Panorama de la chanson 2007

De gros succès, quelques flops, des concerts en nombre et des sorties de disques à la pelle, voici un résumé de ce que nous avons vu et entendu cette année en matière de chanson française.

De Charles Aznavour à Zazie

De gros succès, quelques flops, des concerts en nombre et des sorties de disques à la pelle, voici un résumé de ce que nous avons vu et entendu cette année en matière de chanson française.

L’année 2007 commence par un joli contrepied. Après le succès colossal de son premier album, Quelqu’un m’a dit, Carla Bruni sort, le 15 janvier, No Promises : même voix, même matière musicale, même climat, même charme, mais les onze chansons sont onze adaptations de poèmes classiques en anglais – demi-succès, pas de tournée. Mais le reste de l’année est d’une densité rare…


Mi-chel ! Mi-chel !

L’événement de l’année, en poids comme en adrénaline : trente-quatre ans après son dernier concert en France, Michel Polnareff revient en France. La première la plus mondaine de l’année, le 2 mars à Bercy, avec cinquante de ses confrères et le Premier ministre dans les tribunes. Polnamania nationale : Sarkozy l’invite à chanter le 14 juillet au pied de la Tour Eiffel. Avec plus d’un million de spectateurs au total, les dates parisiennes et la tournée ont séduit bien au-delà de la communauté des fans. Et maintenant, un nouvel album studio ?

Poids lourds. En début d’année, Zazie sort son sixième album, Totem, dans lequel elle se dévoile autant qu’elle se masque, s’amuse autant qu’elle plisse le front. Au printemps, Christophe Willem, révélé par l’émission La Nouvelle Star, sort Inventaire, écrit par Zazie, Katerine ou Bertrand Burgalat : carton énorme ! Dany Brillant réhabilite la danse à deux avec l’album de reprises Histoire d’un amour, suivis à la rentrée de grands concerts-dancings. Sept ans après Bliss, Vanessa Paradis sort à la fin de l’été son nouvel album, Divinidylle, toujours en connivence avec M. Puis, à l’automne, sortent en quelques semaines les trois poids lourds de la saison : Johnny Hallyday avec Le Cœur d’un homme, son album blues tant attendu, Florent Pagny qui dessine son autoportrait en reprenant onze chanson de Jacques Brel et Etienne Daho avec L’Invitation, son album le plus personnel et le plus émouvant à ce jour.


Sylvie Vartan

Marcel AmontRetours

. Comme sous le signe de Polnareff, c’est une belle année de retrouvailles : Marcel Amont à l’Olympia en janvier, Nicoletta en février, Hugues Aufray en octobre, Alain Barrière en décembre… Alain Chamfort, dandy officiel de la pop française, sort une intégrale de 20 CDs et 2 DVDs et une série de rééditions de ses albums anciens. Sylvie Vartan révèle dans l’album Nouvelle Vague ce qu’elle écoutait à l’époque de ses propres premiers succès, en reprenant les Beatles, les Rolling Stones, les Monkees, Richard Anthony... Retrouvailles aussi pour le toujours romantique Yves Simon qui, huit ans après son dernier album, sort Rumeurs et surtout remonte sur scène aux Francofolies, en attendant une tournée l’an prochain. Petit pas de côté pour Pierre Perret qui, dans l’album Le Plaisir des dieux, fait entendre une douzaine de classiques de la chanson paillarde, mais aussi du Brassens et du Perret sur le même thème. Retour aussi pour Viktor Lazlo avec un album jazz, tropical ou country tout en tendresse et soleils. Jean Guidoni dit adieu aux bas résilles avec le magnifique album La Pointe rouge, pour lequel il a rencontré Dominique A, Jeanne Cherhal, Mathias Malzieu de Dionysos et Katerine.

Chez les aînés. Triomphe parisien pour Juliette Gréco plusieurs jours au théâtre du Châtelet en février puis un soir à Pleyel en novembre, pour Charles Aznavour au Palais des Congrès puis en tournée cet automne après la sortie de l’album Colore ma vie, enregistré à Cuba. Et le doyen de la scène française, Henri Salvador, a officiellement tiré sa révérence le 21 décembre au Palais des Congrès.

Chez les cadets. 2007 sera aussi l’année des couronnements d’Emily Loizeau, de Rose et de Renan Luce, qui ont porté leurs albums, parus en 2006, à de beaux chiffres de ventes et ont conquis le grand public – Grand Rex pour la première, Olympia pour les deux autres… Révélation également, avec son premier album, d’Ours, second fils d’Alain Souchon mais bel univers très libre, très personnel, très actuel. Révélation encore de Bastien Lucas pour un premier album très lettré réalisé avec Gabriel Yacoub, de Constance Verluca, sorte de Cali au féminin, teigneuse et généreuse à la fois, et de Babet, violoniste de Dionysos, qui révèle son univers propre avec l’album Drôle d’oiseau. Et déjà le buzz s’active pour Ludéal (une chanson-rock sous l’ombre portée de Bashung) et Berry (une bouleversante écriture très contemporaine), dont les premiers albums sortent dans les premières semaines de 2008.


Renan LuceBabet
Célébrations. Le hasard du calendrier a voulu que 2007 se déroule presque tout entier sous le signe des célébrations de grandes dames de la chanson française. Dalida, au printemps, pour les vingt ans de sa mort, avec une énorme anthologie audiovisuelle en plus de dix-neuf heures et 261 chansons en huit DVDs, et le succès populaire d’une grande exposition à l’Hôtel de Ville de Paris. Edith Piaf, ensuite, hors de tout anniversaire mais à cause du film La Môme d’Olivier Dahan (diffusé à l’étranger sous le titre La Vie en rose), qui a lancé toute une série de rééditions, de compilations et de spectacles. Enfin, Barbara dont, dix ans après sa mort, sont exhumés les derniers trésors, dont son premier enregistrement inédit de 1954, quatre CDs d’archives radiophoniques, une série de rééditions dont Lily Passion et une foule de livres…

Hors-normes. Jolie aventure pour Helena Noguerra, après avoir enregistré un album d’hommage à Rezvani, donne des concerts en duo avec l’auteur du Tourbillon. Jean-Louis Murat consacre son disque annuel à des compositions inédites de Léo Ferré sur des poèmes de Charles Baudelaire, pour célébrer les 150 ans du Fleurs du Mal. Camille aborde la spiritualité en reprenant sur scène A Ceremony of Carols de Benjamin Britten et des chants religieux de plusieurs cultures. Enzo Enzo enregistre Chansons d’une maman recueil de reprises douces ou rigolotes pour les enfants.

Sur les côtés... A l’écart des grandes salles et de l’industrie du disque, beau dynamisme cette année de beaucoup de créations hors normes. Une poignée de chanteuses sur les petites scènes, comme Anne Baquet, soprano lâchée dans la chanson à sourire, Sophie Térol, mi-Barbara, mi-Annie Cordy, Agnès Debord, mutine et écervelée, ou Zoé, astucieuse et tendre…

La chanson française joue aussi beaucoup avec ses propres limites, comme dans L’Inouï music-hall, spectacle de l’International Visual Theatre d’Emmanuelle Laborit et du Hall de la chanson, qui transcrit des grands classiques en langue des signes. Limites encore avec le voyage dans le temps de la pop française de l’album D’un siècle à l’autre, dans lequel Emily Loizeau, Marie Modiano, Dorval et d’autres se confrontent aux compositions de Gabriel Fauré, Reynaldo Hahn ou Erik Satie sur des poèmes de Paul Verlaine, Sully Prudhomme ou Paul Bourget…