Hocus Pocus au Japon

Après la France, le Japon s’est enthousiasmé pour le disque des Hocus Pocus, 73 Touches. Marquant une pause dans la préparation de leur nouvel album, ils s'y produisaient pour quelques dates. Les amateurs nippons de hip hop aux influences jazz-funk se sont donc naturellement pressés samedi 7 octobre au Centre Culturel franco-japonais de Tokyo, pour le premier concert des Nantais. Rencontre.

Interview

Après la France, le Japon s’est enthousiasmé pour le disque des Hocus Pocus, 73 Touches. Marquant une pause dans la préparation de leur nouvel album, ils s'y produisaient pour quelques dates. Les amateurs nippons de hip hop aux influences jazz-funk se sont donc naturellement pressés samedi 7 octobre au Centre Culturel franco-japonais de Tokyo, pour le premier concert des Nantais. Rencontre.

Peu de groupes français percent au Japon, pourquoi vous ?
20Syl (chant) : On est aussi surpris que les gens que ça peut surprendre… mais à partir du moment où tu travailles sérieusement la musique, il n’y a pas de frontières. Quelle que soit la langue, l’essentiel est de conserver et de pousser aussi sa musicalité. Il y a de plus au Japon une scène hip hop jazzy underground qui nous permet d’exister et d’être ici aujourd’hui.

Comment êtes-vous entrés en contact avec le Japon ?
20Syl : C’est en partie grâce à Mike, le manager des Procussions, un groupe américain de Los Angeles. Ils ont participé à notre album 73 Touches. Mike a vécu ici, il était en contact avec le label qui nous distribue  au Japon, P-Vine Records.

Yann (manager) : L’histoire remonte aux tous premiers disques d’Hocus Pocus puisque c’est le premier pays dans lequel on a exporté des vinyles. Un DJ producteur a remarqué notre premier maxi, il a ensuite été distribué, mais toujours sans promotion. Aujourd’hui, nous profitons d’une vraie structure avec P-Vine Records.

Quelles sont les opportunités du marché japonais ?
Yann : Je pense qu’à l’image de l’Angleterre, il est constitué d’une multitude de petites niches. C’est assez flagrant quand on croise des jeunes dans la rue, ils ont tous un style propre à un groupe spécifique. Cela donne à l’underground les moyens d’exister.

Combien avez-vous vendu d’albums jusqu’ici ?
20Syl : Environ 4000 copies, c’est très encourageant. Le Japon est sans contexte aujourd’hui notre priorité après la France.

Yann : Ça prouve aussi qu’il y a une scène pour ça. Beaucoup d’artistes flirtent avec le hip hop jazzy et des influences américaines comme Jurassic 5. Même si nous ne partageons pas la même langue, nous nous inscrivons dans cette lignée.

C’est flatteur pour un chanteur de hip hop de voir apprécier son travail dans un pays aussi différent?
20Syl : Je vois ça comme un aboutissement. La langue française est parfois dure, ce n’est pas toujours évident de la faire chanter. J’attache une grande importance à cette recherche du flow, à faire vivre la voix. Mais j’écris comme ça me vient, je ne vais pas jusqu’à modifier les mots pour lui donner plus de mélodie, ce serait la simplifier.

La nationalité française fait-elle vendre ?
20Syl : Je ne sais pas, les divers soutiens ne sont pas révélateurs. D’après Ken Tsukamoto (directeur de P-Vine Records, ndlr), c’est avant tout une question de musique. Il n’y a pas à priori d’exotisme français. La réussite de certains artistes comme MC Solaar ou TTC a toutefois certainement attiré l’attention.

Votre précédent disque avait déjà reçu ici un bon accueil, pourquoi n’être pas venus plus tôt ?
20Syl : L’envie y était mais nous n’avions pas encore rencontré P-Vine. Le déclic s’est fait avec l’invitation des programmateurs d’Asagiri (festival de musiques actuelles rassemblant près de 10.000 personnes, ndlr). Ils sont venus nous voir au Printemps de Bourges cette année et ont vraiment aimé notre show. Ensuite, ils sont revenus vers nous.

Pour vous proposer de jouer à Asagiri…
20Syl : Oui, après un concert à l’Institut franco-japonais, nous sommes invités dans ce festival qui a la particularité de commencer très tôt. Les portes ouvrent à 10h et nous jouons à 11h30. Ça nous fait déjà tout drôle de jouer parfois l’après-midi. Mais là, c’est vrai carrément inhabituel. Je ne sais pas si en France à cette heure-ci il y aurait grand monde… Sur le disque, les instruments sont composés sur machine ensuite des musiciens viennent étoffer les sons. En live, le processus est inversé et la participation des machines, secondaire. Nous jouons ici avec une équipe plus réduite.

Ce n’est pourtant pas la première fois que vous jouez au Japon ?
20Syl : Effectivement, nous avons déjà tourné avec C2C, une structure parallèle à Hocus Pocus signé sur notre label Onandon Records. C’est un collectif de quatre DJs qui comprend en autres Greem, aussi DJ d’Hocus Pocus, et moi-même. Nous avons effectué avec cette formation plusieurs dates en Asie ainsi que plusieurs championnats de Deejaying DMC (compétition mondiale de deejaying, ndlr).

Yann : Il est très modeste, mais pour la petite histoire ils sont les champions du monde DMC par équipe de ces 4 dernières années.

Quels sont vos projets à votre retour en France ?
Une réédition de 73 Touches et la préparation du nouvel album dont la sortie est prévue pour la fin du printemps prochain.

Hocus Pocus 73 Touches (Musicast/l'Autre production) 2005