Axel Bauer

Remis en selle grâce à son duo avec Zazie A ma place en 2001, Axel Bauer poursuit son parcours atypique. 20 ans de carrière et voici enfin son cinquième album. Alors qu’il a souvent évolué entre rock et variété, ce Bad cow-boy prend une orientation qui tire vers l’épure et le son rêche. Rencontre.

Nouvel album

Remis en selle grâce à son duo avec Zazie A ma place en 2001, Axel Bauer poursuit son parcours atypique. 20 ans de carrière et voici enfin son cinquième album. Alors qu’il a souvent évolué entre rock et variété, ce Bad cow-boy prend une orientation qui tire vers l’épure et le son rêche. Rencontre.

RFI Musique : pourquoi ce titre Bad Cowboy ?
Axel Bauer : C’est difficile d’expliquer une couleur. Je pourrais dire qu’il définit mon côté solitaire et mauvais garçon, mais ce n’est pas vrai. Il définit par contre la teneur et la force de l’album. En France, les gens s’imaginent qu’on trouve le titre d’une chanson avant de l’écrire. Un peu comme d’autres arts, le cinéma ou la littérature, dans lesquels on développe une bonne idée. Moi, quand je fais un disque, j’ai plein d’idées éparpillées, griffonnées sur différents supports. Je les mets ensuite bout à bout, sans aucune pensée conceptuelle derrière. Je fais des chansons comme je dessine. Je pars d’un point, une idée, pour ensuite développer tout autour un univers, le déformer, quitte à déboucher sur tout autre chose.

Avec le single Cargo vous avez d’une certaine façon profité et souffert de votre image. Peut-on interpréter le cow-boy de la pochette comme un pantin ? Y a t’il à nouveau un jeu sur l’image et un message sur son lien avec l’artiste ?
J’ai fait beaucoup de dessin enfant, je suis un passionné de l’image. Pourtant, je ne me suis jamais posé de question par rapport à ça. Elle me touche ou non. Ici, elle est graphiquement conforme à ce que j’avais en tête. Dans cette image, je vois une rigueur et une sauvagerie, l’alliance de quelque chose d’organisé et de sauvage.

Et qui s’exprime clairement dans le ton rock de l’album ? D’où vient cette énergie ?
Avec Daniel (Presley, réalisateur : ndlr), on a souhaité un retour aux sources. Le son est assez épuré et brut. Il est tiré live, sans réverbération ni compression ou équalisation. Et puis sur ce disque, j’ai clairement voulu me faire plaisir. Ça se traduit par le fait de reprendre la guitare, la faire jouer et vivre, avec des solos…

…d’où les sessions de jams piquées tout au long du disque ?
Les jams, on n’en fait plus. Ça correspond à une envie de communiquer avec les musiciens, de jouer tout simplement. L’enregistrement s’est fait dans ce sens, les amplis à fond. J’ai eu de la chance car nous avons pu bénéficier d’une longue période de pré-production. Nous avons donc eu le temps de nous découvrir, nous apprécier tout en travaillant les morceaux. J’ai cherché à créer avec les musiciens recrutés pour le disque, une osmose de groupe dans laquelle chacun puisse s’exprimer et apporter sa patte.

Dans le livret du cd, vous reprenez toute la chronologie de l’écriture du disque, comme un carnet de bord. Pourquoi cette volonté de montrer l’envers du décor ?
Je ne sais pas si c’est courageux mais c’est, je pense, instructif. A la base, cette chronologie je l’ai faite pour me rappeler des différentes étapes de la création. Elle s’est étalée sur 3 ans. Après c’est aussi intéressant dans le sens où aujourd’hui, faire un disque apparaît comme quelque chose de très facile. J’avais envie de raconter cette angoisse, l’attente du texte qui ne vient pas, puis du dénouement à la dernière minute.

C’est votre façon de contester le système?
J’ai l’impression que les gens perçoivent avant tout le côté paillettes, le masque sur la réalité. Certains doivent penser qu’en studio, personne ne travaille mais que tout le monde boit du champagne toute la journée. L’honnêteté, à ce niveau, est quelque chose que l’on retrouve peu souvent dans les propos des artistes quand ils sont en promotion. On les entend rarement dire que la création est un moment difficile, c’est pourtant quelque chose que nous partageons tous. Alors, c’est vrai, j’ai voulu m’exposer un peu plus, et mettre en valeur le processus artisanal. L’album y gagne beaucoup en intimité.

Après 20 ans de carrière, le doute est-il toujours une composante essentielle du processus ?
Oui, surtout lorsqu’il s’agit des textes. C’est toujours pour moi une phase dure et laborieuse. L’accouchement se fait en plusieurs temps après beaucoup d’efforts, ce n’est pas naturel chez moi. Mais au bout d’un certain temps, tu acquières une sorte de savoir-faire très bizarre. Il faut pouvoir faire face à ses émotions, confronter ses phases négatives de dénigrement de soi et les lendemains euphoriques. Un peu comme la voie du milieu des Tibétains. Il y a un chemin spirituel à trouver pour éviter un sentiment de perdition.

Axel Bauer Bad cowboy (Polydor) 2006