Stephan Eicher

Avec Eldorado, Stephan Eicher retrouve Barclay, sa maison mère, après un détour de huit ans chez Virgin. Il signe surtout un album simple et beau, fort dans sa douceur, doux dans sa force. Un disque aux tendres accents folk et jazzy, superbement orchestré. Depuis le début des années 1990, Stephan Eicher n’a jamais atteint le succès populaire d’Engelberg ou Carcassonne. Le chanteur, gentleman, un peu dandy,  poursuit sa route, un sillon tracé en toute sincérité. De son inimitable accent, il raconte, avec des mots justes et puissants, sa conquête de l’Eldorado.

 Stephan Eicher sera l'invité de Musiques du monde sur RFI le 19 avril 2007 : + d'info

Chercheur d’or

Avec Eldorado, Stephan Eicher retrouve Barclay, sa maison mère, après un détour de huit ans chez Virgin. Il signe surtout un album simple et beau, fort dans sa douceur, doux dans sa force. Un disque aux tendres accents folk et jazzy, superbement orchestré. Depuis le début des années 1990, Stephan Eicher n’a jamais atteint le succès populaire d’Engelberg ou Carcassonne. Le chanteur, gentleman, un peu dandy,  poursuit sa route, un sillon tracé en toute sincérité. De son inimitable accent, il raconte, avec des mots justes et puissants, sa conquête de l’Eldorado.

 Stephan Eicher sera l'invité de Musiques du monde sur RFI le 19 avril 2007 : + d'info

Pourquoi avoir intitulé votre album Eldorado ? Quelle sorte d’or cherchiez-vous ?
Chaque fois, je donne une réponse différente, mais là, je commence à sécher ! Que vais-je bien pouvoir inventer pour vous ? Il faut que je trouve un truc ! Ah, ça y’est !  Mais vous allez être déçue. Voilà : l’être humain rêve un peu trop. Ce que j’ai vu, je l’avais rêvé plus grand, plus doré. Les Zurichois sont comme les Parisiens : des gens sûrs d’eux. Vous connaissez cette fable ? Un Zurichois veut voir pour la première fois l’océan Atlantique. Il roule, il roule, et arrive, à l’aube, devant l’étendue majestueuse. "Je m’imaginais cela plus grand", constate-t-il.
Et puis, après Engelberg et Carcassonne, je ne pouvais pas ajouter un nom de lieu trop précis. Derrière Eldorado, chacun met ce qu’il veut.

Qu’avez-vous ramené de ce voyage ?
C’était un voyage intérieur, statique. Les plus beaux périples sont immobiles. En déplacement physique, je me sens insulté, dépossédé, coupable à la douane comme à l’école lorsque l’on me surprenait en plein délit de bavardage. La réalité n’est d’ailleurs pas si réelle. C’est comme l’Eldorado. Si l’être humain le découvrait, il serait déçu. L’homme adore rêver. Le "truc" le plus énorme ne saurait étancher sa soif. Malgré ce décalage, j’ai ramené quelques bouts, onze chansons. J’ai certainement rapporté les bonnes choses ; mes mains étaient, de toute façon, trop petites pour en tenir davantage.

Comment composez-vous ?
J’ai une idée et je commence à écrire. Je tiens la première phrase mais je ne possède pas l’histoire finale. Je flâne alors, et dérive au gré de mes envies. J’écris dans ma tête. J’imagine. Je mets en scène des textes. Je marie une idée, une suite d’accords, aux mots.
Un "truc" impulse la composition. Le tempo, par exemple. D’Eldorado, je pourrais donner la mesure précise de chaque chanson, un battement qui ne varie guère selon les titres. Pour moi, c’est la première fois, mais l’album vient de là, de ce tempo, de cette pulsation interne, la mienne, le rythme de mon cœur, qui s’emballe lorsque j’ai bu trop de café ou que je suis amoureux. Pour écrire ma "petite musique", je me suis enfermé dans une pièce minuscule, sous les combles. Et j’ai repoussé les murs grâce à mon aventure.

