Arno sort son <i>Jus de Box</i>

Avec son look de rocker, sa moue boudeuse et son accent ostendais à couper au couteau, Arno pourrait presque faire peur. Assis nonchalamment sur un grand canapé, il semble d’abord peu disposé à répondre aux questions. Mais il ne faut pas beaucoup le pousser pour qu’il nous parle de son nouvel album, Jus de Box. Un opus résolument rock, bien différent et beaucoup plus énergique que ses deux dernières productions.

Arno sera l'invité des Musiques du Monde le 1er février :  + d'info

Une galette multilingue

Avec son look de rocker, sa moue boudeuse et son accent ostendais à couper au couteau, Arno pourrait presque faire peur. Assis nonchalamment sur un grand canapé, il semble d’abord peu disposé à répondre aux questions. Mais il ne faut pas beaucoup le pousser pour qu’il nous parle de son nouvel album, Jus de Box. Un opus résolument rock, bien différent et beaucoup plus énergique que ses deux dernières productions.

Arno sera l'invité des Musiques du Monde le 1er février :  + d'info

RFI Musique : Ce nouvel album sonne très old school et rappelle parfois les années 1970…
Arno : Les années 1970, se sont mes racines musicales. Et puis j’en ai marre des années 1980, je les ai déjà pleinement vécu. Mais je pense que si ce disque rappelle les années 1970, c’est parce que j’ai engagé un vrai batteur. Aujourd’hui, les batteurs sont des "typistes", des mecs qui restent devant leur ordinateur et qui jouent avec leur tête. Moi, je cherchais un vrai batteur qui joue avec sa tête mais surtout avec son corps. C’est pour ça que j’ai engagé ce batteur et que le bazar sonne old school.

Ça a été dur de trouver un batteur comme lui ?
Oh la la ! J’en ai testé dix-huit avant de trouver le bon. Des musiciens comme ça, c’est très rare de nos jours.

La structure très simple de tes chansons (couplet/refrain) participe peut-être aussi à la sonorité old school du disque…
J’ai voulu faire sobre. Pleins de groupes jouent à partir d’un riff. Moi, je l’ai déjà fait et maintenant, je veux faire de vraies chansons old school. En théorie, ça peut paraître facile de composer une chanson couplet/refrain/solo. Mais c’est vraiment difficile de trouver de bons refrains et de belles mélodies. Alors quand tu y arrives ! Par exemple, je suis sûr que tu ne peux pas me chanter un tube de techno sorti il y a dix ans alors que tu connais des chansons rock qui ont 25 ans. Ça te colle comme un drap mouillé sur le corps.

Comment choisissez-vous les langues que vous utilisez dans vos chansons ?
Ça dépend. Par exemple, je ne pouvais pas imaginer chanter Hit a Night en français parce que je l’ai écrit dans l’esprit des années 1970. Quand j’utilise le français, c’est en général lié à un truc que j’ai vécu en français… Avec une Française par exemple. C’est quand tu dors avec les chiens que tu attrapes des puces, non ? Il y a même une chanson en ostendais que j’ai composé pour un film !

Vous avez de la chance d’avoir autant de langues pour vous exprimer…
J’habite en Belgique, au centre de l’Europe, un pays où il n’y a pas vraiment d’identité. La Belgique existe seulement depuis cent soixante-dix ans. On parle quatre langues différentes en plus de l’anglais et de l’arabe. Mon ami marocain m’a d’ailleurs dit que la Belgique était le seul pays arabe où il n’y a pas de guerre (Rires).

Bruxelles est aussi une ville très rock aujourd’hui, avec des groupes comme Ghinzu ou Vénus…
Le rock a toujours été très présent en Belgique. Déjà, on a Jacques Brel. Et pour moi, c’est un rocker. Il est plus rocker que beaucoup de mecs qui ont cinq mille tatouages sur le dos.

Vous pensez à lui quand vous écrivez vos textes ?
Non, Brel est Brel. Comme Gainsbourg est Gainsbourg et Brassens est Brassens. J’ai du mal avec les mecs qui ont 25 ans et qui veulent être Brassens, Brel ou Gainsbourg. Il faut rester soi-même et à vingt-cinq ans, tu ne dois pas avoir envie d’être Brassens. Ces gars-là sont comme les vieux, alors qu’il faut bouger son cul.

Vous travaillez sans producteurs. Vous savez toujours ce que vous voulez ?
J’ai déjà travaillé avec des producteurs : je leur donnais des maquettes et ils les laissaient telles quelles. Je me suis demandé à quoi ils me servaient et pourquoi je devais les payer pour faire le même truc que moi. Je préfère travailler avec mon pianiste. Il est meilleur musicien que moi et il sait comment marche les studios. Moi, je suis nul là-dedans mais je sais exactement ce que je veux.

Justement, ce duo étonnant avec le rappeur Faf la Rage, c’est vous qui le vouliez ?
C’est Universal qui m’a demandé de faire une chanson rock chantée par un rappeur. Je l’ai faite mais je n’ai jamais vu le mec, tout est passé par Internet. C’est la première fois que je fais ça. C’est bizarre, c’est un peu comme laver tes pieds avec des chaussettes.

Il était content au moins ?
Je ne sais même pas, je n’ai jamais parlé avec lui ! Je connais un Belge qui a fait un disque avec une bassiste de San Francisco qu’il n’a jamais vu. C’est incroyable. Les gens vivent comme ça maintenant. Par exemple, mon fils de dix-huit ans parle une autre langue et vit dans un autre monde. Mais ce qui me fait plaisir, c’est qu’il écoute des vieux trucs du Tamla Motown. Il pique tous mes disques.

Dans Mourir à Plusieurs vous parlez des dérives liées à la technologie, ainsi que de l’écologie. Ce sont des sujets qui vous préoccupent ?
Si on ne fait rien, dans quatorze ans ans, les plages de Normandie seront en banlieue parisienne. C’est la réalité. Il faut voir le film d’Al Gore pour se réveiller. J’en parle avec humour, mais on est vraiment dans la merde. Je me sens très concerné et je ne comprends pas que les politiciens ne s’y intéressent pas. C’est aussi la faute des peuples. On paye les politiciens, on vote pour eux et on ne fait pas gaffe. Mais c’est bizarre que ce soit le printemps onze mois par an. 

Arno Jus de Box (Delabel/ Emi) 2007
En tournée à partir du mois d'avril et au Bataclan à Paris, le 4 et le 6 juin.