Les 10 ans de Gnawa Diffusion

Le groupe franco-algérien Gnawa Diffusion fête ses dix ans de discographie en grande pompe : il s’est lancé en avril 2006 dans une série de concerts qui doit s’achever à l’été 2007. Une tournée-compilation de leurs trois albums, un bouquet final pour les Gnawa ?

Concert à l'Elysée-Montmartre à Paris

Le groupe franco-algérien Gnawa Diffusion fête ses dix ans de discographie en grande pompe : il s’est lancé en avril 2006 dans une série de concerts qui doit s’achever à l’été 2007. Une tournée-compilation de leurs trois albums, un bouquet final pour les Gnawa ?

Le 25 novembre, Gnawa Diffusion était à l’Elysée-Montmartre à Paris, pour l’étape parisienne de leur tournée 10 ans. Comme toujours, l’ambiance était chaude et intense, sur scène et dans la salle. Le groupe en a d’ailleurs profité pour enregistrer son futur DVD live (sortie au printemps 2007). Au programme : des titres tirés des trois albums du groupe (Algeria, Bab El Oued-Kingston et Souk System). D’Algeria et Ombre-Elle, à Tête-à-tête avec Bagdad et Déca-dance, tous les styles des Gnawa Diffusion se sont succédés. Comme à son habitude, Amazigh Kateb, le chanteur et leader du groupe s’est montré prompt à fustiger Bush et Blair pour leur intervention en Irak, les Israéliens pour leur politique agressive vis-à-vis des Palestiniens et, plus généralement, la violence des extrémistes de tous bords. Un discours soutenu inconditionnellement par un public très métissé.

Pour mettre l’ambiance, il fallait également compter sur Abdel Aziz Maysour, au guembri et à la guitare, Mohamed Abdenour, au banjo, Pierre Geugier, à la guitare, Amar Chaoui, aux percussions, Philippe Bonnet, à la batterie, Pierre Bonnet, à la basse, et Salah Meguiba, aux claviers. Mêlant rythmes orientaux, reggae, rock, hip hop…, les membres du groupe prenaient un plaisir évident à communiquer leur énergie à un public conquis d’avance. Une belle façon de souffler ses dix bougies. Une occasion aussi pour RFI Musique de dresser un bilan de ces dix dernières années avec Amazigh Kateb, le chanteur et leader du groupe.

Que cache cette volonté de marquer le coup des dix années ? Est-ce un "Au revoir" déguisé en anniversaire ?
Non, Gnawa n’est peut-être pas fini. Chacun d’entre nous part pour des projets solos. Depuis longtemps, nous repoussions nos envies personnelles pour nous consacrer au groupe. Il est temps pour chacun de vivre ses  projets. Et mieux vaut le faire quand nous nous entendons bien. Réaliser des choses différentes permettra d’amener de l’eau à notre moulin. Pour, un jour peut-être, ressentir un manque des Gnawa Diffusion et repartir ensemble… On verra ce que nous réserve l’avenir.

Les souvenirs des débuts...
En fait, nous avons commencé à jouer en 1992, mais Gnawa Diffusion n’a commencé à exister qu’en 1996 avec la sortie du premier album, Algeria. On avait commencé par chercher un son qui fonctionnait, qui ressemblait à tel ou tel type de musique. Mais toutes ces tentatives ont été ratées car aucune finalement ne nous ressemblait. Parfois, le concept tue l’art. Alors, on a fini par laisser parler nos énergies sans chercher à suivre un style musical en particulier. 

Les moments les plus forts...
Difficile de hiérarchiser les moments de bonheur… On a vécu tellement de choses fortes durant ces années, sur chaque concert. Personnellement, la réouverture du théâtre national de Bagdad, fermé depuis dix ans, m’a beaucoup marqué. Le concert a servi à financer d’autres manifestations. J’ai aussi de très bons souvenirs des concerts dans les pays du Maghreb. Là-bas, les personnes sont souvent bilingues en arabe et français et comprennent donc toutes nos chansons. Cela donne une énergie supplémentaire. Finalement, on a eu une vie très riche à l’international. On a parcouru beaucoup de pays, sur tous les continents. Peu d’opportunités pour gagner des milliards, mais beaucoup pour voyager, rencontrer de nouveaux publics. Bref, plein de surprises et de fraîcheur. 

Les changements depuis 1996...
Il y a eu des changements dans l’équipe, dans la musique aussi. Et puis, nos textes sont devenus plus politiques et, dans le dernier album, plus tournés vers la situation au Moyen-Orient. Mais, en réalité, je pense que chacun d’entre nous a peu changé ces années. On garde la même envie intacte. 

Un regret ?
Que notre musique ne soit pas parvenue à vaincre la connerie ! Non, en fait, nous, on est comme Edith Piaf : "Rien, de rien, on ne regrette rien !"

Vos projets personnels pour les années à venir...
Personnellement, je suis en cours de réalisation de mon premier album solo. Je pense pouvoir le sortir début 2008. Avant cela, la tournée des dix ans des Gnawa continue jusqu’en avril 2007 et, en mai, je m’occupe de la programmation artistique du Festival de l’amitié à Roubaix. Je monte une pièce de mon père (Kateb Yacine, NDLR), qui s’appelle Mohammed, prends ta valise, complétée de quelques textes et de morceaux que j’ai écrits. Je pense aussi prendre un peu de vacances !