Bintou Wéré, l’Opéra du Sahel, un opéra contemporain

Un opéra africain ? C’est le pari qu’a fait une équipe de comédiens, metteurs en scène, producteurs et artistes originaires d'Afrique. Joué en avant première à Bamako en février 2007, puis aux Pays Bas, Bintou Wéré, l’Opéra du Sahel a été répété à la Manufacture des œillets en banlieue parisienne avant ses quatre représentations parisiennes du Théâtre du Châtelet du 25 au 27 octobre. Opéra contemporain, il raconte avec finesse la périlleuse traversée du désert d’une caravane d’Africains en route vers l’Europe, leurs utopies et leurs espérances. Rencontre croisée avec les brillants Wasis Diop, directeur musical et artistique, et Zé Manel Fortes, compositeur de Bintou Wéré, l’Opéra du Sahel.

Un Sahel lyrique

Un opéra africain ? C’est le pari qu’a fait une équipe de comédiens, metteurs en scène, producteurs et artistes originaires d'Afrique. Joué en avant première à Bamako en février 2007, puis aux Pays Bas, Bintou Wéré, l’Opéra du Sahel a été répété à la Manufacture des œillets en banlieue parisienne avant ses quatre représentations parisiennes du Théâtre du Châtelet du 25 au 27 octobre. Opéra contemporain, il raconte avec finesse la périlleuse traversée du désert d’une caravane d’Africains en route vers l’Europe, leurs utopies et leurs espérances. Rencontre croisée avec les brillants Wasis Diop, directeur musical et artistique, et Zé Manel Fortes, compositeur de Bintou Wéré, l’Opéra du Sahel.

RFI Musique : Quelle est votre définition de l’opéra ?
Zé Manel Fortes : L’opéra, c’est le drame dans la musique. Après 1600, les récitations de poésie sont montées sur scène et ont gagné en drame. Pour moi, nos griots, dans leur façon de chanter l’Histoire, de lancer la voix, le chant, sont vraiment dans la tradition de l’opéra.
Wasis Diop : L’opéra, c’est une histoire chantée, où tout le drame, toute l’émotion doit se sentir. Dans l’Opéra du Sahel, nous traitons d’une histoire contemporaine mais terriblement dramatique. Ces gosses qui suivent Bintou Wéré et veulent aller mourir sur les barbelés de Melilla pour passer en Europe, on entend cela chaque jour. L’opéra n’est rien d’autre que cela : des histoires simples, la condition humaine et ses soubresauts. L’Opéra du Sahel, c’est aussi cela. Toute la création de cet opéra est basée sur la relation Nord/Sud, c’était le cahier des charges. Le spectacle a été d’abord joué à Bamako, les artistes ont été formés en Afrique également.

Wasis Diop, il y a presque dix ans, vous chantiez l’histoire de Samba le berger, un sans papier en France….
WD : Et oui…Est-ce que cet Opéra du Sahel ne serait il pas finalement la suite de l’histoire de Samba ? En dix ans, rien n’a vraiment changé… Ce sont les mêmes histoires isolées, qui racontent finalement les mêmes réalités, basées sur les mêmes contradictions et les mêmes drames. Aussi bien Zé Manel que moi, nos motivations sont ancrées dans ces réalités. Nous sommes obligés de les réécrire pour apporter notre pierre au devenir, pas seulement de l’Afrique, mais aussi du monde. L’humanité, c’est cela notre combat.

Dans cet Opéra du Sahel, le Sénégal, le Mali, la Guinée-Conakry, mais aussi le Tchad, entre autres, sont représentés. Comment avez-vous travaillé pour mêler les couleurs sahéliennes à l’opéra, qui incarne une conception finalement très occidentale de la musique ?
ZMF : Au début, c’était très difficile de trouver une direction. C’est le premier opéra de ce genre, donc nous n’avions rien sur lequel nous appuyer. Mais comme dans tout opéra, nous nous sommes basés sur le libretto, qui est vraiment le point de départ en opéra, et nous avons travaillé, vu ce qui marchait ou non…Mais ce qu’il est important de dire, c’est que nous avons fait en sorte de créer un opéra qui corresponde à nos cultures, qui vit et vibre de la chaleur de l’Afrique.

Comment avez-vous procédé pour rencontrer tous ces artistes ?

WD : Comme quasiment tout en Afrique, cela a été très compliqué. Une fois qu’on a eu le libretto en main, nous avons procédé à un casting. Nous nous sommes rendus dans différents pays avec des adresses de musiciens, des personnes à rencontrer…Mais lorsqu’on va chercher les gens, on ne les trouve évidemment jamais du premier coup …Finalement, nous avons rencontré des musiciens incroyables, notamment en Guinée. J’ai rencontré là bas, "Les Jolies", trois femmes qui font de la polyphonie, une musique ancienne très complexe. On les appelle "Les Jolies", car chaque matin elles se consultent et s’habillent de la même façon. Quand je les ai entendues, j’étais par terre : c’était ce son-là que nous cherchions !
ZMF : En terme de découvertes, en Guinée, il y a aussi eu le tounè…Une flûte très rare, rencontrée à Conakry…
WD : Oui, dans l’Opéra du Sahel, on retrouve les koras, balafons, percussions, ngoni, les flûtes peules, tous les instruments sahéliens "classiques", mais aussi, le tounè, un instrument à vent rudimentaire qui a quasiment disparu de l’Afrique sub-saharienne et appartient aujourd’hui au grand folklore maghrébin. Le son est extrêmement puissant, on dirait une cornemuse sans soufflet…

Pour vous, quel était le principal enjeu de l’Opéra du Sahel ?
ZMF : De réussir à montrer toute la diversité du Sahel, parmi les solistes, les instrumentistes, parmi le chœur…De mettre sur pied un véritable opéra qui prenne en compte les spécificités de chaque zone. Le Nord-Mali et Conakry sont chauffés au même soleil, et pourtant les réalités sont bien différentes…
WD : Pour moi, c’est l’émotion qui prime…Sur la toute première page du libretto de l’Opéra du Sahel, j’ai dessiné une échelle. En bas, il y avait les Africains, en haut, la lune qui symbolisait l’Europe. C’est ce drame-là, le postulat de départ, qui donne toute la matière à cet opéra.

Ecouter des extraits de l'interview de Wasis Diop par Daniel Lieuze du Service Culture de RFI

Jean-Luc Choplin, directeur du Châtelet

Bintou Wéré, l’Opéra du Sahel, le 25, 26 et 27 octobre au Théâtre du Châtelet : http://www.chatelet-theatre.com/