Eldorado, à la tonalité douce, se distingue de votre précédent album Taxi Europa, plutôt rock. D’où provient cette envie d’intimisme ?
Pour Eldorado, j’ai travaillé dans des lieux où je ne pouvais pas faire de bruit : la nécessité de ne pas réveiller les gens et petits enfants alentours. D’où une écriture de chansons très calmes, intériorisées. J’essayais de ne pas déranger. Lorsque l’on frappait à ma porte de chambre pour me demander ce que je faisais, je répondais : "rien, rien !" J’ai écrit Taxi Europa pour la scène : un disque de printemps, qui ouvre les fenêtres. Eldorado les referme. Avec le précédent album, j’avais envie d’aller vers les gens. Là, je me recentre et pousse la porte en disant : "foutez-moi la paix !". Je montre ce moi que les gens voient peut-être moins. J’espère traduire cette intimité sur scène : jouer seulement pour la personne qui écoute, et non pour un public. Voici, avec mon arc, la sensation que je vise.

Votre orchestration, originale dans le choix des instruments et dans l’arrangement, confère au disque un son particulier. Comment s’est-elle élaborée ?
Cela réside dans l’arrangement, une idée d’architecture. Pour moi, orchestrer relève du plaisir charnel. Je m’étais fixé quelques règles, comme remplacer le quatuor à cordes par des cuivres. Ou encore interdire l’ordinateur au début et à la fin pour privilégier la bande magnétique, plus floue, moins claire, en adéquation avec mon idée de l’humain. J’ai été l’un des premiers à utiliser l’informatique en musique. J’en connais par cœur les avantages et les inconvénients. J’utilise aussi des instruments peu conventionnels comme le mellotron. Le musicien arrive sur scène avec un vrai mellotron et change les bandes en direct entre deux chansons ! Je me suis entouré d’excellents joueurs de jazz pour donner corps à cette orchestration.

Avec les trompettes mariachi, le bandonéon, le banjo, vous recréez en musique une certaine idée de l’Amérique ?
Si on l’analyse, le mariachi ne se distingue guère de la polka autrichienne, adaptée au Mexique. Même son instrumentation est autrichienne. Quant au bandonéon, il provient de Bavière, et c’est en Allemagne que l’on fabrique les meilleurs ! L’homme rêve trop. Mais si l’"Americana" constitue ce mélange, ce métissage, alors j’approuve !

Vous chantez toujours en trois langues, anglais, français, et bernois ?
Selon moi, une langue constitue un instrument de plus, une sonorité. C’est comme si l’on passait du saxophone alto au soprano. Une langue différente ouvre d’autres possibilités musicales.

Racontez-nous votre rencontre avec les chanteurs Raphaël et Mickaël Furnon (Mickey 3D) qui signent chacun un titre.
J’ai croisé plusieurs fois la route de Raphaël, nous avons beaucoup discuté et possédons les mêmes structures d’accords. Quant à Mickaël Furnon, j’ai juste reçu un email de sa part intitulé "maquette pour Eicher". A une histoire personnelle, chargée de musique et de rencontres, s’est opposée une carte postale un peu grognon, mais touchante !

Quant à  la collaboration avec votre parolier fétiche, l’écrivain Philippe Djian , incarne-t-il toujours votre voix, votre histoire ?
Nous avons tous deux créé une troisième personne, avec beaucoup de lui, et beaucoup de moi : c’est Stephan Djian ou Philippe Eicher. Il existe entre nous une immense affinité. Je discute au préalable des thèmes de mes chansons avec lui, mais il ne m’écoute jamais. Quand je veux faire un album, je lui dis que j’ai besoin de textes, alors il se concentre, même s’il trouve ça chiant. Il m’aime bien.

Il signe d’ailleurs la musique d’une de ses chansons, Pas déplu ?
Oui, comme je comprends de mieux en mieux le français, le respect forcené du texte ôte des possibilités musicales intéressantes. En l’occurrence, je bloquais sur Pas déplu. Philippe a pris ma guitare et enchaîné des accords : "Regarde, c’est facile !" et c’était parfait.

Depuis l’époque de Déjeuner en paix, vous n’avez pas sorti d’autres tubes. Etait-ce subi ou choisi ?
Je n’y serais pas arrivé, alors je n’ai pas essayé. C’était seulement intelligent de ne pas tenter l’expérience. On ne peut pas répéter les choses. Il y a la jeunesse, puis vient la clairvoyance. On perd le feu, la passion. On évite de faire ce que l’on a déjà fait, parce que cela ne marcherait pas. Alors on s’oriente vers autre chose. 

Avez-vous l’impression de vous mettre en péril musicalement ?
Je laisse simplement ma vie guider ma musique. Je ne veux pas inventer un personnage et m’en nourrir. Ce serait sûrement plus simple et moins perturbant. Mais je ne suis pas un bon acteur et je ne peux être que moi-même.

Stephen Eicher Eldorado (Barclay) 2007