Zenzile change de couleurs

Alors qu'il s'apprête à se produire au festival Marsatac à Marseille ce samedi 29 septembre, Zenzile vient avec Living in monochrome, de sortir un album aux contours rythmiques variés. Le groupe angevin, activiste de la scène dub française, prend aujourd'hui un tournant rock. Interview avec Matthieu, bassiste de Zenzile et Jamika (chanteuse qui accompagne le groupe en tournée).

Sortie de Living in monochrome

Alors qu'il s'apprête à se produire au festival Marsatac à Marseille ce samedi 29 septembre, Zenzile vient avec Living in monochrome, de sortir un album aux contours rythmiques variés. Le groupe angevin, activiste de la scène dub française, prend aujourd'hui un tournant rock. Interview avec Matthieu, bassiste de Zenzile et Jamika (chanteuse qui accompagne le groupe en tournée).

RFI Musique : Quel a été le cheminement depuis Modus Vivendi et surtout Meta Meta, votre projet electro jusqu'à Living in Monochrome ?Matthieu Bablée : Il y a eu le projet electro "sound system" qui nous a fait faire une pause. Ce fut bénéfique car on a pu ainsi travailler sur de nouvelles matières sonores tout en se démarquant du Zenzile habituel. On a eu le temps de se ressourcer avant de reprendre la configuration normale et de s'occuper des changements de label. Pour Living in monochrome, on est arrivé vierge, sans idées préconçues. Quand on a commencé à travailler sur les nouvelles idées, ça a pris un tournant rock avec des morceaux composées comme des chansons. Il a fallu trouver les voix qui correspondaient.

Zenzile a donc procédé à une sorte de casting de voix aux couleurs bien particulières pour respecter une variété de climats sonores. On retrouve des acteurs des précédents albums dont Jamika qui est là avec vous aujourd'hui…Matthieu Bablée : Oui, retrouver des personnes comme Jamika, Jean Gomis, des voix connues pour d'autres projets du groupe, c’était naturel. La participation de Carole Gola allait de soi aussi, elle qui était là sur notre premier album. Avec toutes ces personnes, on a des automatismes. Mais on voulait aussi laisser de la place à d'autres featurings pour explorer d'autres personnalités, des versions instrumentales correspondant à des voix bien spécifiques. Après une sélection des morceaux entre nous, on a proposé les morceaux aux intéressés et ils ont pu faire leur choix.On avait rencontré Jamika au Fridge, un club situé dans le berceau du dub, Brixton à Londres. Elle a improvisé des parties de chants sur nos morceaux. Puis, ça a donné le premier de la série 5 plus 1, Zenzile Meets Jamika. On a beaucoup aimé travaillé avec elle. Depuis quelques mois, elle a quitté Londres pour nous rejoindre dans le Maine-et-Loire.Jamika : A Angers, quand je suis arrivé la première fois, j'ai eu le sentiment que c'était magique avec tous ces musiciens installés dans le coin. Notre histoire, avec Zenzile, se résume beaucoup au fait que nous avons eu les mêmes envies, au même moment, comme si nos deux chemins étaient synchronisés. Pour Living in monochrome, le contact a eu à nouveau lieu il y a un peu plus d'un an. Ils m'ont envoyé la chanson par e-mail. A l’époque, j'étais assez fatiguée par l'invasion de tous ces moyens de communications modernes. Ça m’a inspiré le titre Who’s for real ?( Y a-t-il de la vie ?) derrière tout ça ?

Zenzile possède un statut international, l’anglais est la seule langue utilisée pour l’album, pourquoi ce rapport exclusif à la langue du rock et du reggae ?Matthieu Bablée : On aime la façon dont l'anglais sonne. On a un background musical anglo-saxon de toutes façons. Après, pourquoi ne pas tenter d'autres langues. On l'avait fait avec des Maliens ou des touaregs. il faut trouver les personnes qui conviennent dans la langue qu’on choisit. On a toujours aimé la musicalité de cette langue…

Il y a aussi un croisement d’influences intéressant, quelque part entre Brixton (pour le dub), Bristol (pour le trip-hop) et Glasgow (pour Mogwai), un voyage très "british"…Matthieu Bablée : On pourrait passer l'interview à faire du "name dropping", la musique qu'on aime est bien plus large que la niche dub. Le dub est présent par endroits sur l’album, mais sur l’ensemble du disque, ça me parait difficile de faire rentrer notre musique dans la catégorie dub.

Mais est-ce qu’il a fallu respecter un fil conducteur pour ne pas retomber dans un style dub, pour ne pas céder à la tentation de faire ce qu’un public amateur de dub attendrait de vous ?Matthieu Bablée : Ce n'est pas aussi extrême, il n'y a pas une volonté de perdre le public ou de le provoquer... On veut faire ce qui nous ressemble. Le disque est une photo de ce qu'est le groupe à un moment donné… L’héritage post-punk revient en force dans le disque avec des pointes reggae. Mais si on réécoute bien la discographie de Zenzile, je pense qu’on a toujours respecté un cheminement logique. On ne s'est pas contenté de refaire la même formule album après album.

Dans l’album, il y a cette capacité à créer des climats. Sur le titre introductif, on pourrait se croire dans une BO d’un film policier.Matthieu Bablée : D’abord, pour la partie instrumentale des compositions, c'est bien de créer des climats, de provoquer des images car l’instru est un vrai voyage mental, c’est une force, une liberté que permet l'instrumental. Pour l’instru Still can’t sleep, on a justement utilisé la voix de Robert De Niro dans Taxi Driver pour créer un climat. C’est à chacun d’ajouter des touches personnelles pour créer ces effets climatiques. Par exemple, mon jeu de basse a changé. Avant, je jouais toujours au doigt dans un registre plus doux. Sur l’album, je joue au médiator. L’attaque est plus nerveuse, pas forcément plus rapide (dans le style de Melody Nelson). Le son peut aussi être plus concis. Il faut souligner l’influence de Peter Deimel, qui a travaillé la tessiture des sons au studio Black Box à Angers.

Zenzile Living In Monochrome (Uncivilized World/Discograph) 2007En tournée en France