Sandrine Kiberlain, tout à fait chanteuse

Après un premier album très remarqué en 2005, l’actrice Sandrine Kiberlain sort Coupés bien nets et bien carrés, nouveau disque qui confirme la sensibilité, l’humour et l’habileté de son écriture, sur des mélodies d’Etienne Daho, Michael Furnon de Mickey 3D et toujours Camille Bazbaz et Pierre Souchon. Et, une fois de plus, une de ses chansons met en scène Sandrine Kiberlain dans son nouveau métier.

Deuxième album

Après un premier album très remarqué en 2005, l’actrice Sandrine Kiberlain sort Coupés bien nets et bien carrés, nouveau disque qui confirme la sensibilité, l’humour et l’habileté de son écriture, sur des mélodies d’Etienne Daho, Michael Furnon de Mickey 3D et toujours Camille Bazbaz et Pierre Souchon. Et, une fois de plus, une de ses chansons met en scène Sandrine Kiberlain dans son nouveau métier.

RFI Musique : Votre chanson La Chanteuse est ouvertement la suite de Manquait plus qu’ça, sur votre album précédent…
Sandrine Kiberlain :
Quand on a commencé, alors que je travaillais le premier album, à évoquer la possibilité d’un deuxième disque, je me suis dit qu’il me faudrait une chanson en référence au premier. Rien n’est calculé mais je voulais parler de la deuxième étape avec un peu de dérision – je me sens plus en confiance, je peux maintenant assumer de dire que je suis chanteuse. Je voulais une chanson de complicité avec ceux qui connaissent le premier disque, mais aussi entre moi et moi.

Dans cette chanson, vous évoquez le métier de chanteuse par l’écume des gestes, un peu comme les acteurs arrivent en quelques gestes à "faire" médecin dans un film…
C’est peut-être de l’humour mais je parle de ce qui m’a vraiment frappé dans ma petite expérience de chanteuse sur scène : boire de l’eau pour la voix ne soit pas trop sèche, les musiciens autour de moi qui font "ouah ouah chou ouah"… Des trucs symboliques de ce que j’ai pu retirer de cette expérience. Et j’aime ça.

Cette chanson évoque tout ce qu’est être chanteuse, sans évoquer le frisson d’être chanteuse…
Pour moi, le frisson est dans la joie et dans le ton de cette chanson. Et je suis peut-être trop pudique pour le dire autrement.

On a la surprise de vous voir travailler avec Etienne Daho…
Dès le départ, je voulais que l’album soit plus musical, moins scolaire, moins timide. J’avais envie d’une musique plus pop, plus anglaise, et j’ai évidemment pensé à lui. Il se trouve qu’il travaille dans l’autre sens : il ne fait pas de musiques sur des textes. Alors il m’a appelé pour que je vienne chez lui pour me proposer une musique. Rougissant, il m’a fait écouter. J’ai trouvé ça très beau, j’ai travaillé chez moi au texte. Je suis retournée chez lui et, rougissante, je lui ai chanté Il ose. On se trouve très seul dans ces moments-là, à échanger des idées, qui ne sont peut-être pas du tout celles de l’autre. Mais il a aimé. Musicalement, il est très complémentaire des autres : il fait partie de ce que je suis aussi, de mon côté le plus libre.

Dans cette chanson, Il ose, vous citez Pauline Croze. Vous aimez ce qu’elle fait ?
J’adore, je ne m’en lasse pas. Hélas, avec ma tournée et les tournages, je n’ai pas pu la voir sur scène. J’ai l’impression que, depuis mon premier album, j’écoute plus de musique et de manière plus variée, mais je crois avec autant de spontanéité. J’ai surtout plus envie de découvrir les choses sur scène et je n’ai plus la même attitude quand je vais voir des concerts. Je me sens en empathie, je suis tremblante dans les minutes avant que ça commence, je me demande à quoi pense le chanteur, à sa peur, à son plaisir… Je ne suis plus du tout dans le même esprit qu’avant d’être chanteuse.

Vous savez ce qui se passe dans le noir, maintenant…
Oh oui, ce mélange d’excitation, de peur, de vide absolu dans lequel on se jette, cette sensation que l’on a des gens qui sont dans la salle, des musiciens qui heureusement sont là sur scène...

Vos concerts après le premier album, vous ont-ils laissé uniquement des bons souvenirs ?
Oui. Un souvenir de peur aussi, mais cette peur est une bonne peur. C’est d’une force qui a peu d’équivalent, je trouve. Le sentiment de vivre le moment présent avec les gens parce qu’on est en danger, parce qu’on est dans l’urgence. Ce à quoi on ne s’habitue pas, c’est que les gens connaissent déjà les chansons qu’on chante – mes chansons. Je trouve génial de commencer par un morceau de papier et un crayon dans une chambre ou un café, et que ça devienne des chansons que les gens reconnaissent.

Avez-vous des modèles dans la chanson, des carrières exemplaires qui vous inspirent ?
Je n’ai pas de modèle. Mais il y a des gens comme Jean-Jacques Goldman, assez exemplaire dans la façon dont il gère le succès qu’il a eu. Et puis une femme comme Barbara, quand j’imagine ce que ça a dû être pour elle d’arriver à l’époque du yé-yé et des jolies filles à cheveux longs et voix cristallines, avec son corps étrange, sa voix bizarre, ses paroles si nouvelles… Cette manière d’imposer son style, ça force le respect. Je n’ai pas de modèle mais je suis en admiration devant ceux qui inventent quelque chose, qui osent assumer ce qu’ils sont.

Etre chanteuse vous est-il plus vital qu’être actrice ?
Oui.

Quand vous n’étiez qu’actrice, chanter vous manquait-il ?
Autrement, je ne l’aurais pas fait. Comme actrice, je suis comblée, je n’ai pas de mauvais souvenirs de tournages, on me propose des scénarios… Mais si je ne chantais pas, j’allais me perdre. J’ai besoin de décider des choses, ce que je n’ai pas su pendant longtemps. Actrice, c’est l’univers des autres, c’est devenir un personnage, être disponible. On se perd un peu. Une fois que j’avais mis le doigt sur ce qui était mon désir réel – écrire –, je n’aurais pas pu rester uniquement actrice.

Sandrine Kiberlain Coupés bien net et bien carré (Virgin EMI) 2007