Un manouche nommé Thomas Dutronc

A 34 ans, Thomas Dutronc apporte sa première pierre discographique à l’édifice familial. Un album au titre évocateur qui pourrait bien lancer ce guitariste-chanteur épris de culture manouche sur les traces de ses illustres parents, Françoise Hardy et Jacques Dutronc.

Un artiste sous influences

A 34 ans, Thomas Dutronc apporte sa première pierre discographique à l’édifice familial. Un album au titre évocateur qui pourrait bien lancer ce guitariste-chanteur épris de culture manouche sur les traces de ses illustres parents, Françoise Hardy et Jacques Dutronc.

La musique bien sûr, il avait ça dans le sang mais pourtant rien n’était fait jusqu’à ce jour où il croisa la route d’un disque de Django Reinhardt, c’était il y a 16 ans. "Je me souviens encore du titre, Nuage dans sa version de 1949. Un choc, une vraie révélation pour l’adolescent que j’étais alors. Depuis Django est tous les jours présents dans ma vie. A mes yeux, c’est un génie, à la fois invraisemblable et imbattable, cette poésie dans ce qu’il raconte et cette perfection musicale... plus je l’écoute et plus je me dis qu’il était connecté directement avec les muses".

Un manouche sans guitare 

L’imagination est parfois trompeuse. Thomas Dutronc est connu et reconnu pour ses talents de guitariste. Et là où on attendait un premier album très crypté tournant autour d’une relecture instrumentale des canons du genre jazz manouche, on découvre un univers ouvert sur différents styles d’expression musicale. Thomas Dutronc fait dans le manouche et le swing certes, mais il s’attaque aussi à la chanson et à la pop en général, titille les rythmes bossa, le tout sans tabou. "Cette ouverture est volontaire, elle me permet d’exprimer plus de choses, de m’adresser à un plus large public. C’est vrai aussi qu’il est plus facile de réussir dans le milieu de la chanson que dans celui du jazz… plus de liberté, plus d’opportunités ".

Enregistré dans l’urgence d’un été, les 14 titres de son premier album offre un terrain de jeu sans barrière aux inspirations de son auteur. "Lors de l’enregistrement du duo avec Marie Modiano (Solitaires, ndlr), elle m’a fait remarquer que je devrais chanter davantage. A l’origine ce disque devait comporter 8 instrumentaux et 3 chansons. Au final, c’est tout le contraire". Ses chansons, il les a écrites rapidement, sans trop se poser de question, sans s’interdire ou s’obliger à quoique ce soit. Il l’avait déjà fait pour d’autres – Françoise Hardy, Henri Salvador - aujourd’hui il le fait pour lui, tout simplement.

Il évoque à travers ses textes les notions d’amitié, d’amour, les rapports à la solitude, aux filles et à Paris, sans se livrer. Sur deux titres seulement, Thomas semble plonger davantage dans l’intime et le personnel, Viens dans mon île, une chanson dont il se dit être très fier qui lui rappelle l’univers musical de sa mère, et J’suis pas d’ici qui dépeint la vie d’un musicien de jazz.

A l’image de ce que peuvent être ses concerts, Thomas Dutronc n’a pas oublié d’ensoleiller son disque avec un mélange de bonne humeur et d’humour, allant jusqu’à singer L’été indien de Joe Dassin pour y clamer haut et fort son amour pour les frites "les frites bordel", ou placer un interlude micro-comptoir enregistré un soir du côté de Montmartre à Paris, Le Houdon Jazz Bar. Hommage d’amour d’un fils pour son père, aussi spirituel soit-il, le disque recèle bien entendu une reprise du maître Django interprétée par Thomas, China Boy, "je ne pouvais pas faire autrement !"

La vie de bohême

A l’âge de 25 ans, Thomas Dutronc a commencé à gagner sa vie dans les bars comme guitariste à coups de bœufs improvisés ou de concerts organisés dans tous les lieux de la capitale dédiés au jazz. La musique, il ne peut l’envisager en dehors de la scène. Parce que c’est bien là que tout se joue et que tout s’est joué. "Ce disque je l’ai aussi fait pour nous aider à franchir un pallier avec le groupe. Nous en avons besoin. Sortir un album, c’est créer une actualité, attirer plus de gens à nos concerts, multiplier les dates. Nous sommes neuf  personnes sur les routes. Ça coûte de l’argent. Pour faire des sous, on doit jouer dans des salles plus grandes. Tout est lié".

Thomas Dutronc en compagnie de son groupe, "sa deuxième famille", a déjà présenté une soixantaine de fois son nouveau spectacle tout au long de l’année écoulée. Avec son ami Mathieu Chédid – M - dont il dit être impressionné par le talent, Thomas Dutronc a travaillé la mise en scène. Parce qu’il est juste de parler de mise en scène tant ce spectacle jongle avec les rythmes et les idées. Un grand drap blanc installé en fond de scène pour jouer avec les ombres et projeté les images d’une petite caméra installée sur le plateau, une ambiance de guinguette avec sa guirlande aux ampoules colorées, sa table, son saucisson et sa platine où tourne parfois un disque de Django, une petite valise remplie d’objets hétéroclites que Thomas sort et présente au fur et à mesure du concert. Accompagné par ses quatre musiciens, ils réussissent tous ensemble, presque à chaque fois, à emmener le public avec eux dans leur monde de musiciens fous de musique, à la fois drôle et travaillé. "Notre secret ? On ne se prend pas au sérieux car on prend la musique au sérieux".

Thomas Dutronc a longtemps attendu avant de sortir un premier album. Il dit avoir voulu "prendre son temps, ne pas perdre le capital sympathie qu’il pouvait sentir autour de lui et surtout ne pas ouvrir la porte trop tôt". A peine entrebâillée, on se dit que Thomas Dutronc est en train de gagner son pari : apporter un peu de lumière sur une culture musicale et des gens extraordinaires trop souvent laissés dans l’ombre. Mélange d’authenticité, de simplicité et d’énergie, avec ses acquis manouche et un son inné pop, Thomas Dutronc a désormais une vraie carte à jouer dans le monde de la chanson d’aujourd’hui. La sienne. Sur disque comme sur scène. 

Thomas Dutronc Un manouche sans guitare (ULM / Universal) 2007

Thomas Dutronc est actuellement en tournée dans toute la France et sera en concert à la Cigale (Paris) le 11 décembre 2007.