Mouss & Hakim font la Fiesta des Suds

Vendredi 19 octobre, à trois jours de la sortie d’Origines Contrôlées, leur nouvel opus en duo, Mouss et Hakim inauguraient à Marseille, la 19e édition de la Fiesta des Suds sous une passerelle autoroutière naturalisée salle de concert. Fiesta des Suds qu’ils connaissent bien pour y avoir été invités à plusieurs reprises tant avec Magyd Cherfi pour Zebda qu’en duo fraternel comme ce soir-là.

19e édition

Vendredi 19 octobre, à trois jours de la sortie d’Origines Contrôlées, leur nouvel opus en duo, Mouss et Hakim inauguraient à Marseille, la 19e édition de la Fiesta des Suds sous une passerelle autoroutière naturalisée salle de concert. Fiesta des Suds qu’ils connaissent bien pour y avoir été invités à plusieurs reprises tant avec Magyd Cherfi pour Zebda qu’en duo fraternel comme ce soir-là.

20h30, à l’heure des derniers échauffements de l’équipe de France de rugby, une flopée de Marseillais ont déjà baissé le rideau de la victoire. La petite finale sera sans eux. Eux, ont choisi de se retrouver dans cet étrange espace ouvert à tous les airs sous une toiture autoroutière gris bitume. Au bout de se couloir délimité par des canisses, pointe sur toute sa largeur une scène équipée comme une grande. C’est là, que Mouss, Hakim et leurs amis musiciens (deux guitaristes, un joueur de mandole, un bassiste, un batteur et un accordéoniste) vont "taquiner la fibre berbère" comme ils disent, et reprendre quelques-uns des plus grands succès de l’immigration algérienne.

Devoir de mémoire

Souvenirs d’une communauté et madeleines familiales, ces chansons chantées en arabes, en kabyle et parfois même en français bénéficient toujours d’une courte présentation, de quelques mots sur leur sens ou le contexte dans lequel elles ont été écrites, sur leurs auteurs, leurs intentions.

Jamais didactiques, ces propos ont la chaleur du souvenir, l’instantanéité d’un moment passé qu’ils ont bien connu, puisqu’il est aussi le leur. "Il faut qu’on sache, et fasse savoir que si nos parents n’étaient pas écoutés donc pas visibles, ils n’étaient pas soumis pour autant" explique Mouss après le concert. "Que, eux aussi ont laissé leur empreinte sur le monde."

Sacrée empreinte, qui ne laisse pas froid un public marseillais qui ne connaît pas forcément ce répertoire. "L’album n’est pas encore sorti et cela fonctionne parfaitement" se réjouit Hakim. "Qu’est-ce que ça sera dans quelques mois ?". Ses succès d’hier, ces tubes de l’immigration algérienne sont "des chansons de France" certifie Mouss. Ecrites pour la plupart dans les grandes villes françaises de l’émigration (le fameux axe Paris/Lyon/Marseille) dans une période que les historiens qualifie de "Trentes Glorieuses", ces chansons ont circulées parfois sous le manteau sur les deux rives de la Grande Bleue.

Car elles n’épargnent personne. Pas moins les Français qui ont souvent oublié comme le rappelle Slimane Azem dans sa chanson Carte de Résidence, que ses aïeux ont combattu pour la France bien avant la résistance, que le pouvoir algérien qui au lendemain de l’Indépendance, a usé les ressorts de son action dans de sombres conflits de personnes.

AOC

Déclinaison du Festival qu’ils ont créé à Toulouse et auquel ils empruntent le nom, ces chansons ont d’abord été travaillées avec guitare, mandole, derbouka et chants. Ensuite, c'est l'ensemble du groupe qui a œuvré pour leur donner un son approprié au disque. Les musiciens ne connaissaient pas forcément les musiques originelles.

"On se produit parfois lors d’Apéros d’Origines Contrôlées" explique Mouss, l’aîné des deux frères. "Pour nous, c’est un prolongement naturel" reprend Hakim qui explique au passage que leur festival n’est pas qu’une succession de concerts, mais qu’il intègre d’autres arts comme le théâtre ou la danse et fait la part belle au débat. "L’année dernière, nous avons consacré l’un d’eux aux chansons de l’immigration".

Les Marseillais  pouvaient d’ailleurs se procurer la brochure des compte-rendus des débats de la dernière édition sur le stand du festival toulousain, installé entre celui du merchandising du Massilia Sound System et celui d’un restaurant indien. C’est aussi la Fiesta des Suds, une chaleureuse fête de la bière sudiste où il fait bon boire et manger entre deux concerts ou écouter un peu de musique entre deux verres. A chacun selon ses envies !

Marseille et le Massilia

"La Fiesta, on connaît bien. On y a joué à trois reprises avec Zebda et l’on était là aussi, il y a deux ans pour présenter notre premier album. C’était juste après l’incendie qui avait détruit l’ancien Dock" rappelle le plus jeune des deux frères. "Ils ont bien rebondi d’ailleurs. Le lieu est encore mieux, plus vaste. La déco est terrible et l’on connaît tout le monde. On vient ici et l’on retrouve des amis, la famille" commentent en chœur les deux frères qui il y a une dizaine de jours donnait un petit concert (un "chaud"-case disait-on le lendemain aux absents) au Bar de la Plaine, institution marseillaise où se retrouvent fans de l’OM et habitants de ce quartier qui tente de vivre jour et nuit malgré le couvre-feu qu’essaie d’installer la municipalité.

Cette année, Mouss et Hakim partagent l’affiche avec le Massilia Sound System. Eux, jouent sur leur terrain et viennent défendre Oai e Libertat, leur nouvel opus. "Le Massilia, les premières fois que je les ai vus à Toulouse, j’étais minot et a dix mille lieux d’imaginer qu’un jour je vivrai de la musique. A l’époque, je traînais dans un possee rub-a-dub et l’on était fan. C’est pour ça quand je les entends chanter Vive le PIIM, je suis à fond avec eux" esclaffe Mouss. "D’ailleurs, Il y a quelques similarités entre nos deux groupes dans le fond comme dans la forme. Au Massilia, ils nous surnomment les "Oai Star" de Zebda" conclut Hakim.

Mouss & Hakim Origines Contrôlées Chansons de l’immigration algérienne (Atmosphériques) 2007