Toto Ou Tartare

La France, à égalité avec l’Irlande, possède le plus fort taux de fécondité en Europe. Tous ces "petits-zenfants" méritent bien qu’on leur raconte des histoires. Mais une fois épuisé la série des Petit Ours Brun, Tchoupi et autres Cajou, le catalogue vient à s'amenuiser, et la bonne volonté des parents avec. La solution :Toto Ou Tartare, des histoires originales et des chanteurs d’aujourd’hui, pour intéresser les petits sans ennuyer les grands.

Le livre disque des années 2000

La France, à égalité avec l’Irlande, possède le plus fort taux de fécondité en Europe. Tous ces "petits-zenfants" méritent bien qu’on leur raconte des histoires. Mais une fois épuisé la série des Petit Ours Brun, Tchoupi et autres Cajou, le catalogue vient à s'amenuiser, et la bonne volonté des parents avec. La solution :Toto Ou Tartare, des histoires originales et des chanteurs d’aujourd’hui, pour intéresser les petits sans ennuyer les grands.

Pourquoi pas le livre disque ? On a tous des souvenirs de Pierre et le Loup, ou du Petit Prince narrés par une voix de la Comédie Française, voire d’autres choses moins avouables, mais tout cela commence à dater. Le label Tôt Ou tard, fameux havre de la nouvelle chanson française (Delerm, Cherhal, Fersen etc.) a donc eu l’idée de lancer une nouvelle collection, sous l’appellation Toto Ou Tartare. Trois premiers livres CD, au prix raisonnable de 23€, s’adressent aux enfants à partir de cinq ans, mais aussi à leurs parents un tantinet bobos. Soleilman est un conte marocain écrit et chanté par Dick Annegarn, avec des illustrations de Sergio Garcia. Le Quartier enchantant est une histoire de sociabilité joyeuse racontée par Claude Sicre, interprété en chansons par ses Fabulous Trobadors et leurs copines les Bombes 2 Bal, le tout illustré par Tom Shamp. Enfin Le Mystère des couleurs est écrit, composé et chanté par Da Silva, raconté et illustré par Françoiz Breut, qui a troqué ici le chant contre des pinceaux. Ces histoires partagent bien sûr un souci de message positif, mâtiné d’éducation et de fraternité bien comprise.

Le barde Dick Annegarn, qui a écrit, raconté et chanté Soleilman, est un élément enthousiaste dans ce projet. Rencontre.

RFI Musique : Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à participer à ce projet ?Dick Annegarn : Je suis une espèce d’oncle bizarre pour les enfants qui aiment bien mes chansons, elles leur parlent : Ubu, Mireille, l’éléphant… Je suis un interlocuteur privilégié pour eux. J’ai une clientèle ! Je reçois des mails de gamins qui me découvrent dans la discothèque de leurs parents. J’avais signé en 98 avec Tôt Ou tard pour un CD rom pour enfants, le format a été un peu abandonné, ça a lambiné, mais on a une relation franche, et si je ne suis pas à l’initiative de ce projet, j’ai reçu une franche invitation. Ils m’ont même payé un voyage à Grenade pour aller rencontrer l’illustrateur. 

Plus qu’un ouvrage de commande, Soleilman est pour vous un réel investissement personnel ? J’ai une maison au bled, chez les Berbères. En pays chleuh. Je voulais transmettre ce que je ressens dans cette famille d’emprunt. Je mange et je dors avec eux, là où on est. On se blottit le soir autour de trois bougies, et ça raconte des histoires. J’ai appris un peu le Berbère. On marche en chantant, là-bas. C’est le rêve de tout enfant que je suis aussi. Les mômes sont mis à contribution très vite pour le travail agricole. C’est une joie, et aussi une catastrophe. Ils ne connaissent que le petit catéchisme musulman en arabe littéral, inutilisable dans la conversation. J’ai pris à coeur leur éducation, je les incite à aller à l’école, je m’engueule avec le père qui veut débaucher Soleiman de l’école, car il existe vraiment cet enfant. Quand je vais là-bas, j’y retourne en décembre, la voiture est pleine : vêtements, médicaments, livres scolaires et stylos. Les profs, là-bas, dorment sur les bancs de l’école ! J’ai pris à cœur cette population courageuse et souriante dans une campagne sans eau ni électricité, près d’Essaouira. Il y a une poésie amère, des images qui traduisent en forme poétique leur vie de tous les jours.

Soleilman est un enfant que vous avez vu grandir ?C’est l’enfant d’une femme qui travaille, l’équivalent d’une femme qui travaille dans les bars. Elle pouvait difficilement le garder, donc elle le laissait chez elle, à Agadir, et il s’enfuyait dans la rue. Il est devenu berger dans ce village. Dans le livre, il est “tombé de l’avion”, c’est une façon de dire qu’il est tombé de la vie, ce n’est pas un “enfant de pute”, mais on en est presque là. Il est accidenté de la vie.

Les chansons proposent une musicalité trempée de tradition locale…Les trois-quarts des chansons berbères ont des références religieuses. Mais il y a une dimension politique qu’on peut lire dessous. Je me suis inspiré de cette façon qu’ils ont de raconter. Je voudrais expliquer des choses de l’Islam, l’Islam du voile par exemple. Là-bas, je porte un voile moi aussi, pour me protéger du soleil et de la poussière. Il y a une dimension pratique. Je vais par exemple leur apporter le disque, mais ceux que j’ai apportés dans le passé, j’en ai retrouvé les CD comme épouvantails à oiseaux dans les champs, pour protéger les semis !Il y a une grande confusion, les gens sont ignorants de cette grande masse musulmane qui représente différentes pratiques, cultures, peuples. L’histoire des berbères est une histoire particulière, d’un peuple poétique. 

Livres Cd Toto Ou Tartare (Actes Sud Junior/tôt Ou tard) 23€ format 21x21 cm, 2006