Les DJs stars soignent leur image

Fini le temps où les DJs français étaient seulement disc jockeys résidents dans un club. Aujourd’hui, ils sont devenus des pop stars internationales, prenant soin de leur communication et gérant différentes activités liées à leur métier. Revue de détail.

Lucratives platines

Fini le temps où les DJs français étaient seulement disc jockeys résidents dans un club. Aujourd’hui, ils sont devenus des pop stars internationales, prenant soin de leur communication et gérant différentes activités liées à leur métier. Revue de détail.

L’éclosion des musiques électroniques puis la French Touch ont fait du DJ un personnage central de ces genres. Aujourd’hui, certains sont de véritables stars. Ils ont pour noms David Guetta, Bob Sinclar, Antoine Clamaran, Joachim Garraud, Martin Solveig ou David Vendetta. Leur patronyme suffit à remplir n’importe quelle discothèque. Ils ont d’ailleurs franchi le Rubicon et mixent aussi bien en première partie d’un concert de Jean-Michel Jarre au Caire (Joachim Garraud) que sous la Tour Eiffel pour la fête nationale (Bob Sinclar) ou lors d’un meeting politique (Martin Solveig). Prescripteurs pour tous les apprentis DJs, ils ont depuis longtemps associé leur nom et leur image à du matériel destiné aux DJs. Désormais, ils font la publicité de téléphones mobiles ou de produits cosmétiques.

Ces DJs ne sont pas nés de la dernière pluie. Dans un milieu où les genres et les modes se font et se défont, la plupart ont autour de quarante ans et ont su durer, pour devenir les pop stars que l’on connaît aujourd’hui. Antoine Clamaran confirme : "Nous sommes tous d’un âge mûr, nous avons la tête sur les épaules, nous savons gérer un business. Notre folie s’exprime désormais derrière les platines." Première condition : sortir des disques et, si possible, des tubes. Musicalement, cela implique quelques compromis afin de toucher le public le plus large, notamment par la radio. Les stations nationales françaises ne diffusent pas de titres instrumentaux électroniques. Nos DJs stars le sont devenus grâce à des titres dance composés comme des chansons, avec chanteur ou rappeur, couplet et refrain. Le plus efficace étant la reprise ou le remix, genre auquel tous les DJs se sont adonnés.

La fin de l’underground

Pourtant, crise du disque oblige, les DJs gagnent davantage en jouant dans les clubs qu’en sortant des albums. Leurs disques assoient leur notoriété et font gonfler leurs cachets, jusqu’à 30.000 euros pour une apparition dans un gros festival. Le public veut voir qui se cache derrière le tube du moment, et il attend donc du DJ qu’il joue ces mêmes tubes. Certains sont parfois surpris de découvrir que David Guetta n’est pas un chanteur ! La célébrité implique désormais de tourner le dos à l’underground, alors que ce n’était pas encore le cas d’un Laurent Garnier ou des Daft Punk il y a 10 ans, pourtant très habiles à communiquer sur eux-mêmes.

Car la deuxième condition de la notoriété, c’est de bien gérer son image. Finie l’époque des multiples pseudonymes à la Aphex Twin, caché dans l’obscurité d’un club. Selon Christophe Le Friant, alias Bob Sinclar, "ce sont les artistes français qui ont lancé cette image de DJs pop stars. Aujourd’hui, après être passé à la Star Academy, je ne touche plus seulement la clientèle des clubs, mais aussi des enfants ou des personnes de plus de 40 ans." Le clip est l’une des façons de se faire connaître. Martin Solveig apparaît au milieu de ses musiciens, Bob Sinclar joue la carte de l’enfance.

Avec des clips coûtant entre 120 et 150000 €, Sinclar représente le plus gros budget français. Les photos proposées à la presse sont elles aussi primordiales. "Je crée une image que je fais payer aux clubs", explique Bob Sinclar. David Vendetta (dont la notoriété est plus récente), mise surtout son site Internet pour alimenter sa notoriété. Créé en 2003, il revendique 400.000 visiteurs uniques par mois, grâce à ses podcasts, ses photos et ses vidéos du DJ en plein mix, régulièrement remis à jour.

Pubs et sociétés

La plupart des DJs les plus connus ont déposé leur nom comme marque commerciale, ainsi que ceux de leurs soirées ou de leurs disques. "Nous sommes en quelque sorte une marque. Nous devons donc nous protéger car tout est propice à faire de l’argent sur ce marché très porteur", justifie Bob Sinclar. David Guetta est pionnier en matière de notoriété au service de marques : c’est le premier DJ que l’on a vu dans une publicité télévisée, pour le gel coiffant Wella. Il a, depuis, associé son nom à la compagnie aérienne Vueling ou à la messagerie MSN. Le business du DJ implique souvent la création de sociétés et l’embauche de salariés.

Autour de David Guetta et de son acolyte Joachim Garraud gravitent de nombreuses sociétés, issues du studio d’enregistrement qu’ils avaient créé en 1991 : deux labels, une maison d’édition, une société de production audiovisuelle, un plate-forme de musique numérique… Antoine Clamaran et son associé Laurent Pautrat ont eux aussi développé une plate-forme de téléchargement destinée aux DJs, sur laquelle on retrouve notamment les productions de leurs dix-neuf labels. Ils ont en outre créé une agence de communication, une gamme d’accessoires et une société de gestion des partenariats de DJs. "À cause de ce phénomène des DJs stars, tout le monde veut devenir DJ, relève David Vendetta. Le marché est saturé, il ne suffit donc plus d’être seulement bon pour réussir." Mais aussi un bon gestionnaire de sa carrière, de ses affaires et de son image.

David Guetta Pop Life (Virgin/EMI) 2007
Antoine Clamaran All Night Long (EMI) 2007
David Vendetta Rendez-Vous (DJ Center Records/V2) 2007
Bob Sinclar Soundz of Freedom (Barclay/Universal) 2007