La plume de David McNeil

Abondante actualité éditoriale pour David McNeil : deux recueils de ses textes de chansons et un nouveau roman. Et il pense enfin renouer le fil d’une carrière de chanteur interrompue depuis neuf ans.

Le chanteur et auteur publie ses textes

Abondante actualité éditoriale pour David McNeil : deux recueils de ses textes de chansons et un nouveau roman. Et il pense enfin renouer le fil d’une carrière de chanteur interrompue depuis neuf ans.

Au temps du Golf Drouot, David McNeil était pensionnaire à Versailles. Sa mère vivait en Belgique, son père, le peintre Chagall, était établi dans le sud de la France. Son correspondant, comme on disait à l’époque, habitait rue Taitbout et, chaque week-end, McNeil rêvait d’entrer au Golf Drouot, de traîner avec la bande du square de la Trinité, avec ces jeunes gens qui avaient fait du IXe arrondissement de Paris la Mecque du rock français. Mais Johnny Hallyday, Jacques Dutronc, Eddy Mitchell et les autres avaient dix-huit ans, “l’âge de conduire des bagnoles. Moi, j’avais quinze ans. A ces âges-là, trois ans de différence, ça fait qu’on ne se parle pas.” 

Il n’est donc pas devenu un yéyé, son histoire a été celle d’une autre génération, qui a voulu d’autres ruptures que le droit de se prendre pour des Américains et de porter son peigne dans la poche arrière du jean. Il voulait faire du cinéma mais a fait de son hobby une profession en devenant chanteur. Après quelques tentatives ici ou là, il est entré, en 1973, chez Saravah, qui était alors le laboratoire d’une chanson différente – avec Jacques Higelin, Brigitte Fontaine, Jean-Roger Caussimon, sous la direction bienveillante de Pierre Barouh. On expérimente, on invite le public à monter sur scène pendant les concerts, on partage beaucoup chez Saravah… “Ce n’était pas communautaire, mais il restait quelque chose de mai 68, l’envie de ne pas être pris en mains par le système traditionnel. Ce qui cimentait le tout, c’était une liberté totale par rapport aux producteurs. Je n’ai jamais vu Pierre faire du dirigisme. Il aurait pu avec moi, qui ne savais pas exactement ce que je voulais. Comme on avait un studio, on pouvait se permettre des choses impossibles ailleurs : bosser jour et nuit, refaire vingt fois les chansons... Dans les autres maisons de disques, il y avait des budgets, des musiciens qui ne venaient que pour la séance. Là, on avait tendance à prendre les copains : sur mon premier disque, Jacques Higelin joue de l’accordéon et Jack Treese de la guitare, sur un autre Steve Lacy joue du sax…”

La période la plus généreuse de la belle aventure Saravah va bientôt s’interrompre : Pierre Barouh jette l’éponge en 1977 (avant de relancer son label quelques temps plus tard) et David McNeil passe chez RCA, la maison de disques d’Alain Souchon, Laurent Voulzy, Philippe Chatel ou Gilbert Lafaille. “On avait des budgets. Moi qui vendais très peu, je pouvais demander trente cuivres. Tout le monde prenait des synthés et moi je voulais des vraies cordes : on me les donnait. La liberté était quasiment totale. Puis, ça s’est cassé.”

En 1983, RCA élague brutalement son catalogue français. Evidemment, il est viré : ses ventes ne décollent pas des 12 ou 15000 exemplaires par album… Pourtant, pendant ces cinq ans passés dans la collection "Paroles et musique", qui réunit la plupart des jeunes gens de ce qu’on appelle alors la nouvelle chanson française, McNeil a écrit beaucoup de chansons impressionnantes : Au bar du Styx, La Grande Dame de la chanson française, Les Photos de Doisneau, Roule baba cool, 40 rue Monsieur-le-Prince, Rucksack alpenstock, Boulevard Sébastopol, Wimbledon, Paris Bruxelles, Bye bye Bob Dylan, L’Enfer est dans le sac, Tout le monde peut jouer du rock’n’roll… Elles dessinent un univers plein d’ironie, de fantaisie désenchantée, d’insolence vis-à-vis des icônes de son époque, stars du rock ou du cinéma, figures politiques ou publicitaires…  

Aurait-il pu trouver son salut par la scène ? “Quand on ne passe pas à la radio et qu’on refuse le système de la télévision – se déguiser en petit marin chez les Carpentier –, il faut faire de la scène. C’est ce que Jacques Higelin a fait : dix ans de scène et il s’est fabriqué un public gigantesque, sans télé ni radio. Moi, j’étais malheureux en scène, évidemment mauvais. Alors je n’ai pas pu me faire un public.”

Au bout de dix ans de carrière, il se résigne à ne plus être que parolier. Yves Montand enregistre tout un album de ses chansons, mais n’en assure pas la promotion, puisqu’il est à ce moment-là en pleine aventure politique. Mais survient le succès de Mélissa, chantée par Julien Clerc. Pour la première fois de sa vie, David McNeil peut acheter une voiture neuve… Il va devenir une plume successfull de la chanson française : J’veux du cuir pour Alain Souchon, Latin Lover pour Sacha Distel, Assez assez pour Julien Clerc…

Il enregistre encore un disque. Puis il s’amuse, début 1997, à rassembler ses amis Alain Souchon, Julien Clerc, Laurent Voulzy, Maxime Le Forestier, Robert Charlebois et Renaud pour un concert unique (et enregistré) à l’Olympia. Son plus beau souvenir de scène. Mais il se consacre surtout au roman. Les 12 ou 15000 acheteurs de ses disques sont d’abord devenus 12 ou 15000 lecteurs de ses romans, sortes de chorus abracadabrants menés tambour battant, d’une densité d’écriture phénoménale. Dans le dernier, Tangage et roulis, il décrit une étonnante cure de désintoxication alcoolique dans une clinique de Montréal. Mais on n’est pas très loin de la chanson : le meilleur ami québécois du narrateur est un certain Charlie Wood, chanteur et brasseur de son état. Le masque est transparent… 

"A cause de la cigarette, on m’a enlevé un poumon", explique aussi David McNeil. Maladie, convalescence et dépression lui ont pris des années et il caresse maintenant l’idée de reprendre sa carrière de chanteur. “Dix jours à Paris, deux mois en tournée. Avec un groupe qui répèterait aussi d’autres morceaux que mes chansons, pour que je puisse reprendre mon souffle.”

David McNeil & Baptiste Caraux Hollywood, les hindous… (Christian Pirot Editeur) 2006
David McNeil & Baptiste Caraux…Et autres histoires beiges (Christian Pirot Editeur) 2006
David McNeil Tangage et roulis (Gallimard) 2006