The Hacker mixe toujours

Après Rêves Mécaniques en 2003, le Grenoblois The Hacker revient avec son nouveau mix, And now... Toujours dans des ambiances dark synthétiques, sa sélection pioche dans 20 ans de musique électronique.

Influences tous azimuts

Après Rêves Mécaniques en 2003, le Grenoblois The Hacker revient avec son nouveau mix, And now... Toujours dans des ambiances dark synthétiques, sa sélection pioche dans 20 ans de musique électronique.

"Do you know Franck Sinatra ? He’s dead…dead". Sur un ton ironique et détaché, cette question dans la bouche d’une voix féminine a fait le tour des oreilles en France début 2000. Avec sa comparse grenobloise, Miss Kittin, Michel Amato alias The Hacker vient de mettre le feu aux poudres. Déjà sortis en 1998 et plébiscités dans le reste de l’Europe, leurs morceaux Franck Sinatra et 1982 amorçaient un déferlement dans le milieu de la musique électronique alors en quête de son frais. Passée la French touch, "l’électroclash est un mouvement intéressant mêlant électro, techno et boucles 80’s. Ça chamboule les règles de la techno, d’un seul coup des gens chantent des chansons, se font prendre en photo…soit l’antithèse du mouvement techno. "

Erudit à plein temps

Leur disque First album repris par une hype joyeuse sort en 2001, avant de passer à autre chose : "Par la suite, l’électroclash a dégénéré et malheureusement seul un débouché pseudo-commercial naze est resté." Multi-casquettes et multi-outillé, producteur avec son label Goodlife, compositeur et remixeur, il est même avant d’être DJ, "un passionné de vinyles. Je suis un collectionneur obsessionnel pas un cachetonneur du mix de fin de semaine. Depuis mes 14-15 ans je passe beaucoup de temps à farfouiller les magasins de disques, comme sur le net à écouter ce qu’il se passe." Un plaisir non dissimulé qu’il se charge en 2001 de partager sur son premier album de mix, The next step of New Wave. Très électro, il marque clairement son évolution depuis ses débuts hardcore et sa révolution techno. Cette progression est aussi au cœur de ce deuxième disque, "entre compilation et mix".

Pas vraiment orienté dance-floor plutôt salon, sans l’aspect péjoratif : "Je ne voulais pas faire un album qui martèle trop mais quelque chose que l’on puisse écouter chez soi". Méfiant quant aux mauvaises interprétations, il ajoute "on n’est tout de même encore loin du lounge." Le souci premier étant de "représenter fidèlement ce que je joue en tant que DJ. Ce n’est pas une compile de frimeurs avec un tas de nouveautés en exclusivité, mais un résumé de ce j’ai aimé les années passées." Son actualité comprise.

Pour Rêves mécaniques, son deuxième album composé, il souhaitait faire intervenir des voix et contactait à ce moment-là Mount Sims pour le titre Flesh & Bones  après l’avoir entendu sur Restless. Clin d’œil, le morceau est en clôture du mix. "Contrairement à The next step of New Wave plus électro, j’ai voulu faire un truc plus large. J’adore l’électro, la techno, la minimale mais aussi des morceaux essentiels comme ceux de Front 242 et Liaisons Dangereuses." And now… fait donc côtoyer EBM (Electronic Body Music, sous-genre de la musique industrielle), techno minimale avec les Allemands de Sleep Archive ou old school via Techno music de Model 500, le titre fondateur du mouvement qui portera son nom.

La matrice

Car parmi toutes les influences new wave plus volontiers dispersées sur ses autres réalisations, il y a une autre filiation, une terre nourricière incontournable. Gaïa, c’est Détroit, la ville qui a vomi les Stooges et la techno. Michel Amato pour son nom a choisi celui d’une claque, celle qu’il a prise lorsqu’il découvre la musique du dieu de la techno, Jeff Mills. Fan, il lui demande l’autorisation d’utiliser le titre de l’un de ses morceaux The Hacker. Bien qu’il découvre assez tard la scène de Détroit, elle marque un tournant dans sa carrière et son approche de la musique dans les années 90. "Jeff Mills a établi le son qui a été copié les 10 années suivantes. Parmi mes autres influences, il y a aussi Juan Atkins pour le côté électro qui dès le milieu des années 80 a fait des morceaux avant-gardistes avec son groupe Model 500 et Cybotron. Mais le plus important à mes yeux reste Dopplereffekt qui m’a vraiment fait progresser. A l’époque je jouais encore une techno très dure, lui m’a montré la voie à une électro plus influencée par Kraftwerk." Dans la série des hommages, And now… fait référence aux Monty Python et aux ouvertures de leurs programmes Flying Circus.

Aujourd’hui façonné avec plus de subtilité, le mélange de ces influences pointe la musique vers une nouvelle forme hybride. Quitte à l’entendre chanter ? "Non, je suis malheureusement un très mauvais chanteur. Sur mon prochain disque que j’espère sortir en 2007, Il y aura donc encore des invités. Je penche pour des voix masculines, les féminines j’ai donné. "

The Hacker And now… (Uwe) 2006