Le Soley de Dobacaracol

Sorti depuis déjà quelques temps au Québec, le deuxième album des Dobacaracol arrive enfin en France. Carole Facal et Doriane Frabeg, "sœurs cosmiques" à  l’amitié exclusive, livrent avec Soley une musique sensible et mélancolique aux fortes nuances world.

Un monde à découvrir

Sorti depuis déjà quelques temps au Québec, le deuxième album des Dobacaracol arrive enfin en France. Carole Facal et Doriane Frabeg, "sœurs cosmiques" à  l’amitié exclusive, livrent avec Soley une musique sensible et mélancolique aux fortes nuances world.

En 7 ans elles ne se sont pas quittées plus de 3 semaines. Inséparables ? C’est peu dire. Elles se côtoient plus que leur propre famille. Depuis leur rencontre en 1998 lors d’une rave à Montréal, elles associent leurs voix et donnent à leur projet musical la somme des surnoms drainés au cours de leurs voyages. Doba pour Doriane et Caracol pour Carole.
 
Les voyages, la musique des Doba en est pleine. Autour de leurs voix d’oiseaux, c’est tout un ensemble de sons tirant vers l’Afrique, les relans insulaires exotiques et les grands espaces d’Amérique du Nord. A l’image de toute une génération en quête d’un monde à découvrir, elles ont sillonné le leur en solo. "Nos souvenirs de l’étranger sont la première chose que nous avons échangés," raconte Carole. "Curieusement nous sommes presque passées aux mêmes endroits, chacune a plus ou moins fait le parcours de l’autre. Une fois rentrée à Montréal, j’ai eu surtout envie de construire quelque chose, avec en tête le rêve de partager quelque chose avec un autre. Notre rencontre a vraiment été un déclic."

Nomades

De ces voyages, chacune a ramené de quoi construire son univers personnel. Sonorités singulières, ethniques, acoustiques et percussions, elles aiment les résonances du monde et des choses. "La musique est faite de nos désirs de liberté, de découvertes. On aime explorer les sons, utiliser n’importe quoi avec une identité particulière, des petits trains, des chaînes, des instruments exotiques... notre approche est très spontanée." C’est vrai qu’un vent de liberté souffle sur cet album, le second après un premier auto-produit en 2001, Le calme son.

Tout au long de Soley les voix sont aériennes et rythment des harmonies vagabondes souvent mélancoliques. L’harmonie, l’idée de communion sont centrales à Dobacaracol. Doriane et Carole chantent d’une seule ondulation, flirtent avec les thèmes de la nature et l’humain, tendues vers un idéal sincère et naïf. Sans rencontrer l’autre, elles ne se seraient probablement pas engagées dans la chanson. Comment se concrétise cet équilibre ? " Elle digère, moi je vomis. Carole est très précise et réfléchie alors que je suis chaotique et embryonnaire. Elle est en quelque sorte l’architecte," précise Doriane. "Dans ce cas, tu es la décoratrice, répond-elle. Doriane m’amène le groove, le laissez-aller. Elle a une vraie voix de chanteuse soul et possède de nombreux véhicules pour s’exprimer. Elle arrive très rapidement à transcrire ce qu’elle a en tête, c’est très spontané."

Le duo est un groupe

Depuis 2001, elles sont accompagnées par quatre musiciens dont les qualités participent à cette entente sacrée. Loin d’en être des faire-valoir, ils en sont une parfaite illustration, faite de touches électros, guitares bluesy ou claviers. A l’image d’une histoire, ils en posent le paysage quand les filles en font la narration. Mais est-il facile de pénétrer une bulle dans laquelle on imagine facilement les deux filles ? "A nos débuts, c’est vrai qu’il y avait un espace dans lequel il était difficile d’entrer. C’est une exclusivité que l’on essaie d’ouvrir, et aujourd’hui le groupe prend réellement sa place. Notamment depuis la dernière tournée qui nous a beaucoup soudés."

L’expérience live est un moment privilégié pour le groupe. C’est l’occasion de donner toute l’ampleur à leur complicité et leur approche fédératrice. Pourtant du studio à la scène, il y a un pont qu’aucun ne souhaite franchir. "Notre premier disque est très vaporeux. A sa sortie et après de nombreux concerts, une énergie festive s’est développée. Nous avons souhaité la transcrire dans les premières phases de travail sur Soley. Mais nous avons abandonné cette idée, car elle dilue notre essence intime. Tout le travail a donc été repris à zéro, les morceaux décomposés, leurs arrangements dénudés, simplifiés à quelques accords et percussions. Ces deux énergies sont différentes et le resteront." 

Restent des morceaux afro-beat chantés par leur batteur ivoirien. Preuve de leur ouverture, on est loin d’une culture musicale initiale puisant dans le rock 70’s, le punk ou le hardcore. Cette force rêche, le morceau Amazone en fait-il l’écho ? "C’est vrai qu’on a un côté guerrier et fonceur," précise Doriane. "C’est même maintenant devenu une sorte de rituel, il n’y a pas un spectacle sans commencer par cette chanson. C’est un cri de ralliement, un appel. Contre l’image de la femme dans la société et celle qu’elle se donne. Réveillez-vous, vous êtes autre chose qu’un bout de viande ! "

Dobacaracol Soley (Wagram) 2006