Baco, le rasta de Mayotte

Enfant de pirates, comme il aime à se définir, l’artiste mahorais Baco vient de signer Hadisi, un album qui remonte les courants chauds océano-indiens. Pour ce septième enregistrement, Baco a construit sa propre embarcation, un nouveau label dont il est le capitaine, Hiriz Records.

L’artiste remet le cap sur l’océan Indien

Enfant de pirates, comme il aime à se définir, l’artiste mahorais Baco vient de signer Hadisi, un album qui remonte les courants chauds océano-indiens. Pour ce septième enregistrement, Baco a construit sa propre embarcation, un nouveau label dont il est le capitaine, Hiriz Records.

Depuis Martyr’s Blues, son album enregistré en 2004 avec le reggaeman français Manjul, le rasta de Mayotte s’était montré discret dans les bacs. De là à croire que Baco s’était retiré sur son île afin de méditer sous les cocotiers, il n’y avait qu’un pas. Et bien pas du tout. Il a mis à profit cette période pour se former aux métiers du son et de la production afin de fonder, à Paris, son propre label Hiriz Records et son studio d’enregistrement.

Avec sa nouvelle casquette de producteur, le chanteur a déjà signé plusieurs artistes issus d’horizon très divers, tout en poursuivant sa carrière avec Hadisi, un septième opus entièrement voué à l’océan Indien. "A travers cette appellation, qui est également le titre d’une chanson, j’incite le peuple sur l’ensemble de l’archipel à renouer le dialogue, à échanger, à palabrer afin que les rapports entre les Comoriens et les Mahorais soient meilleurs. Car chez nous, les relations entre les îles sont très tendues", déplore l’artiste.

Mayotte, terre d'exil

Sans prétendre politiser son discours, Baco soulève tout de même la situation difficile de bon nombre de Comoriens tentés par l’exil chez leur "cousins français". Malheureusement, ils sont considérés comme des clandestins dès qu’ils débarquent -au péril de leur vie après une traversée sur des embarcations de fortune appelées "kwassa-kwassa"-, à Mayotte, cette collectivité territoriale d’outre-mer qui détient le record de France en matière de reconduites à la frontière.

Une triste réalité que la pochette de son disque illustre parfaitement avec la reprise d’une célèbre bande dessinée de Tintin : "j’ai choisi cette image du scénariste-dessinateur belge Hergé pour essayer de dédramatiser cet état de fait, car Tintin essaye toujours de sauver le monde". Sur d’autres plages, le chanteur joue la carte de l’autodérision comme sur M’maoré, qui se moque du Mahorais. Idem sur Tube, véritable caricature sur les chansons qui deviennent en quelques semaines des hits mais dont le succès est éphémère.

En fait, Baco chronique la société, observe les terriens et témoigne à sa manière du quotidien de ses semblables, comme sur Duniya (le monde), autre titre marquant. Des thèmes qu’il défend dans différentes langues (mahoraise, malgache, française, anglaise), histoire de rappeler son côté universel : "quand vous étudiez l’origine de notre peuple insulaire, vous constatez que nous venons de Madagascar, du Yémen, de l’Afrique des bantous, sans oublier la colonisation française. En un mot, nous sommes tous des enfants de pirates !"

Patrimoine ancestral

Pour porter ses messages, le "corsaire" fait appel aux traditions mélodiques et rythmiques propres aux îles aux parfums. Très attaché à ses origines, il a su se réapproprier ce patrimoine ancestral afin de lui insuffler une dimension actuelle. Malgré un aspect un peu fourre-tout et pas toujours bien agencé, sa "coque" néo-acoustique -marquée par le gabousy (petite guitare afro-arabe), le marovany (cithare malgache) et autre ngoma (tambour)-, traduit une richesse musicale authentique qui ne demande qu’à éclore. D’autant qu’avec sa voix caverneuse soutenue par des choristes au timbre raffiné, le chanteur se promène allègrement sur différents registres : ballades, tempos endiablés, blues…

Mais cet ancrage océano-indien ne doit pas masquer une autre caractéristique de Baco : le reggae. Même si sur son dernier disque, seul le morceau Zama Abudu est d’obédience jamaïcaine, il revendique son appartenance à ce courant rasta : "Mes racines traditionnelles ont été le point de départ, mais le reggae, qui a été une révélation très jeune, m’a éduqué, m’a permis de grandir et de m’ouvrir l’esprit. C’est pour cela que cette musique fait partie intégrante de ma culture". Avec une mère malgache et un père mahorais qui l’ont éduqué à la fois à l’école de la République et à l’école coranique, Baco a compris très vite que le métissage était une chance. Pour lui, c’est un trésor supplémentaire qu’il garde précieusement et partage lors de ses voyages.

De la Grande Comore en passant par à la Tanzanie, de la Réunion à Maurice, de Paris à Marseille, notre nomade culturel s’est forgé une identité plurielle au grès de ses rencontres. Ses dernières en date s’appellent Keziah Jones (la star nigériane), la gracieuse chanteuse tibétaine Yungchen Lhamo, ou encore Wally Badarou, célèbre arrangeur-producteur béninois. Avec eux, il finalise déjà son prochain album, dont la sortie est prévue au printemps 2007. A n’en pas douter, Baco est un insatiable créateur qui aime relever des défis. Suivons le, car il risque encore de nous surprendre…

Baco, Hadisi (Hiriz Records/2006)
En concert le 16 janvier 2007, au Satellite Café, à Paris