Chanteurs en bulles

L’idée n’est pas nouvelle mais elle a fait son chemin. En 2006, les projets réunissant chanteurs et illustrateurs se sont multipliés chez les libraires. Une mode qui s'est confirmée au dernier Festival international de la BD, qui s'est déroulé à Angoulême du 25 au 28 janvier dernier. Donner à ses chansons l’occasion de se faire tirer le portrait, le dernier caprice des artistes ?

Musique et BD font bon ménage

L’idée n’est pas nouvelle mais elle a fait son chemin. En 2006, les projets réunissant chanteurs et illustrateurs se sont multipliés chez les libraires. Une mode qui s'est confirmée au dernier Festival international de la BD, qui s'est déroulé à Angoulême du 25 au 28 janvier dernier. Donner à ses chansons l’occasion de se faire tirer le portrait, le dernier caprice des artistes ?

"C’est toujours intéressant de voir comment les autres interprètent mon univers", témoigne Hubert-Félix Thiéfaine. "A chaque écoute, quelqu’un s’imagine mes textes de manière personnelle et différente du voisin. C’est l’idée qu’illustrent les dessinateurs", précise-t-il. Le répertoire du chanteur français a servi de matière première pour un album à paru fin janvier. Le premier à reprendre en 2007 une tendance constatée l’année dernière.

En effet, 2006 fut riche en publications. Avec des volumes autour de Brassens (Chansons autour de Georges Brassens en bande dessinée de P.Clézi aux éditions Petit à Petit), Charles Trenet (La vie en mauve de Cabu, S.Olivier, Philippe Tétard aux Editions Nocturne) ou encore de Mickey 3D, Pascal Obispo ou Gainsbourg… Les thématiques ne sont pas non plus oubliées avec, par exemple, une bande dessinée retraçant le parcours historique de la musique électronique : Le chant de la machine (de Blot/D.Cousin aux Editions Delcourt).

Potentiel pictural

C’est indéniable, le texte mis en bulles séduit le monde de la musique et ses artistes. "Il est encore difficile de parler de marché, mais le bouche à oreille fonctionne bien. De plus en plus d’agents viennent nous voir", expliquent Delphine et Mélanie, chargées de projet chez Soleil Productions. Avec plusieurs réalisations à son actif, la société multiplie les collaborations. Point de départ, un premier projet proposé à Bernard Lavilliers, devenu une envie commune. Le choix était évident tant le chanteur rappelle Corto Maltese, le personnage central de l’œuvre du dessinateur Hugo Pratt.

Déterminer le potentiel pictural d’un artiste se fait sur plusieurs critères : la richesse de son univers, la qualité des chansons, sa popularité bien sûr… Eddy Mitchell est apprécié pour ses références cinématographiques à l’Ouest américain. Ses textes sont narratifs, calibrés avec un début, un développement, une fin. L’album s’apparente alors au story-board d’un clip imaginaire. La transposition chez Thiéfaine se situe, elle, plus au niveau de la poésie et de l’emphase de son écriture. "Généralement, j’essaie d’utiliser des images qui soient proches de l’inconscient individuel ou collectif", précise la chanteur.

Etre fan

Une B.D, c’est l’occasion pour les éditeurs de développer un travail avec des dessinateurs signés ailleurs. Des illustrateurs choisis bien sûr en accord avec leur sujet. "Notre volonté est que les auteurs s’approprient les histoires et qu’ils composent leur propre scénario", ajoute Mélanie. La liberté d’interprétation pour le bédéiste Jean-Louis Mourier, c’est la possibilité de dessiner Gainsbarre en jeune pirate sur le troisième volet d’une série autour de Gainsbourg : "Il avait quand même une sacrée gueule!"

Seule contrainte pour rejoindre un projet, être fan de l’artiste. La passion reste une condition sine qua none. Car réaliser un tel volume coûte cher en temps et en droits. Plus cher qu’un album classique. Mais c’est une entreprise ambitieuse qui rapporte. Les B.D de Gainsbourg, Eddy Mitchell ou Patrick Bruel culminent entre 40000 et 70000 ventes. A 20000, c’est déjà une bonne affaire. Opération d’image, délire créatif, opportunité de saisir un public différent pour les uns. Diversification de l’offre, conquêtes de nouveaux territoires pour les autres... Le phénomène devrait se confirmer en 2007 avec les sorties attendues d’albums consacrés à Claude François, Johnny Hallyday ou encore Alain Souchon.

Notre sélection :

Gainsbourg érotique

Voici venu le temps des femmes. Après les ambiances de polar et les mises en scène de Melody Nelson et de L’Homme à la tête de chou, ce troisième volet rend hommage à l’opium du poète. Dix-huit auteurs - dont une couverture signée Moëbius - déroulent histoires courtes et recherches graphiques au service de l’érotisme, de l’ironie, de la passion…
Les Chansons de Gainsbourg "Volutes 3 : Filles de Fortune", ouvrage collectif, édition du Soleil, 14,20 €.

 

M en bulles

Cet album est né de la rencontre entre un fan étudiant en dessin et M. Après une première présentation au fils de Louis Chedid, celui-ci soutient personnellement le projet. Porté par un dessin réaliste, l’album y croque des portraits de jeunes ordinaires. Des chassés-croisés au quotidien rythmés par les paroles de l’artiste, apportent baume et couleurs à la grisaille lilloise qui sert de décor. De saisissantes illustrations du chanteur clôturent ce travail original.
Les Mots contre les Maux par Gregdizer, aux Editions du Caméléon, 13 €.

Thiéfaine en dessins

Chanteur-poète hors norme, à l’image de ses écrivains de chevet Baudelaire, Rimbaud et Lautréamont, Hubert-Félix Thiéfaine aime fabriquer des images avec des mots. Les vingt-cinq auteurs de ce livre ont fait le même travail avec les siens. Ambiancées, décadentes, les illustrations rendent hommage aux atmosphères déchirées de ses chansons. Un coup d’œil sur le magnifique portrait de l’artiste en couverture est éloquent.
Les Chansons illustrées de H-F Thiéfaine, ouvrage collectif, édition du Soleil, 15 €.