Transats, sable et rock n’roll

Venus et Jack The Ripper

Paris Plage le 29 juillet, énième étape du Festival Fnac Indétendances. A l’affiche, Jack the Ripper et Venus : deux concerts aussi forts en émotions qu’en décibels !

Chaque samedi et dimanche après-midi depuis le 20 juillet, les quais de Seine, déjà envahis par une nuée de Parisiens en mal de plages bondées, se voient investis par une autre sorte de citadins : les fans de bonne musique qui, bloqués dans les embouteillages, n’ont pas pu faire la tournée des Festivals de l’été.  Heureusement, le festival Fnac Indétendances est présent à Paris Plage jusqu’au 19 août pour contenter les uns et les autres !

Et pour ce deuxième samedi de festivités, le festival laisse la voie libre aux Français de Jack the Ripper et aux Belges de Venus. Dès 18h30, la foule commence à s’agglutiner autour de la scène, dressée à l’une des extrémités de Paris Plage, au Pont de Sully. Les premières notes commencent à résonner, avant même que Jack the Ripper n’apparaisse sur scène : une mélodie délicatement jouée rappelle, au mieux, une ambiance de cirque ou de foire, au pire, un moment crucial d’un film d’horreur. Le ton est lancé et les fans sourient déjà : Jack l’Eventreur n’est pas loin ! Il apparaît soudain, accompagné de ses acolytes, les mêmes depuis les débuts du groupe, en 1998. La petite musique envoûtante cesse et commence alors un vrai spectacle. Le rock sombre et mystérieux des débuts de la formation est présent, mais s’accompagne désormais de sonorités jazzy et tziganes. Trompette, violon, contrebasse : le résultat de ce métissage détonnant est vraiment à la hauteur de ce que le public, visiblement, attendait. Au fur et à mesure du concert, la foule se fait de plus en plus dense et Arnaud Mazurel, l’éventreur himself et auteur/compositeur/chanteur à ses heures les plus inspirées, semble apprécier. Transcendé par le rock vibrant que ses comparses livrent, amusé par les ritournelles du violon, charmé par les notes de la trompette, sa performance scénique amuse et époustoufle les bonnes centaines de personnes présentes. L’influence de Nick Cave ou de Sixteen Horsepower est moins évidente qu’à leurs débuts, Jack the Ripper ne se contentant pas de coller à son nom évocateur et refusant de livrer uniquement un rock énigmatique, sombre et compliqué. Au contraire, les sonorités sont dansantes, le rythme est enlevé et l’heure et demi de concert passe à une vitesse folle.

Les gens préfèrent attendre sur place l’arrivée de l’étoile Venus plutôt que de tenter de rebrousser chemin, la foule étant compacte au point de bloquer l’accès à Paris Plage. Après une demi-heure de repos durant laquelle les compliments sur la prestation de Jack the Ripper fusent, Venus est enfin annoncé, présenté comme « une grande star » à laquelle le public « se doit de faire une ovation ». Nul n’était besoin de le préciser : avant même l’arrivée sur scène du quatuor belge, les acclamations retentissent. Marc Huyghens, chanteur, guitariste et auteur “à 8/10e” des compositions du groupe, monte sur la scène, suivi du multinstrumentiste Christian Schreurs, aujourd’hui au violoncelle, de Pierre Jacqmin à la basse et de Jean-Marc Butty à la batterie. En pleine tournée “qui se déroule très bien, pour l’instant”, selon Marc Huyghens, cette étape au Festival Indétendances semble très bien réussir au groupe qui vient de sortir son 5è album, The Red Room. Plus électro que les précédents, il devient, repris sur scène, une sorte de rêve musical qui s’interrompt soudainement quand Venus décide de retourner à ses racines, un rock inspiré par les chantres du mouvement. Après trois titres qui ravissent un public déjà acquis, le groupe reprend Beautiful Day, leur grand succès à ce jour, et récolte une salve d’applaudissements. Marc, moins excité que son éventreur de prédécesseur, possède une élégance de dandy (et des lunettes) qui ne sont pas sans rappeler Lou Reed à la période du Velvet Underground. La comparaison est souvent établie, et très appréciée par Huyghens, pour qui le Velvet a été précurseur “dans la façon de simplifier les arrangements et de prouver qu’il ne fallait pas être un virtuose pour faire de l’excellente musique”. Suit un morceau plus calme, plus introspectif, à la puissance et à la force de pénétration étonnantes, avant que le groupe ne revienne à un morceau plus électro. Marc chauffe le public et le violoncelliste semble transporter sur une autre planète par la musique de Venus. Le concert se conclut aux environs de 22h, après une vibrante session d’applaudissements de la part d’un public qui a accaparé un bon quart du quai  de Paris Plage pour venir écouter ce phénomène, désormais international, qu’est Venus.

Virginie Le Baler