 musiciens.

Chaque musicien développe déjà ses projets en parallèle, lesquels ?
Après chaque tournée, chacun travaille dans son coin. Rémi, le batteur, s’occupe d’un collectif de musique électronique Arachnide sur la région girondine, Pito, Jojo, Erwan et moi faisons partie d’une fanfare qui s’appelle les Touffes Chrétiennes.

Pouvez-vous nous parler aussi de votre projet solo, Kebous ?
Au début, il ne devait pas avoir d’autres prétentions qu’être une maquette. Elle a circulé, j’ai fait plus de concerts que prévus… De fil en aiguille, ce 7 titres sort officiellement. Kébous, ce n’est rien d’autre que mon nom en verlan. Je l’ai fait parce que j’ai la volonté d’être entendu dans la grande foire que peuvent être les HDL. J’avais la frustration de ne pas pouvoir dire certaines choses à des gens, ça avait tendance à me faire du mal. L’album a été fait vite, en deux jours avec Romain (Humeau, du groupe Eiffel). Je travaille actuellement à d’autres morceaux, en attendant de faire un vrai disque avec des arrangements.

C’est une réaction intimiste au bazar des HDL ?
J’avais vraiment besoin de sortir des choses, et cette solution piano-voix s’est imposée au fur et à mesure. Mais je travaille avec d’autres musiciens et ça prend vite de l’ampleur. J’aimerais bien avoir un joli spectacle avec de la prestance, de la classe, un peu de folie… à la Arthur H.

Les Hurlements de Leo Temps suspendu (Wagram) 2006
En concert le 3 mai 2006 à la Cigale à Paris et en tournée française.