Camille Bazbaz

Auteur, compositeur, interprète, Camille Bazbaz trimballe depuis de nombreuses années sa dégaine d’artiste froissé sur la scène musicale française. Bercé par le reggae (à l’image de son quatrième opus Le bonheur fantôme sorti récemment, et enregistré entre la France et la Jamaïque), son univers est empreint d’une délicieuse nonchalance ! Portrait d’un drôle de drille.

Chanteur français sous influence jamaïcaine

Auteur, compositeur, interprète, Camille Bazbaz trimballe depuis de nombreuses années sa dégaine d’artiste froissé sur la scène musicale française. Bercé par le reggae (à l’image de son quatrième opus Le bonheur fantôme sorti récemment, et enregistré entre la France et la Jamaïque), son univers est empreint d’une délicieuse nonchalance ! Portrait d’un drôle de drille.

Cheveu fou, barbe généreuse et casquette de gavroche, il a une bonne bouille ce Camille Bazbaz…et le parfait look du "zicos"! Une vocation de musicien qui se dessine au lycée, période de révolte adolescente où il fonde avec cinq de ses potes, Le cri de la mouche, un groupe  d’inspiration punk rock : "On n’était pas à notre place dans le bahut. Ce qui fait qu’on a construit notre cabane : un groupe de rock, qui nous a permis d’exister." À cette époque, il écoute les groupes Taxi Girl, The Clash ou plus underground, écume les salles parisiennes pour jouer avec ses compères, rate son bac…

Après dix ans d’existence, le groupe se disloque, mais l’amitié perdure. "On continue toujours à se faire des réunions d’anciens combattants." Camille Bazbaz poursuit son bonhomme de chemin en solo. Au trip punk rock rebelle succède la période soul/reggae. Son premier album sorti en 1996 -Dubadelik,-, sur lequel Joey Starr a posé sa voix, amorce un tournant. S’ensuivront Une envie de chien (2000) et Sur le bout de la langue (2004).  Bazbaz va à son rythme, affine son style musical : "Tu mûris, t’aiguise…"

Sur tous les fronts

En parallèle, il allie la musique à une autre passion - le cinéma - en composant les bandes originales des films de Pierre Salvadori (rencontré en 1997) ; le dernier en date étant Hors de Prix (avec Audrey Tautou et Gad Elmaleh,) sorti fin 2006 : "J’aime le cinoche depuis toujours. Comme la musique." Et de citer parmi ses réalisateurs cultes Howard Hall, John Ford, John Huston, Henry Hathaway, et François Truffaut, côté français. D’André Manoukian à Scratch Massive en passant par Sandrine Kiberlain et Gérard Darmon- des artistes d’horizons divers souhaitent s’offrir ses talents de compositeur. Coup de foudre artistique pour Sandrine Kiberlain, leur relation reposant selon lui sur un "échange de bonnes vibrations" : il lui concocte des mélodies, elle lui écrit des textes. Quant à Gérard Darmon, il lui a tendu la main dans un moment difficile. "Quand Gérard Darmon est venu me dire qu’il aimait bien mes chansons, tout le business n’en avait plus rien à foutre de ma gueule, j’allais apprendre les répertoires de Bar mitzvah et de mariages arméniens, chrétiens, martiens… C’était une bénédiction que ce gars m’appelle pour travailler !"

Si le milieu professionnel l’a peut-être snobé à une certaine période, il a aujourd’hui pris sa revanche. Son dernier album Le bonheur fantôme (mai 2007)- dont les textes sont signés de sa plume mais également de celles de Chet, Philippe Trézol ou encore du grand Jacques Lanzmann- a été salué par la critique. Un album placé sous le signe de l’amour, thème de prédilection  bazbazien : "Je ne vois pas de quoi parler d’autre, je parle de la vie via l’amour, de ma vie via l’amourCe qui me fait plaisir, c’est que les autres comprennent ce que tu racontes, que ça n’intéresse pas seulement ta mère ou ta sœur."

Amour qu’il contemple avec le "recul du vécu" et une autodérision jouissive. Aux airs mélancoliques (titre La Belle évanouie) succèdent des mélodies rythmées, emplies d’humour et de second degré (C’est pas un métier) ou encore des rythmes languissants. "Je navigue comme ça. J’aime bien les choses à la fois tristes et drôles qui ressemblent au cinéma italien des  années 50 et 60." Désir charnel (Con d’Homme), excès d’alcool (Excès d’abus) - comme en témoigne le petit verre de calva qui accompagne son café du réveil lors de notre rencontre.

La Jamaïque, fantasme musical

Camille Bazbaz nous ballade en douceur dans son univers, où la chanson française flirte avec le reggae. Car pour la réalisation de cet album, il s’est entouré de pointures du genre comme Winston Mc Annuf, et Sly and Robbie, et a enregistré deux titres en Jamaïque (Dis le et Illiennes) : "Si j’ai été en Jamaïque, c’est parce que j’ai fait une rencontre d’amitié :  Winston. On a d’abord travaillé en France, on s’est éclaté et après c’est lui qui m’a embarqué en Jamaïque. Depuis que je fais de la musique, depuis que j’avais écouté Aux armes, etc. de Gainsbourg, je rêvais d’aller là-bas, j’avais ce fantasme musical." Après la parenthèse Jamaïque, Camille Bazbaz s’apprête à partir sur les routes de France pour une série de concerts (l’Olympia étant prévu cet automne à Paris). Deux projets d’albums (avec Sandrine Kiberlain et Winston Mc Annuf ) sont également en cours. Le succès ? La consécration ? Réponse de l’intéressé : "Y’a des gens qui veulent être connus. Moi ce que je veux, c’est faire de la musique. Mon but est plutôt d’être  reconnu. Ma musique, c’est ma planète, si ce n’est pas comme je veux, ça ne m’intéresse pas."

Camille Bazbaz Le bonheur fantôme (Saint George/Columbia) 2007