Ours donne le Mi

"Solaire et nostalgique" : c’est ainsi qu’Ours aime à décrire sa première création, fruit de plusieurs années de travail. La voix rauque et légèrement écorchée, il dévoile son parcours et celui de Mi. Disque où planent moult états d’être sur des sonorités souvent chaloupées, toujours très acoustiques.

Rencontre autour d’un premier album

"Solaire et nostalgique" : c’est ainsi qu’Ours aime à décrire sa première création, fruit de plusieurs années de travail. La voix rauque et légèrement écorchée, il dévoile son parcours et celui de Mi. Disque où planent moult états d’être sur des sonorités souvent chaloupées, toujours très acoustiques.

Cet Ours-là est une bonne patte : causant, enjoué, souriant… Loin du jeune homme mal léché croisé sur Le Cafards des fanfares, La Maison de mes parents ou Orange, trois titres aux textes plutôt amers figurant sur son premier opus. Le chanteur explique : "J’ai évolué. J’ai composé Mi entre 22 et 27 ans. Une période de transition faite de doutes, de désillusions, de pincements à l’âme…Normal que certaines chansons transpirent ça. Mais je ne tombe jamais dans la déprime !"

Vrai. A 27 ans, Ours (alias Charles Souchon) n’a pas tendance à s’appesantir sur ses blues ou ses mésaventures. Quand il sent qu’il est limite, il rehausse le tout d’une musique joyeuse et sautillante (Le Cafards des fanfares). Ou bien pond un couplet qui pousse à l’action pour mieux sortir de la torpeur : "Tout c’que tu trimbales/ Tout ça fait du mal/ Il est temps que tu déballes/ Tout c’que t’as dans ta malle/ Révèle ce qui est au fond de toi/ Révèle tout ce qui est caché par toi/ La vie que tu rêves/ Elle dépend de ce que tu révèles", sur Révèle. Les conseils de cette chanson, Ours se les est appliqués à la lettre vers 24 ans. Il stoppe alors son boulot de graphiste free-lance pour consacrer tout son temps à la musique. "Je créais des sites Internet, j’aimais beaucoup ça. Mais j’avais une frustration qui montait, qui montait, de ne pas pouvoir exprimer mes émotions. Alors je suis passé de l’art appliqué à l’art, trouvant dans la musique la liberté qu’il me fallait."

Un peu de guitare…

Les débuts sont confidentiels. Oui, l’entourage d’Ours sait qu’il joue un peu de guitare, de basse et de batterie. Qu’il a un père et un frère chanteurs. Qu’il a eu plusieurs groupes : un d’électro-funk (nommé Brocolis !), quand il faisait ses études de graphisme à Londres. Un autre baptisé Clouzot, en référence à l’inspecteur de la Panthère Rose. Puis un troisième, l’ambitieux Stuart, mêlant ragga et jazz-rock. Pourtant, nul ne sait vraiment qu’Ours a décidé de se lancer. "Je grattais des textes et ma guitare depuis mes 20 ans, mais je faisais ça en cachette. Discrètement, dans ma tanière. C’est pour ça que je m’appelle Ours."  Un jour, il ose jouer ses compos devant un ami. Celui-ci l’encourage. Ours met les bouchées doubles. Ecriture, maquettes, premières scènes en solo et en français…  "J’ai commencé à faire des concerts sur des péniches ou dans des bars, à Paris. Je ne prévenais personne. Ni mes amis, ni ma famille. Je voulais me rôder, me former. Voir ce que je valais."

Doucement mais sûrement, l’album Mi est en train de naître. Ours peut désormais chanter sans mentir Il était temps : "Ça y est j’ai un métier/ Plus besoin d’expliquer … Oui je vais me venger/ De ces années canapé/ Où mal accordée/ Ma guitare s’emmerdait". Il attendra cependant encore un peu avant de voir son œuvre pressée sur disque. "Un jour, par hasard, un pote a fait écouter une de mes prémaquettes à l’actuel directeur artistique du label Source. Il a accroché mais m’a demandé de patienter quelques temps. Un an et demi plus tard, on signait."

Carnet de voyage musical

Restait à trouver un complice pour co-réaliser Mi avec l’Ours, exigent : "Je voulais quelqu’un qui soit capable de conserver le côté fait maison de mes maquettes." C’est Julien Delfaud (Alex Gopher, Phoenix, Herman Dune) qui s’y colle. Et ça marche : l’atmosphère de chaque chanson est parfaitement léchée. Pépiements d’oiseaux sur On essaie d’imaginer, percus aux genoux sur Le Cafard des fanfares, coups de shaker sur Révèle, grésillements de disque et conversations étouffées sur Pt’its moments"Pour que l’album ne soit pas lisse, on a gardé les pistes de guitare et les sons dont j’enrichissais mes maquettes. Ensuite, les musiciens ont joué dessus. J’aime retranscrire ce qui se passe au moment où je compose. Que la chanson s’accorde avec le décor, l’humeur du jour, la saison." Dans cette même logique, le chantre a sous-titré dans le livret chacun des titres, indiquant leur lieu de production : "Ecrit dans le sud, en Espagne, en Thaïlande et à la campagne" ou bien "Ecrit devant chez Marie sur les rochers en Bretagne".

Pensé comme un carnet de voyage musical, Mi fait la part belle aux rythmes îliens (Cap Vert et Antilles), voire africains (La Maison de mes parents), avec un ancrage toujours très acoustique. Cela profère au tout une douceur sucrée. Un peu à la Laurent Voulzy sur Pollen. Un peu gnangnan sur Chérie c’est quand ? ou On essaie d’imaginer. Mais Ours assume : "Une chanson, ça doit rester léger comme un bonbon. Pendant une minute trente, le bonbon fond, tu apprécies et après c’est fini. Ça ne change pas ta vie mais ça t’a fait du bien !"

Ours Mi (Source etc) 2007
En tournée dans toute la France