Les <i> Nuits du Ramadan</i> à Tokyo

La première édition du festival Les nuits du Ramadan s’est tenue du 1er au 6 octobre dernier dans la capitale nippone. En écho à celui réalisé en France, plusieurs artistes étaient ainsi invités à venir partager leur culture et présenter une autre vue de l’Orient. En pleine période de Ramadan, le festival a trouvé toute sa pertinence dans ce choc de cultures.

Festival des musiques du monde

La première édition du festival Les nuits du Ramadan s’est tenue du 1er au 6 octobre dernier dans la capitale nippone. En écho à celui réalisé en France, plusieurs artistes étaient ainsi invités à venir partager leur culture et présenter une autre vue de l’Orient. En pleine période de Ramadan, le festival a trouvé toute sa pertinence dans ce choc de cultures.

Situé dans le quartier branché et jeune de Shibuya, le Bunkamura Cocoon Theater, 750 places, accueille une partie des concerts du festival des musiques du monde. L'accent est mis sur l’écoute et la qualité de l’acoustique est optimale. Plus tôt dans la semaine, l’Iranien Kayhan Kahlor et le Pakistanais Faiz Ali Faiz s’y sont aussi produits, les musiciens d'origine turque Mercan Dede et Secret Tribe eux, à l’Unit. Jeunes et moins jeunes sont venus assister le 3 octobre au concert des groupes Duoud et Gnawa Diffusion. C’est donc assis que le public japonais a assisté aux expérimentations des premiers dont l’album Sakat a reçu un accueil chaleureux. Partis à la recherche du patrimoine musicale yéménite, ils ont enregistré une collaboration avec le chanteur et joueur de oud Abdulatif Yagoub et développé une certaine idée de la tradition et des interrogations que pose son interprétation moderne. Une question pertinente pour le pays du Soleil levant dont le quotidien se construit autour de ces réalités.

"C’est intéressant pour les gens de voir aussi comment nous musiciens et bien qu’aux antipodes, nous essayons de créer des ponts avec d’autres cultures. Nous ne jouons pas du tout la même musique, mais il y a eu une envie," confie Jean-Pierre Smadja, programmeur, lui-même joueur de oud et moitié de Duoud. L’envie était aussi ce soir de faire comprendre le cheminement de leur travail. Abdulatif commence ainsi seul avant que le duo ne vienne se greffer à ses envolées vocales. Pris dans les arabesques sonores, le public réservé offre une écoute studieuse presque religieuse. "Plus le public est vierge, plus il est sensible car la musique n’est qu’affaire de sens. Et plus le challenge est important pour nous." Malgré quelques fragilités quant à l’interprétation des morceaux, le pari est réussi et les applaudissements saluent leur prestation.

Pour Mme Nakanishi, organisatrice du festival, cette soirée est aussi l’occasion d’inviter un groupe qu’elle souhaitait recevoir depuis longtemps, Gnawa Diffusion. En formation réduite, l’accent mis sur la musique traditionnelle, les Gnawa vont véritablement emballer une soirée clôturée par une standing ovation. "Ils ont une approche blues et rock, et développent leur  héritage. Leur message est fort. Ils parlent du Liban, d’Israël et de l’Algérie directement ou non et donnent ainsi une autre puissance à la musique."

Les Japonais de plus en plus curieux

Car cette année le thème du festival, celui du monde islamique, a été choisi pour les questions que soulève son actualité. "Ici au Japon, les médias diffusent des informations souvent stéréotypées. On  ne sait pas ce qu’il se passe, ce qu’ils pensent et quelles sont leur richesse et leur culture. Cet événement est également une introduction à un monde politique, culturel et social." 2500 personnes ont répondu présentes à ces rencontres internationales achevées par un dernier concert de Mercan Dede.

L'intérêt pour les cultures étrangères n’est pas nouveau. Dans les années 90, il y a eu une forte tendance sur le marché japonais aux musiques du monde. "A l’époque du festival Konda Lota, 'Amour et Rêve' en langue malawi, il y avait une part d'exotisme que le public recherchait," poursuit Mme Nakanishi. "Depuis, grâce à la multiplication des moyens de communication, le monde devient plus petit. De plus en plus d’étrangers habitent et travaillent au Japon. Avant, ils n’étaient pas les voisins d’aujourd’hui. C’est un grand changement pour la société japonaise. Bien sûr, il y a des problèmes de compréhension, mais les Japonais sont de plus en plus curieux. Avant nous pensions pouvoir vivre seuls. Aujourd’hui il y a un souci de se connaître et se comprendre. La culture est une porte d’entrée intéressante."

Second marché mondial du disque, les musiques du monde n’y trouvent encore qu’une humble place. Dans les 30% de la musique internationale, elles ne représentent qu’1 à 2% des ventes. Mais l’intérêt des jeunes générations pour les cultures extérieures et la progression du tourisme dans les pays du Maghreb permet de relever des tendances et voir des portes s’ouvrir. "Actuellement, il y a une tendance à la Belly Dance (la danse du ventre, ndlr.) Durant le festival, on a pu voir dans le public plusieurs japonaises s’y essayer. La musique est intéressante, les costumes sont riches et permettent d’une certaine façon de se transformer," s’amuse Mme Nakanishi.