Le retour des Bantous

Nouvel épisode de la saga des Bantous de la Capitale, l’album Bakolo Mboka marque la résurrection de cet orchestre de référence fondé avant l’indépendance du Congo-Brazza par une poignée de musiciens qui ont contribué au spectaculaire développement de la rumba sur le continent africain

Rumba à la sauce salsa

Nouvel épisode de la saga des Bantous de la Capitale, l’album Bakolo Mboka marque la résurrection de cet orchestre de référence fondé avant l’indépendance du Congo-Brazza par une poignée de musiciens qui ont contribué au spectaculaire développement de la rumba sur le continent africain

A eux quatre, ils ont presque trois cents ans ! Jean-Serge Essous, Célio Célestin Kouka, Edouard Ganga et Nino Malapet font figure de doyens de la rumba et comptent bien rester encore en activité afin de célébrer en 2009 le demi-siècle d’existence de la formation à laquelle ils ont consacré une grande partie de leur vie, Les Bantous de la Capitale.

La retraite n’aura duré que trois ans. Dès qu’on lui a proposé de reprendre du service, le quatuor de septuagénaires qui avait décidé de raccrocher ses instruments en 2003 est revenu sur sa décision. “Je vous assure qu’on a tous couru pour retrouver notre place dans Les Bantous de la Capitale”, affirme Essous. “C’est notre amour pour la musique qui nous a conduit à nous reformer”, poursuit celui qu’on surnomme “3S”.

Les liens qui unissent les musiciens sont si étroits qu’il leur est difficile d’imaginer le quotidien, éloignés les uns des autres, bien que l’histoire du groupe ait déjà quelques discontinuités. “Naturellement, une amitié de plus de cinquante ans, ça compte. Quand on s’est connu, je devais avoir 17 ans, Edo (Edouard Ganga, ndr) devait en avoir 19. Ça commence à faire longtemps qu’on est ensemble ! Et tous nos enfants, nous les avons eu en étant dans l’orchestre, si bien que mes enfants appellent mes amis 'Papa Nino', 'Papa Edo'. C’est devenu forcément une très grande famille”, ajoute le saxophoniste.

Le vent de la rumba

Au début des années 1950, ils se fréquentent d’abord sur un terrain de football. De temps à autre, il leur arrive de “pousser la chansonnette”. Réalisant qu’ils possèdent dans ce domaine certaines qualités, ils pressentent que leur voie est là, plutôt que dans le sport où ils savent qu’il serait encore plus difficile de faire carrière. Raisonnables, ils mènent leurs études respectives à leur terme et trouvent même de bonnes situations professionnelles : Essous travaille à IBM France comme électromécanicien, Kouka est employé au consulat d’Angleterre, Ganga a un poste de comptable chez Shell…

Mais l’appel de la musique est irrésistible et tous choisissent vite d’abandonner leurs emplois confortables pour plonger dans l’ambiance bouillonnante qui règne à cette époque dans le milieu musical de part et d’autre du fleuve Congo, à Kinshasa et à Brazzaville. Le vent de la rumba souffle de plus en plus fort. “C’est la musique qu’on a commencé à danser dans les lieux publics, pendant les fêtes de fin d’année”, raconte Essous qui se souvient avoir entendu dès 1944 l’un des précurseur du genre, le chanteur Paul Kamba et son orchestre Victoria, que sa mère avaient fait venir à Brazza au moment de retirer son deuil après la disparition de son propre père.

En entendant les disques en provenance de Cuba où certains de leurs ancêtres avaient été envoyés comme esclaves, les Congolais ont retrouvé un rythme qui leur était familier. Le 15 août 1959 marque la date de naissance officielle des Bantous de la Capitale qui se produisent pour la première fois dans un bar du quartier de Poto Poto, à Brazzaville. Dans cette période assez incertaine précédant les indépendances, les musiciens qui jouaient presque tous dans différents groupes basés à Kinshasa – certains aux côtés de Franco au sein du OK Jazz – avaient préféré rentrer sur leur terre natale.

Un répertoire reluisant !

Fort de leur expérience, ils construisent un répertoire fortement teinté de salsa, de patchanga, de cha-cha, des styles très appréciés dans certains jeunes Etats du continent, en particulier au Sénégal où Essous et ses complices sont fréquemment invités à jouer.

“Chaque fois qu’on se préparait à aller à Dakar, notre répertoire était reluisant”, se rappelle-t-il. Avec sa flamboyante section de cuivres, le groupe s’autorise des arrangements qui le démarque de la concurrence.

Le nouvel album des vétérans congolais, intitulé Bakolo Mboka et enregistré avec l’appui des musiciens cubains de l’Orquestra Aragon, donne l’occasion de découvrir les couleurs vives de leurs anciens morceaux, dépoussiérés pour l’occasion : Bantous Patchanga écrit en 1960, Rosalie Diop créé en 1963 ou encore Les Bantous de la Capitale. Le succès de cette chanson fut tel que le groupe choisit d’en faire son nom après avoir en réalité débuté sous celui d’Orchestre Bantou. Au royaume de la rumba, rien n’est jamais figé.

Les Bantous de la Capitale Bakolo Mboka (Cantos/Pias) 2007