Kali Volume 5

De passage en métropole, Kali, le chef de file de la tradition martiniquaise vient de présenter son dernier opus Racines Caraïbes volume 5. Un disque sur lequel l'artiste s’ouvre à tout le patrimoine musical caribéen, en conviant les grands noms de cette région qui est un authentique carrefour culturel. Rencontre.

L’artiste martiniquais creuse de nouvelles racines

De passage en métropole, Kali, le chef de file de la tradition martiniquaise vient de présenter son dernier opus Racines Caraïbes volume 5. Un disque sur lequel l'artiste s’ouvre à tout le patrimoine musical caribéen, en conviant les grands noms de cette région qui est un authentique carrefour culturel. Rencontre.

RFI Musique : Vous signez aujourd’hui le cinquième volume de la collection Racines, c’est votre douzième album sur lequel vous avez invité les plus belles voix de la Caraïbe, comme Jocelyne Beroard, Tanya Saint-Val, Emeline Michel ou Ralph Thamar. Qu’est-ce qui a motivé toutes ces collaborations ?
Kali :
Tous les albums précédents de la série Racines  n’abordaient que la musique antillaise de la Guadeloupe et de la Martinique. L’horizon était un peu fermé. Ce dernier volume s’ouvre plus largement aux chansons de la Caraïbe, qui ont une même histoire bien qu’elles proviennent d’îles différentes. Comme je le dis dans la chanson qui ouvre le CD Nou tro pré pou nou si loin ("Nous sommes trop près pour être si loin"). En tant que département français, nous avons très peu de contacts avec nos voisins insulaires. Ces rencontres ont été vraiment une belle aventure. Nous avions déjà travaillé à plusieurs sur scène, mais nous n’avions jamais enregistré ensemble. Ce sont des artistes de la même génération que moi et, aujourd’hui, nous avons une certaine expérience pour aborder ce patrimoine.

Parmi les morceaux, il y a une reprise d’un chant traditionnel Ban mwen an t ibo avec Jocelyne Beroard. Comment a germé ce titre ?
J’avais travaillé sur le centenaire de la ville de Saint-Pierre, en 2002, avec des vieilles chansons de biguine. J’ai trouvé que la voix Jocelyne Beroard allait  parfaitement avec ce genre répertoire. C’est vrai que c’est une chanson très "doudou" qui colle trop à l’image de la Martinique. Mais la présence du tambour bèle, qui avait un peu disparu, donne une touche plus authentique.

Il y a aussi la chanson Haïti chérie, où vous êtes en duo avec Emeline Michel. Comment c’est déroulé l’enregistrement de ce titre ?
C’est une des perles du disque. Emeline Michel a une voix incomparable. Quand elle chante, on a l’impression d’entendre un instrument. C’est toute l’âme haïtienne qui est en elle et ressort dans chacune de ses chansons. Elle a fait près de 400 km pour venir enregistrer et repartir tout de suite. Je tiens à la remercier et je le répète, c’est l’une des meilleurs artistes d’Haïti.

Adieu foulard marqué par la participation de Tanya Saint-Val est un autre titre significatif. Là encore, c’est un chant qui fait partie du patrimoine ?
Cette chanson est très ancienne mais elle n’était plus chantée. Chaque morceau de ce Racines, volume 5 a son histoire. Quand Tanya Saint-Val est venue, la bande était déjà prête. Nous avions choisi un son assez roots. Mais elle n’arrivait pas à interpréter Adieu foulard, elle n’était pas dans le ton. Nous avons ajouté une guitare pour trouver la bonne tonalité. A partir de là, le morceau a fonctionné. Nous avons fait une prise, c’était la bonne et nous l’avons gardé.

Sur cet album, vous renoué avec votre instrument de prédilection, le banjo. Pourquoi ?
Depuis quelques années, j’ai tourné un peu partout et notamment en Amérique du sud et Guyane. Le fait de se produire en solo dans un pays en s’accompagnant uniquement avec son instrument, cela vous oblige à avoir plus de force de conviction. Il faut être vraiment créatif. J’ai remarqué aussi que le public est davantage attentif et réceptif. Car l’émotion passe tout de suite. En un mot, j’apprends tous les jours avec ce banjo que j’ai découvert par hasard, en 1982.

C’est votre dernier album dans cette collection Racines. Pourquoi mettez-vous un point final à cette série ?
Cette collection Racines a été pour moi une surprise dans ma vie. Je l’ai commencé en 1987 afin de rendre hommage à cette musique patrimoniale. En recensant toutes ces chansons que j’avais accumulées, je les ai indexées et je suis arrivé à 5 volumes. Aujourd’hui, en 2007, cela représente vingt ans de travail ! Au début, je pensais que je mettrais cinq ou six ans. Mais en réalité, pour mener à bien ce projet, cela m’a pris tout ce temps. Je crois que toutes ces années étaient nécessaires pour arriver à cette maturité artistique.

Ecouter des extraits de l'interview de Kali par Daniel Lieuze du Service Culture de RFI.

Album Kali Racines Caraïbes volume 5 (Hibiscus Records) 2007