Ez3kiel intéractif

Acteur incontournable de la scène électro-dub française, Ez3kiel démontre avec Naphtaline toute sa singularité. Troisième album studio mais pas seulement, projet multimédia plus que concept-album… c’est en tout cas une plongée hors-norme dans l’alliance magique de l’image et du son.

Un projet novateur

Acteur incontournable de la scène électro-dub française, Ez3kiel démontre avec Naphtaline toute sa singularité. Troisième album studio mais pas seulement, projet multimédia plus que concept-album… c’est en tout cas une plongée hors-norme dans l’alliance magique de l’image et du son.

"Au début ce devait être un album de berceuses", précise Matthieu, batteur. Quatre années de réflexion et de maturation plus tard, le projet a évolué sans rien perdre de son originalité. Présentée dans un digipack magnifique, Naphtaline est une œuvre siamoise composée d’un DVD-rom et d’un CD audio. Le premier est un voyage au cœur d’univers numériques interactifs illustré par la musique gravée sur le second.

Depuis ses débuts, le groupe s’est construit une identité graphique forte déclinée sur ses pochettes, son site internet et surtout sa scénographie live, les concerts devenant des expériences sensorielles puissantes. "Nous avons souhaité aller au bout de ce principe d’image/son" commente Matthieu. Jusqu’ici au service de sa musique, Ez3kiel décide pour la première fois d’inverser les rapports. Sur Naphtaline, l’image est reine.

Dans les fenêtres virtuelles créées par Yann le bassiste et contenues dans le DVD, l’auditeur/spectateur est invité à naviguer parmi de nombreux programmes aux noms mystérieux. Premier flocon, L’automate, Cyclo-harpe, Les vents d’Antan… dans ces "tableaux" dont l’esthétique rétro-moderne flirte avec Jules Verne et la brocante, il peut manipuler des objets sonores et les agencer de façon à créer des mélodies. Ces micro-mondes sont autant d’appels à des ballades intuitives et poétiques que la musique du CD traduit avec beauté.

Partition de rêves

Soucieux de coller aux atmosphères contemplatives, le groupe délaisse son spectaculaire habituel, celui des climats apaisés malmenés à coups de beats concassés. Ez3kiel met de côté ses références lyriques et brutales, s’investit à contre-pied dans une approche acoustique. "Dès le départ, nous savions que le projet ne serait pas transposé sur scène, nous n’avions donc aucune contrainte technique. L’objectif était de créer de la rêverie," poursuit Matthieu. Seul écart, le morceau sur lequel intervient le chanteur Nosfell vient rappeler sa nature intrinsèque.

Exit donc le travail sur les rythmiques, l’accent est mis sur les mélodies mélancoliques et les arrangements cristallins. "C’était une découverte d’univers musicaux inédits. Avec Joan, guitariste et programmeur, nous avons composé des musiques ensuite interprétées par un ensemble de musiciens classiques. Il y a des cordes, des clarinettes, du piano et de l’accordéon… Très peu de voix, les compositions devaient porter ces ambiances oniriques."  Elles pourraient rappeler celles de Yann Tiersen avec lequel ils collaboraient sur leur premier disque Handle with care (2001), mais ils se sont bien gardés de cette référence. Avec un étirement cinématographique plus marqué, "la musique s’inspire plutôt de la démarche du groupe belge Daau et de bandes originales de films comme Dead Man (de Jim Jarmush, ndlr)… C’est d’ailleurs un sujet sur lequel on aimerait travailler."

Musique interactive

Véritable travail à part dans leur discographie, Naphtaline porte toute l’ambition du groupe à multiplier les domaines d’intervention. "C’est un peu notre carte de visite. Multiplier ainsi les entrées dans notre univers peut permettre à des gens plus sensibles à l’image de découvrir notre musique. L’idée est de pénétrer d’autres milieux, l’art contemporain par exemple".  Quelques dates ont ainsi été programmées pour faire découvrir le projet au public. "L’interactivité change les rapports entre lui, le matériel et nous. C’est très surprenant de passer de l’autre côté du miroir pour aider les gens à s’approprier cet univers."

Clef de voûte du projet, l’interactivité est une zone de travail que le groupe souhaite approfondir. "Tout le travail accompli sur cet album nous a permis de créer et développer de nouveaux outils numériques. On souhaite amener cette relation  écran/instrument sur scène. C’est encore à l’état de réflexion, mais à l’avenir on va s’y consacrer." L’avenir justement. Après deux ans de travail intense sur Naphtaline, Ez3kiel compte reprendre rapidement le chemin des studios avec une formation étoffée. "On a intégré une quatrième personne, le vibraphoniste invité de l’album. Etant aussi percussionniste, on risque de partir sur des rythmiques à deux batteries. Ce prochain album pour janvier devrait clairement être un retour aux rythmes."

Ez3kiel Naphtaline (Jarring Effects) 2007