Vieux Farka Touré

Vieux Touré, fils du guitariste Ali Farka Touré vient de sortir un premier album éponyme, à mi-chemin entre les musiques traditionnelles de la région de Tombouctou et ses influences variées. Bien entouré, Vieux Farka rend autant hommage à son père dans cet album qu’il se démarque de son influence. Rencontre.

La jeune génération en marche

Vieux Touré, fils du guitariste Ali Farka Touré vient de sortir un premier album éponyme, à mi-chemin entre les musiques traditionnelles de la région de Tombouctou et ses influences variées. Bien entouré, Vieux Farka rend autant hommage à son père dans cet album qu’il se démarque de son influence. Rencontre.

Lorsqu’on s’appelle Touré, au Mali, on appartient à la grande famille des marabouts du Mandingue. Lorsqu’on s’appelle Farka Touré s’y ajoute un prestige supplémentaire : être le fils du guitariste Ali Farka Touré. A 26 ans, Vieux, est le seul garçon de la descendance Farka à se lancer dans la musique.

Influences diverses

Entre le rythme paisible de la vie à Niafunké, à 200 kilomètres au sud de Tombouctou et l’agitation de Bamako, la capitale malienne bouillonnante, Vieux Farka a trouvé ses marques et son inspiration. Jeune homme, il a bravé l’autorité paternelle pour jouer de la guitare. Pour le patriarche, il était hors de question qu’un de ses enfants se frotte au milieu de la musique – trop vicié à son goût. Et pourtant, Vieux Farka, au tempérament impétueux, maîtrise la guitare avec aisance, compose et chante surtout (ce que son père s’est mis à faire sur le tard).

Vieux Farka transite à Bamako par l’Institut National des Arts, qui lui permet de consolider un feeling naturel avec les rythmes traditionnels et son instrument de prédilection, la guitare. Il hérite d’une culture musicale colossale, celle de son père, Ali Farka, le guitar hero malien, celui qui aurait ramené le blues "à la maison" et qui l’aurait (re)connecté aux rythmes tamasheq, peuls, songhaï…

Si Ali Farka a fait le tour du Mali dans les années 1970 équipé d’un enregistreur Nagra pour en connaître les richesses, Vieux Farka baigne comme beaucoup de jeunes Maliens dans une culture musicale internationale. Dans son lecteur mp3 dernier cri, il écoute "de tout. Autant du reggaeton, Jimi Hendrix, du rap, John Lee Hooker, de la musique traditionnelle…". Le tour du monde en  musique, version 2006… Vieux s’inspire également des vieilles cassettes de son père, celles des années 1970 justement, pour composer. Serait-ce de ces anciens enregistrements que Vieux tire ce jeu de guitare si spécifique ?

Son premier album éponyme est le reflet de ces diverses influences : il n’hésite pas à ajouter une section de cuivres, une ligne de basse reggae, une flûte peule, aux rythmes songhaï de la région de Tombouctou. "Je me considère comme un musicien traditionnel, mais étant de la jeune génération, je peux me permettre certaines innovations" glisse t'il dans un sourire, attablé autour d’un plat de viande grillée.

Hommage au lion Touré

Sur Tabara et Diallo, Vieux joue en duo avec son père. Il avoue que lors de l’enregistrement, son père était malade et qu’il aurait souhaité aller plus loin dans cette collaboration… "Si ce n’était pas la première fois qu’on jouait ensemble, cela a été la dernière. J’aurais aimé faire les premières parties d’Ali, jouer davantage avec lui, approfondir…Je ne ferai jamais comme lui, je cherche à continuer ce qu’il a commencé".

Sur ce premier album, d’autres musiciens de prestige assurent le lien entre ancienne et nouvelle génération. Toumani Diabaté, le griot à la kora voyageuse, vainqueur d’un Grammy Awards pour son album de duo avec Ali Farka, In the Heart of the Moon joue Touré de Niafunké, une chanson en hommage à la grande famille des Touré, traditionnellement tous originaires de Niafunké. "Ce morceau est un hommage aux Touré, qu’on a joué avec Toumani Diabate, pour Ali. Ali, c’était un lion". Bassékou Kouyate, griot lui aussi, véritable virtuose du ngoni, luth à 3 cordes (ou plus), accompagne le fils après le père. Ainsi, l’album de Vieux marque symboliquement le passage d’une génération à l’autre.

Produit aux Etats-Unis par Eric Herman et Dave Ahl. Herman, enregistré au  studio Bogolan de Bamako par Yves Wernert, l’album reflète aussi ses différentes filiations : niafunkoises, bamakoises et américaines.

Entre deux tournées outre-Atlantique, pourtant,Vieux Farka retourne à Niafunké : il y a sa mère, sa famille, ses amis et le calme. S’il se détache au maximum de la tutelle musicale d’Ali, ("Ali, c’est Ali. Vieux, c’est Vieux"), il souhaite donner autant d’importance à Niafunké dans sa carrière d’artiste que son père l’avait fait. "J’ai accepté de faire cet album avec ces producteurs américains à condition que 10% des bénéfices de l’album soient reversés à Niafunké pour les hôpitaux, les associations…Je veux continuer à aider les gens d’ici, que tout le monde dorme sous moustiquaire, qu’il y ait suffisamment de médicaments... Qu’on n’ait pas à partir à Tombouctou pour se soigner… ".

S’il repousse d’un revers de la main toute prétention politique (Ali Farka a été maire de Niafunké pendant vingt mois), il glisse par contre dans un sourire "la seule chose qui compte pour moi, c’est la musique, la scène. La politique ne m’intéresse pas du tout. Mais la musique, c’est ma vie… "A suivre !

Vieux Farka Touré (World Village/ Harmonia Mundi) 2007