Bob Sinclar, house à la française

Bob Sinclar incarne une certaine image de la France dans le monde entier. Son rêve de grands espaces musicaux a été exaucé à l’occasion de la sortie de son quatrième album, Western Dream. Le DJ français s’est écarté des sentiers disco sur lesquels il se trémoussait ces dernières années pour préférer s’ouvrir un peu plus aux nouveaux courants d’air musicaux. Il a ainsi rejoint le club très fermé des DJs devenus créateurs inspirés, inventeurs d'univers sonores.

Nouvel album Western Dream

Bob Sinclar incarne une certaine image de la France dans le monde entier. Son rêve de grands espaces musicaux a été exaucé à l’occasion de la sortie de son quatrième album, Western Dream. Le DJ français s’est écarté des sentiers disco sur lesquels il se trémoussait ces dernières années pour préférer s’ouvrir un peu plus aux nouveaux courants d’air musicaux. Il a ainsi rejoint le club très fermé des DJs devenus créateurs inspirés, inventeurs d'univers sonores.

Sur Western Dream, Bob Sinclar ne cherche pas spécialement à s’éloigner des sentiers balisés du dancefloor, des pistes éclairées par les sunlights éblouissants du disco. Au contraire, le DJ réussira aujourd’hui à dépasser les chiffres de vente de ses précédentes productions en gardant le disco et en y ajoutant des instruments pop (à la manière de Phoenix), les singles Love Generation et World, Hold on sont là pour l’attester. "Le disco, c’est ce que j’ai voulu privilégier avant tout" raconte Christophe Le Friant, l’homme qui se cache derrière Bob. "En m’inspirant des voix types du disco, j’ai essayé de garder l’esprit disco des hooks de voix (des gimmick, les oh-oh répétés joyeusement, les yeah-yeahs répétés avec foi), Everybody movin’ est particulièrement prisée par les DJs, c’est l’une des chansons les plus dansantes de l’album." Ce qui ne déplaît pas à son créateur. C’est que Everybody movin’, est un des hits les plus téléchargés par les DJs. "C’est bien, cette rapidité qu’ont les DJs pour écouter les morceaux, les télécharger et les jouer aussitôt en soirée. Je suis encore dans cette situation où je peux composer des morceaux et les tester le soir même."  Et les tests sont savamment orchestrés, pas dans n’importe quel premier Macumba Club venu. A Paris, Western Dream était attendu début avril. C’est au Man Ray, le club huppé des Champs-Elysées que tout le show-biz nonchalant et les plus blasés des bobos friqués qui d’ordinaire n'en ont rien à mixer, qu’avait lieu la party de lancement de Western Dream.

Dans les baffles, du gros son, avec des percus qui donnent l'impression de pomper des puits de pétrole, des voix en or qui scintillent hors des immenses baffles. Parmi les clients connus de la boîte, Pascal Nègre, le patron d'Universal Music s'est déplacé pour célébrer la sortie de Western Dream, conscient de l'impact de l'artiste français sur l'économie mondial de son label. "A Paris, on est un peu blasé entre les VIP, les fortunés, les fauchés… Jusqu'à aujourd'hui, personne n’a pu les rassembler autour d’un même DJ, dans une boîte de nuit. Ça change, le grand public est plus considéré, il y a moins d’élitisme. Le monde de la nuit a développé le glamour à Paris comme en Province, multipliant les beaux flyers, incitant les clubbers à mieux s’habiller." La musique de Bob Sinclar, à l’image de Joe Smooth ou Funhouse à la fin des années 80 rassemble toutes les couches de population qui sortent le week-end en boîte de nuit. "Le succès de mon single Love Generation est une satisfaction. Après 12 ans de travail, tout arrive en même temps, la Starac' qui utilise ce morceau comme générique, mais aussi les 120000 téléchargements de la chanson sur le net. L'argent récolté permet à mon label Yellow Productions de continuer à signer des artistes de qualité". Et comme les bonnes nouvelles ne viennent jamais seules, le label new-yorkais de hip hop et electro Tommy Boy (Biz Marquie, De La Soul, Masters at Work, Information Society) vient de signer un contrat avec Bob Sinclar pour l’Amérique.

Sur la platine, lorsque retentissent les premières mesures de Tennessee, une sorte de mélange de rhythm and blues électronique à la Moby et de sons pop Neptuniens (l’influence de Pharell Williams n’est pas cachée par l’auteur), on pense alors que la recette Bob Sinclar est la même que Stock, Aitken, Waterman, le son bien identifié va être décliné sur les différentes chansons de l’album. Sur For you, le voisinage avec Daft Punk et l’écurie DFA est bien réel,  la voix de Farrell Lennon, dynamique, acidulée et à peine altérée est servie sur un lit rock, qui monte progressivement, "j'apprends encore à utiliser la guitare petit à petit aux côtés des musiciens chevronnés employés pour l'album... "

Comme si le complexe du DJ, seulement bon à manier les platines, avait disparu au bout du quatrième LP. La culture musicale de Bob Sinclar est vaste, éclectique, mais à chaque fois, un élément fait le lien, c’est l'âme. Entre le patchwork de Gorillaz, la fusion hip hop de Kanye West, le cool de la diva-soul (et hip hop) Erikah Baduh, Christophe Le Friant absorbe beaucoup et redonne à sa musique toutes ces heures d’écoute de musique. Frankie Knukles, De La Soul ont certainement influencé Bob Sinclar sur World Hold On qui surpasse le tube dance par excellence de la fin des années 80 Promised Land de Joe Smooth. Il y a un constant va et vient dans la musique de Sinclar entre les origines du disco et l'electro actuelle, signe que la culture DJ s'enrichit toujours plus. "Parce que les DJS sont les seuls à faire autant de live, leur approche de la scène progresse tout le temps. Comme la technologie évolue, la house française est à des années lumières de ce qu'on appelait la french touch… elle a de l’avance" explique Bob Sinclar.

Il  progresse en même temps que toute la house. Mais ce n’est pas une raison pour dématérialiser l’objet discographique, libéraliser les téléchargements. "Je suis pour une réglementation plus juste sur le net, pour le téléchargement payant." Toujours dans cet esprit de redonner à la musique ce qu’elle lui apporté, Chris-Bob ne lésine pas sur les moyens pour enregistrer. Il a invité l’artiste electro Martin Solveig (Everybody) pour composer For you.

FR David, l'auteur du tube planétaire Words ( don’t come easy) a arrangé Miss me. Le compositeur des musiques de Cerrone, Alain Wisniak, est de retour lui aussi sur ce disque Western Dreams qu’il a co-signé avec FR David et Sinclar. En route pour les tubes, Gary Pine des Wailers a donné sa voix à Love Generation tube mondial et générique de la Star Ac’, musique de pub en Italie et chanson hymne du show de Pete Tong sur la BBC. Farrell Lennon et Ron Caroll, d’autres voix chaudes, soul, racées, Steve Edwards et ses accents reggae, ou encore l'apparition du choeur de l'église américaine de Paris sur Give a Lil' Love sont d’autres réjouissances de ce nouvel album de l’ancien membre de The Mighty Bop. Cet album house et pop a déjà pris la voie des premières places de la plupart des charts européens et mondiaux. Un disque français qui sonne mondial.

Bob Sinclar Western Dream (Barclay) 2006