Printemps de Bourges: la trentième rassurante

Pas de gâteau, mais des cadeaux pour la trentième de Bourges. Bénabar a clôturé le festival au Phénix avec en invités : Jacques Higelin, Louis Chedid, Vincent Delerm, Christophe Mali et La Grande Sophie. En levé de rideau de ce dernier concert de l’édition 2006 : la reine du Raï, Cheikha Rimitti.

Final de Bénabar & Co

Pas de gâteau, mais des cadeaux pour la trentième de Bourges. Bénabar a clôturé le festival au Phénix avec en invités : Jacques Higelin, Louis Chedid, Vincent Delerm, Christophe Mali et La Grande Sophie. En levé de rideau de ce dernier concert de l’édition 2006 : la reine du Raï, Cheikha Rimitti.

Trente Printemps, il en faudrait plus pour impressionner Cheikha Rimitti. Cette bonne vivante aligne 84 printemps et elle arrive, sur scène, bien tranquillement. Quelques youyous s’échappent du public. Le percussionniste démarre, la basse s’anime, la chanteuse s’empare du micro. Une danseuse, au corps  tout en circonvolution, vient de temps à autre onduler autour des musiciens. Au fil des titres, on comprend mieux l’antienne de Cheikha Rimitti : "Khaled et consort m’ont tout volé". Son grain de voix, ses intonations rappellent les compositions de toutes les stars du raï ayant percées en France. Ici, pas de boîte à rythme ou de vocoder, pas d’arrangements occidentaux, la pionnière du style nous livre en toute simplicité quelques beaux moments de transe. Seul bémol : un synthétiseur faisant pauvrement office de violon et d’accordéon. Ça gâche le bonheur…

Considérer Bénabar uniquement comme un chanteur serait bien réducteur. Une fois en scène, l’homme fonce en tous sens, s’amuse, ses bras tel des ailes, à imiter l’avion. Si le terme Fou chantant n’avait déjà été utilisé pour un autre, il lui siérait comme un gant. Plus qu’un chanteur, il se révèle à chaque fois artiste complet, comme en produisait le music-hall. Il peut tout aussi facilement vous arracher un rire qu’une larme avec en prime un art consommé de la provocation. "On s’est tapé des bornes et des bornes pour apporter un peu de culture dans ce coin paumé de France et vous n’êtes capable que de ça !", fait-il mine de s’énerver, alors qu’il tente une interprétation maison du Carmen de Bizet avec le public. Bronca garantie ! Mais le principal talent de Bénabar réside certainement dans cette capacité à croquer en trois minutes une tranche de vie ou un personnage, nos faiblesses, nos bassesses. Vade retro téléphone, Tu peux compter sur moi, je suis de celles, la berceuse, l’assistance semble connaître par cœur chacun de ces titres.

Un anniversaire sans cadeau ferait bien pâle figure surtout au Printemps de Bourges. La première des surprises à apparaître tient sur une jambe : Christophe Mali, l’un des musiciens de Tryo. Un pied dans le plâtre, il a tout de même bien du mal à tenir en place sur sa chaise lors de son duo avec Bénabar. Louis Chédid lui emboîte le pas pour un God save the swing jazzy, très dansant. La palme des applaudissements reviendra à celui qui incarne le mieux l’image de ce festival bientôt trentenaire : Jacques Higelin.  Son Tombé du ciel, toujours en duo avec l’hôte de la soirée, sera longuement ovationné. A peine plus que la prestation de la Grande Sophie venue redonner Du courage à un public enthousiaste. A l’apparition du dernier invité, la gente féminine trentenaire défaille : c’est Vincent Delerm. Arborant des fringues d’un gris insipide, il montre pourtant assez vite ses limites de chanteur en interprétant Le monologue shakespearien. Un de ses titres… Qu’importe l’ambiance générale ne s’arrête pas à ce genre de détails. D’autant que Bénabar reprend la main avec y’a une fille qui habite chez moi, Les copains et L’Itinéraire. Applaudi à tout rompre, il lâche comme un cri du cœur : "Décidément j’adore ce boulot". Une chorégraphie improvisée avec tous les invités annoncera le rappel, Christophe Mali toujours sur une jambe sautille aussi vite que les autres dansent. Deux derniers morceaux, une belle accolade collective et tout le monde salue. Ce dernier concert clôture honnêtement  l’édition 2006 du Printemps de Bourges. Mais, comme événement censé célébrer la trentième édition du festival, il laisse un goût de trop peu. Un spectacle rythmé, bien mené mais peut être un peu trop lisse pour rester dans les mémoires. Dites, ça ressemble pas à ça la trentaine quand même ?