Carla Bruni en anglais

Après le succès de Quelqu’un m’a dit, son premier album sorti en 2002, Carla Bruni a un peu tardé à en publier la suite. Les onze chansons de No Promises, son nouveau disque, sont adaptées de poètes anglais et américains. Entre folk, blues et chanson à la française, elles sont servies une fois de plus par des arrangements très limpides et intimes de Louis Bertignac.

No Promises

Après le succès de Quelqu’un m’a dit, son premier album sorti en 2002, Carla Bruni a un peu tardé à en publier la suite. Les onze chansons de No Promises, son nouveau disque, sont adaptées de poètes anglais et américains. Entre folk, blues et chanson à la française, elles sont servies une fois de plus par des arrangements très limpides et intimes de Louis Bertignac.

Carla Bruni a écrit les paroles de presque tout le dernier album de Louis Bertignac, des chansons pour Julien Clerc, chanté pour Sol en Cirque ou sur un disque d’hommage à Gainsbourg, des duos avec Jean-Louis Murat ou Aldo Romano… Elle revient aujourd'hui avec No Promises, sur lequel elle chante des poèmes de William Butler Yeats, Emily Dickinson, Dorothy Parker, Christina Rossetti, Wystan Hugh Auden ou Walter De La Mare.

RFI Musique : Votre nouvel album est tout en anglais. Avec le précédent, on vous avait classé dans la chanson française…
Carla Bruni : Si j’écris une chanson – je parle du texte – elle sera vraisemblablement en français. L’étiquette chanson française a du sens pour moi puisque, spontanément, j’écris en français. J’ai beaucoup chanté les chansons françaises des autres mais je n’arrive pas complètement à me mettre dans cette catégorie : j’ai l’impression de faire les chansons par hasard, par miracle. Quand tout d’un coup j’ai un moment de jubilation parce que j’ai trouvé une chanson, j’arrive à me dire c’est une chanson folk ou un petit peu blues. Pour l’écriture de la musique, c’est beaucoup plus flou, une chanson est une chanson. Mais le texte ne fait pas la texture propre de la chanson. La tradition française m’a beaucoup nourrie, à part égale avec la tradition anglo-saxonne de la pop la plus commune. J’ai autant écouté Brassens que les Beatles, et peut-être même plus ; dans les années d’adolescence, j’étais hypnotisée, sous influence absolue de Bob Dylan ou de Leonard Cohen. Au moment où j’écris une chanson, les influences sont tellement mélangées entre le français, l’anglais et l’italien. Le seul endroit où je me situe, c’est quand même le folk, une espèce de blues blanc que je peux chanter avec simplicité.

Les poètes que vous avez adaptés sont-ils de vieilles fréquentations ?
La poésie est une fréquentation ancienne, mais pas forcément ces poètes-là. Je connaissais Shakespeare, Shelley, peu de choses de Yeats à part son poème le plus célèbre… La poésie anglaise et américaine est hypnotique. Je n’avais pas l’intention de faire précisément cela mais, quand j’ai lu les poèmes, j’ai eu d’emblée l’envie de les chanter.

On a l’impression que l’anglais des poètes a moins vieilli que la langue des poètes français, qui leur étaient contemporains…
Leur écriture est plus simple. Il n’y a pas de mots désuets. Même les thèmes sont très modernes, notamment chez les filles, qui n’y vont pas de main morte.

Savez-vous déjà quand sortira votre prochain disque en français ?
Après ce disque-ci, j’ai commencé un disque français que j’espère réaliser dans l’année. J’ai beaucoup travaillé sur des musiques classiques, ce que j’avais déjà fait en même temps que Quelqu’un m’a dit. Ce que je préfère, c'est faire mes chansons toute seule. Mais quand elles ne viennent pas, j’aime partir de petits fragments mélodiques de musique classique. Je ne sais pas lire la musique, je ne travaille pas sur partition mais il y a des trucs de Bach qui sont très inspirants, qui ont un discours que l’on peut suivre à la mesure. Chez Schubert, il y a parfois la matière de deux chansons dans huit mesures, c’est incroyablement foisonnant. J’ai déjà sept chansons sur des mélodies classiques. Il y a aussi des poèmes français que j’ai essayé d’adapter, comme La Possibilité d’une île, un poème de Michel Houellebecq dans le roman du même titre – quelques strophes très romantiques, belles comme du Baudelaire. C’est très musical, pas déclamé du tout. J’ai eu la chance de pouvoir lui jouer cette chanson. Yeats et les autres sont six pieds sous terre, je ne sais pas s’ils auraient apprécié. Quand on a le poète devant soi, il peut dire oui ou non.

Et que vous a dit Houellebecq ?
Il a aimé. C’est très agréable d’écrire sur les poèmes, mais ça a été trop bien fait par Ferré, Ferrat, Gainsbourg… 

L’année dernière, on a beaucoup remarqué les textes que vous avez écrits pour l’album de Julien Clerc. 
Ce sont des chansons que j’ai écrites à partir des musiques que m’a apportées Julien. Ça change beaucoup de choses. C’était des musiques très fortes, très riches, avec beaucoup de chair - il fallait leur mettre les vêtements, ce qui était un peu plus long. J’ai passé quinze jours sur certaines musiques mais, quand on a vraiment l’impression d’avoir compris ce qu’il voulait dire, c’est jubilatoire.

Carla Bruni No Promises (Naïve) 2007