Nuru Kane

Pour façonner son dernier album, le chanteur-compositeur Nuru Kane est allé piocher des sons des deux côtés du Sahara. Résultat : musiques de l’Ouest-africain et d’Afrique du Nord s’y entremêlent à merveille.

Sigil

Pour façonner son dernier album, le chanteur-compositeur Nuru Kane est allé piocher des sons des deux côtés du Sahara. Résultat : musiques de l’Ouest-africain et d’Afrique du Nord s’y entremêlent à merveille.

Sénégalais d’origine, Nuru Kane a le blues malien au bout des doigts, des rythmes gnawa dans la peau et pour langues, le wolof et le français. Autant de signes particuliers qui expliquent pourquoi Sigil - son premier disque autour du projet Bayefall Gnawa - est si inclassable.

De plage en plage défilent les multiples influences musicales de l’artiste : sur Toub et Gorée, on remarque celle d’Ali Farka Touré et d’Oumou Sangaré, dans la douceur du tempo et la sobriété précise de la guitare acoustique. Sur Cheik Anta, l’oreille repère sans mal les sonorités mandingues, détectant même par moment quelque ressemblance (dans les intonations) avec Salif Keita. Mais plus surprenante encore est l’emprise de la musique gnawa sur de nombreux morceaux (Niane, Çigil, Colère).

C’est que, lors d’un voyage à Marrakech dans les années 1990, Nuru Kane fut hypnotisé par la transe des maîtres-musiciens gnawas, ces descendants d’esclaves noirs installés en confréries au Maroc, en Tunisie et en Algérie. Aussitôt rentré à Paris (où il habite encore), il se met au guembri, basse traditionnelle à trois cordes et instrument-phare de la musique gnawa. Dans la foulée, il forme le groupe Bayefall Gnawa avec le Français Thierry Fournel (guitare, oud et sanza) et le Malien Djeli Makan Sissoko (n’goni et tama).

Ensemble, sur Sigil – enregistré moitié en Ecosse, moitié à Paris – ils chantent la tolérance, la richesse de la culture africaine, la patience. Ils déplorent les effets pervers et persistants de la colonisation et blâment la violence et la colère en invoquant Allah et les philosophes Sénégalais… Une foule de propos percutants sur une musique qui l’est tout autant.

Nuru Kane Sigil (World music network/Harmonia Mundi) 2006