<i>Hugh</i> ! Aufray

A soixante-dix-huit ans, le créateur de Santiano, Hugues Aufray, sort un nouveau disque et retrouve la scène, serein après des décennies d’une carrière tout en paradoxes, qui a donné à la France quelques-uns de ses standards les plus populaires.

Nouvel album

A soixante-dix-huit ans, le créateur de Santiano, Hugues Aufray, sort un nouveau disque et retrouve la scène, serein après des décennies d’une carrière tout en paradoxes, qui a donné à la France quelques-uns de ses standards les plus populaires.

Hugues Aufray ne renie rien, pas même La Flotte Américaine, chanson de ses tout débuts au disque, lorsqu’il n’avait pas encore fait le voyage à New York d’où il rapporterait en France la révolution folk. Suivraient Santiano, des adaptations de Bob Dylan, Le Petit Ane gris, Stewball, L’Epervier, Dès que le printemps revient, Les Crayons de couleur, Le Port de Tacoma… Mais il assume La Flotte Américaine et les pochettes de 45 tours avec une cravate autour du cou qui précédèrent ces années enchantées. "Dans la vie, il y a une seule vérité, de même qu’il n’y a qu’un seul sommet à une montagne. C’est un grand principe dans ma vie : essayer d’accéder à la vérité, qui est une, même s’il y a plusieurs chemins pour y accéder. La vérité de ma modeste carrière, c’est que je n’ai pas été préparé à faire ce métier, n’ayant jamais eu l’ambition de monter sur une scène et de devenir quelqu’un de connu."

Il l’est devenu, pourtant, et l’on ne sait plus guère combien d’albums il a sortis avant Hugh !, son tout nouveau disque. Dès la première chanson, Ensemble on est moins seul, écrite avec Frédéric Zeitoun, il chante "Je ne suis qu’un feu de camp/Juste un refrain dans le vent". Un résumé en quelques mots de sa carrière et de la trace qu’il a déjà laissé dans la mémoire des francophones. Combien de gens chantent Santiano ou Adieu monsieur le Professeur sans imaginer que ces chansons ont été créées un jour par un de leurs contemporains ? Hugues Aufray a accompli ce qui est le propre des chanteurs folk : s’effacer derrière la mémoire – voire la légende – de leurs chansons.

Un chanteur anonyme

Presque dix ans, il fut un chanteur presque anonyme, reprenant des traditionnels espagnols ou mexicains, des œuvres de Félix Leclerc ou de vieilles chansons françaises. "Je suis entré dans la chanson à la suite d’un concours auquel on m’a inscrit un peu malgré moi, Les n°1 de demain. Mais je gagnais déjà ma vie comme musicien, sans projet, avec au fond de moi un complexe d’échec parce qu’au départ j’avais envie d’être peintre. Mais à dix-huit ans, j’avais rencontré une fille que j’ai épousée. J’avais une morale de fer et le sens des valeurs : un homme doit rapporter de l’argent et faire vivre sa famille. Alors il n’était pas question que je devienne peintre et, puisque je connaissais des chansons du folklore, j’ai tout de suite trouvé du travail dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés et, entre 1950 et 1959, j’ai pu faire vivre très correctement ma famille. Quand j’ai été embringué dans ce métier avec des disques à faire, les éditeurs de musique me sont tombés dessus en disant : "il faut chanter ça". Alors j’ai chanté La Flotte Américaine, qui n’a d’autre intérêt que d’avoir été chanté par Frank Sinatra."

Le débutant Hugues Aufray enregistrera aussi des chansons de Serge Gainsbourg, avant enfin de trouver sa voie, sans cravate et la guitare en bandoulière. Mais il aura aussi vécu de beaux moments de chanson mondaine, comme dans ce club à Rome où il chante pour Ava Gardner qui tourne La Comtesse aux pieds nus ou Anna Magnani pendant Le Carrosse d’or. "La seule photo que j’ai de cette époque, c’est avec l’acteur mexicain Pedro Armandariz. En revanche, John Huston, Humphrey Bogart…" Il martèle : "Je ne prends jamais conscience que ce que je vis est extraordinaire."

Comme un amateur

A soixante-dix-huit ans, il affirme n’être, aujourd’hui comme hier, mu par "aucun calcul ". Il se dit même "paresseux, léger, un mec qui ne réfléchit à rien". Quand on lui fait remarquer qu’on a peine à y croire, il concède avoir "traversé ce métier comme un amateur". Mais il sait sur quoi se fonde sa popularité, et son nouvel album retrouve les couleurs lumineuses de ses années 1960-1970. Il reconnaît volontiers que son arrivée chez Universal, il y a deux ans (avec l’album Hugues Aufray chante Félix Leclerc), a beaucoup changé la donne. Car, pendant vingt-cinq ans, il a tiré le diable par la queue en autoproduisant ses disques – "des productions essoufflées, en me débrouillant tant bien que mal". Aussi Hugh ! ressemble à une méditation rêveuse et parfois enjouée du chanteur sur son art et sur ses plaisirs. Avec çà et là, quelques sourires en coin, comme pour se souvenir que la route n’a pas toujours été facile.

Hugues Aufray Hugh ! (Mercury-Universal) 2007
Du 19 au 21 octobre à Paris (Olympia), le 26 à Clermont-Ferrand, le 16 novembre à Lyon, le 17 à Aix-en-Provence, le 18 à Nice…