Jean-Michel Jarre reprend de l’<i>Oxygène</i>

Jean-Michel Jarre, la première star française de la musique électronique a réenregistré son album fondateur Oxygène, pour en fêter le trentième anniversaire… et le porte à la scène dans un théâtre parisien. Rencontre.

Réenregistrement de l'album

Jean-Michel Jarre, la première star française de la musique électronique a réenregistré son album fondateur Oxygène, pour en fêter le trentième anniversaire… et le porte à la scène dans un théâtre parisien. Rencontre.

"Je ne suis pas nécessairement pour les anniversaires", lance Jean-Michel Jarre pour commencer. Il y a trente et un ans sortait Oxygène, enregistré sur un huit-pistes dans l’ancienne cuisine de son appartement – l’ancêtre du home studio, au temps où le show business ne rêvait que de gros studios au son luxueux. "Quand la haute définition est arrivée pour l’image et pour le son il y a quatre ou cinq ans, je me suis dit que ce serait le moment de réenregistrer Oxygène. Non par nostalgie mais parce que j’avais toujours eu cette idée. Le 30e anniversaire me donnait l’occasion de sortir cette version à l’identique, alors j’ai ressorti les synthés de l’époque. Je me suis rendu compte en travaillant exclusivement sur ces instruments à quel point ce sont des instruments totalement oubliés, renvoyés à un mélange de fantasme et d’ignorance. Ce qui est intéressant, c’est qu’en 2007 n’importe quel violoniste au monde rêve de jouer sur un Stradivarius – depuis quatre siècles, les progrès technologiques n’ont jamais permis d’égaler la facture de ces violons. Or les synthétiseurs analogiques de cette époque sont la fondation de la musique électronique et ils ont un son incomparable."

Curieusement, Jarre n’avait jamais joué Oxygène intégralement sur scène. Pour ce nouvel enregistrement, il a installé ses Moog modulaires, ses ARP 2500, ses Mellotron et ses Theremin dans un hangar à Anvers. "Comme à l’origine c’est sur huit pistes, j’ai pris trois autres musiciens pour avoir huit mains. On a filmé en une prise dans des conditions 100% live – à une époque où la plupart des concerts sont partiellement pré-produits et pré-mixés. On n’avait pas d’ordinateur, pas de timecode." Puis il a transporté tout son matériel au théâtre Marigny, à Paris, pour une dizaine de concerts dans une jauge inhabituellement restreinte, quand on sait combien il a battu de records de nombre de spectateurs pour ses gigantesques spectacles depuis la place de la Concorde en 1978. Il retournera vite à ses habitudes de chiffres spectaculaires : après les albums de Prince et Coldplay, son disque sera encarté début janvier dans le Mail on Sunday, en Grande-Bretagne – 2,7 millions de CD !

Jean-Michel Jarre chasse la nostalgie, le plaisir de célébrer une des mélodies les plus célèbres de l’histoire des musiques populaires. "Ce projet d’Oxygène est devenu plus large que je ne pensais avec l’idée de rendre hommage à ces créateurs sans lesquels je ne serais pas là, qui ont fabriqué ces instruments avec leur côté irrationnel totalement poétique. Quand on voit un Mellotron, on pense au violon-trompette de Boris Vian !" Surtout, il répète à toutes ses interviews sa dette envers Pierre Schaeffer, fondateur de la musique concrète et patron du Groupe de recherche musicale (qui fête ces jours-ci son 50e anniversaire à la Maison de Radio France) où le jeune Jean-Michel Jarre a fait ses classe de musicien expérimental. Pour lui, l’enseignement de Schaeffer n’est pas seulement théorique. Bien au contraire, il y voit un révolutionnaire en actes : "Dans les années 40, il a inventé le sample, le sillon fermé – c'est-à-dire la boucle –, le délai, la réinjection, les sons à l’envers, les sons ralentis ou accélérés : il a inventé toute la manière de faire de la musique aujourd’hui. C’est scandaleux qu’on ne le mette pas à la place qu’il mérite puisque la source de la musique électronique, ce n’est pas nous, mais lui. A partir de Schaeffer, on n’a plus jamais fait de la musique de la même manière. Il n’apporte pas un nouveau style musical mais une manière de penser la musique en termes de sons, ce qui était aussi rejoindre les musiques chinoise, indienne ou africaine, qui n’ont pas de notation et qui, depuis des temps immémoriaux, approchent la musique par le son et non par les notes."

Quand il enregistre Oxygène, Jarre est surtout connu pour ses chansons à succès écrites pour Christophe (Les Mots bleus), Patrick Juvet (Où sont les femmes ?), Françoise Hardy, Gérard Lenorman… S’il enregistre seul son premier disque de musique électronique, c’est que personne ne croit en son projet, qui après tout émane d’un jeune compositeur venu de la chapelle la plus "professeur Tournesol" de la musique contemporaine. "Mon envie, outre de faire un pont entre la musique électroacoustique et la pop music, était de faire quelque chose qui ne soit pas répétitif. Je m’attachais de manière obsessionnelle à ce que chaque son n’ait pas la même durée, la même attaque, la même hauteur… Dans Oxygène, tout est fait main."

Jean-Michel Jarre Oxygène 1 CD + 1 DVD (EMI) 2007
Concerts du 12 au 26 décembre au Théâtre Marigny à Paris