Djeli Moussa Diawara

Magicien de la kora et chanteur, Djeli Moussa Diawara renoue avec sa carrière solo en publiant Sini, un album à la mesure de l’ambivalence de cet artiste guinéen : attaché à faire une musique populaire, mais conscient que sa virtuosité le coupe parfois de son public africain. Il n’hésite pas à faire le grand écart en passant d’un registre à l’autre.

Sini

Magicien de la kora et chanteur, Djeli Moussa Diawara renoue avec sa carrière solo en publiant Sini, un album à la mesure de l’ambivalence de cet artiste guinéen : attaché à faire une musique populaire, mais conscient que sa virtuosité le coupe parfois de son public africain. Il n’hésite pas à faire le grand écart en passant d’un registre à l’autre.

Quand on naît dans une famille comme celle de Djeli Moussa Diawara, la musique est une tradition, un flambeau que l’on se transmet d’une génération à l’autre. On n’échappe pas à son destin de griot, et le Guinéen de Kankan l’a toujours accepté, même si ses nombreuses années passées à Abidjan dans un groupe chargé d’animer les soirées lui ont ouvert l’horizon et donné envie d’explorer la planète musicale. Sa carrière en porte les marques, que ce soit sur ses albums personnels ou sur ceux du Kora Jazz Trio, la formation avec laquelle il connaît un joli succès depuis trois ans.

Après être allé à la rencontre des guitares flamenco sur Flamenkora, des cordes hawaïennes sur Ocean Blues, le voici qui s’essaye à un tout autre mariage. Il faut attendre dix minutes et le début du troisième morceau, Sini, pour le découvrir et sortir du paysage mandingue. Soudain, le décor change : une rythmique programmée prend le pouvoir, appuyée par une basse plus présente. A Nyan Don et Doumanie vont encore plus loin avec leurs tempos certes dansants mais trop artificiels, et ces sons de claviers plus faciles et bon marché qu’utiles.

Parti du constat que ce qui plaît en Europe n’est pas forcément ce qui plaît en Afrique, le chanteur-koriste explique avoir fait ce disque en pensant d’abord à son public africain. "Pour ne pas tomber dans l’oubli, il faut faire ce qu’ils aiment", estime-t-il tout en rappelant qu’introduire une rythmique dance dans ce type de musique n’est pas une pratique nouvelle. Son célèbre demi-frère Mory Kanté fut d’ailleurs l’un des premiers à le faire sur Yeke Yeke au milieu des années 1980.

Djeli Moussa revendique donc la carte du pragmatisme. Et si quelques-uns de ses morceaux ont été sacrifiés, il en reste heureusement presque les deux tiers pour apprécier un répertoire de facture plus classique, à l’image des deux chansons par lesquelles débute l’album. A la lenteur empreinte de solennité qui se dégage de Mariam s’oppose la légèreté de Netigui, tout en fluidité. Visiblement, l’artiste guinéen aime jouer sur les contrastes.

Djeli Moussa Diawara Sini (Rue Stendhal) 2006