Valérie Louri

La scène antillaise vient de s’enrichir d’une nouvelle voix : Valérie Louri. Jeune martiniquaise, elle a signé un premier opus, Bay Lanmen, qui réactualise les musiques rurales appelées bèlè. Un socle identitaire sur lequel l’artiste s’appuie pour dénoncer les maux de sa société.

La relève musicale de la Martinique

La scène antillaise vient de s’enrichir d’une nouvelle voix : Valérie Louri. Jeune martiniquaise, elle a signé un premier opus, Bay Lanmen, qui réactualise les musiques rurales appelées bèlè. Un socle identitaire sur lequel l’artiste s’appuie pour dénoncer les maux de sa société.

Elle a été l’une des révélations de l’été aux Francofolies de la Rochelle dans le cadre des Dom Tom Folies (tremplin pour les artistes émergents de l’Outre-mer). Son nom : Valérie Louri. Plébiscitée par le public des "Francos", cette jeune martiniquaise a d’abord été bien accueillie sur son île natale. Avec son style, à mille lieux du zouk formaté, elle fait partie de cette catégorie de chanteuses qui apportent enfin un souffle nouveau en provenance des Antilles françaises. "J’avais beaucoup d’appréhension en présentant ma musique à ma communauté, car mon identité s’inspire de la tradition des campagnes où l’on danse le bèlè", précise-t-elle.

"Tend lui la main"

Pour remettre au goût du jour ce patrimoine ancestral, la musicienne vient de sortir un premier enregistrement intitulé Bay Lanmen. Treize plages de sable fin portées par un grain de voix particulier qui vous caresse l’oreille sans en avoir l’air. Mais ne vous y trompez pas. Cette perle créole, avec son regard malicieux et sa coupe de cheveux à la Grace Jones, n’a pas l’ambition d’être une sirène des îles. Même si elle aborde quelques sujets un peu coquins sur Doudou Mwen Ke Baw Sa, son écriture a du sens, comme le titre de son CD qui signifie "tend lui la main". Une chanson basée sur l’entraide au quotidien entre les générations.

Car Valérie Louri s’intéresse à ses concitoyens comme le prouve aussi Di non mèsi ("Dit non merci") qui dénonce la société de consommation dont sont victimes les Antillais : "C’est affolant de voir à quel point nous sommes des éponges. Nous absorbons tout ce qui vient de l’extérieur, notamment des Etats-Unis. Ce sont les jeunes qui sont les plus touchés par ce problème." Sur le morceau Yo Di Mwen, l’artiste déplore également le système éducatif français "qui ressasse uniquement nos ancêtres les Gaulois en occultant l’histoire coloniale."

Côté compositions, elle cultive la différence en jouant sur plusieurs registres caribéens. Même si son ancrage se veut centré autour du bèlè et ses fameux tambours, on dénote d’autres influences notamment cubaines : "J’ai choisi un accompagnement principalement acoustique qui met en valeur les instruments à cordes comme le violon. Et ce dernier a le son de La Havane parce que mon violoniste a été formé à l’école de Cuba."

Musiques latines

À la fois mélodique et rythmique, son cocktail "made in Caraïbe", réalisé par Marc Elmira (bassiste reconnu ayant travaillé avec des grands noms tels que le regretté Eugène Mona ou Dédé Saint-Prix) se déguste plutôt bien. Il faut dire que la jeune femme a grandi dans un environnement familial propice à l’éveil musical : "Mon père écoutait beaucoup de musiques latines et il y avait toujours un instrument qui traînait à la maison. Inconsciemment, j’ai été imprégnée par ces sons." Une enfance marquée aussi par Edith Lefel, dont elle fredonnait, dès son plus jeune âge, les mélodies. Ce n’est donc pas un hasard si Valérie Louri a été choisie pour participer à l’hommage rendu, en 2003, à la diva guyanaise disparue. Une prestation qui lui a valu de signer avec la maison de disques Hibiscus Records.

Pourtant, la Miss a commencé sa carrière artistique en tant que danseuse. Formée dès l’âge de 21 ans à la célèbre école d’Alvin Ailey de New York et au Broadway Dance Center, elle a acquis toutes les techniques chorégraphiques contemporaines qui lui ont permis de mieux appréhender les danses villageoises martiniquaises. Un acquis approfondi à l’IFAS (Institut de formation aux arts du spectacle) à Saint-Esprit, non loin de Fort-de-France. Pour Valérie Louri, la danse et la musique ne font qu’un : "Après mes différentes formations, j’ai pu dialoguer avec les anciens, chez moi, et comprendre leurs pas de danse. En fait, le tempo s’adapte en fonction du danseur. Et c’est avec les rythmes que j’ai découvert ma voix."

Pluridisciplinaire, la créatrice a l’étoffe d’une future ambassadrice de la Martinique, car elle défend avec beaucoup de sincérité des valeurs culturelles d’hier dans une approche actuelle. Reste à espérer que ce début prometteur pour Valérie Louri soit d’avantage remarqué par les acteurs culturels de la Métropole, afin que son chant raisonne au-delà de la Caraïbe.

Valérie Louri, Bay Lanmen (Hibiscus records) 2006