Luke sous haute tension

Pour leur rentrée, les musiciens de Luke n’ont gardé dans leurs fournitures qu’électricité, ardeur et tension. Successeur de La Tête en arrière qui s’est vendu à près de 300 000 exemplaires, Les Enfants de Saturne poursuit sur la lancée d’un rock rêche et braillard, parfois geignard. En plus fort, en mieux. Rencontre avec Damien, bassiste de Luke et transfuge du groupe Eiffel.

Un album, des volts et un brin de folie

Pour leur rentrée, les musiciens de Luke n’ont gardé dans leurs fournitures qu’électricité, ardeur et tension. Successeur de La Tête en arrière qui s’est vendu à près de 300 000 exemplaires, Les Enfants de Saturne poursuit sur la lancée d’un rock rêche et braillard, parfois geignard. En plus fort, en mieux. Rencontre avec Damien, bassiste de Luke et transfuge du groupe Eiffel.

RFI Musique : Trois années séparent Les Enfants de Saturne de votre précédent album. Qu’avez-vous fait pendant ce temps ?
Damien
 : Le succès de La Tête en arrière nous a mis sur la route pendant les deux années qui ont suivi la sortie du disque. Cent quatre-vingt-dix concerts plus tard, nous nous sommes arrêtés en décembre 2006. Les Enfants de Saturne est le premier album composé avec la nouvelle formation qui accueille le batteur Romain Viallon, Jean-Pierre Ensuque à la guitare et moi. La tournée a été un moment privilégié qui s'est déroulé dans une vraie symbiose. Nous voulions donc prendre le temps de faire de bonnes chansons, sans pression.

L’approche du disque semble avoir été particulièrement marquée par cette tournée interminable ?
Le parti pris était d’enregistrer au maximum en live et de mettre sur le disque nos sensations d’énergie, de puissance ressenties en concert. Ça n’a pas été simple car on a essayé d’approfondir, d’enrichir les partitions avec des accords et des parties tordus… Faire les choses simples et brutes est parfois ce qu’il y a de plus compliqué.

Qui sont les enfants de Saturne ?
Saturne est ce dieu romain qui dévore ses propres enfants. C’était pour nous une représentation forte de la tension, de la violence et la cruauté du monde… Celle qui est en nous et en chacun. C’est aussi un terme employé par la médecine du Moyen Âge pour qualifier la folie. Les enfants de Saturne étaient donc des fous, nous en faisons partie.

L’album est très électrique. Le succès n’adoucit donc pas les guitares ?
Pas vraiment. Nous sommes d’ailleurs plus énervés qu’avant. Mais attention, l’énervement n’est pas forcément de l’engagement politique avec de grandes idées sur le monde. Le propos des Enfants de Saturne est justement moins d’engagement et plus d’introspection autour de nos états d’âme et notre folie. S’engager politiquement est toujours lourd à porter et d’autres l’ont très bien fait avant nous.

Est-ce l’occasion de mettre encore plus de distance avec le groupe Noir Désir, auquel on a l’habitude de vous affilier?
Noir Désir a toujours été un groupe engagé et c'est la seule référence dans le rock français. On a souvent l’impression qu’on attend des groupes jouant du rock qu'ils suivent la même voie. De notre côté, ce n’est pas une volonté de nous démarquer, mais naturellement nous avons choisi un autre chemin.

Le disque offre un panel très ouvert de sonorités rock diverses. Est-ce le résultat de cette nouvelle formation ou de votre attention pour la scène musicale actuelle ?
Nous avons des goûts différents et nous cultivons cet éclectisme. L’idée du disque était de faire un album tendu, rock, basique mais aussi d’ouvrir des parenthèses qui nous reflètent.

Quelles sont vos influences ?
Pour la production et les compositions, nous nous sommes basés sur des groupes comme Queens of the Stone Age, The Hives, Kings of Leon… C’était les consignes de notre producteur, de nouveau Daniel Presley (producteur des deux premiers albums de Luke mais aussi de Cali, Aston Villa, Axel Bauer, ndlr). Nous voulions rester avec lui pour mieux changer.

Par exemple ?
Il y a eu deux étapes dans ce disque. Dix-huit titres ont été enregistrés en tout. Nous avons une première fois pris un mois pour poser douze titres. Quelques mois plus tard, dans un autre studio, nous avons couché les suivants. Ce choix nous a permis de décompresser lors de la deuxième partie. Douze titres étaient en boîte, presque un album, c’était les morceaux les plus efficaces. De la seconde session sont sortis des titres plus posés comme Si tu veux, La Transparente, Cuba

Les textes écrits par Thomas Boulard, le chanteur de Luke, sont plutôt énigmatiques. De quoi parlent-ils?
Thomas a cette volonté impressionniste de laisser à chacun la possibilité de comprendre ce qu’il veut. Notre optique est de ne pas focaliser sur le sens. Les mots doivent frapper, sans trop s’attarder sur le cérébral. On fait confiance au premier jet.

Vous êtes l’ancien bassiste du groupe Eiffel. Qu’avez-vous trouvé chez Luke que vous ne trouviez plus chez Eiffel ?
C’est un groupe dans lequel chacun peut s’enrichir des autres. Romain Humeau (chanteur-guitariste d’Eiffel, ndlr) connaît tellement bien la musique qu’il était difficile de lui apporter quelque chose.

Luke Les Enfants de Saturne (Sony BMG) 2007