Darc suprême

Amours Suprêmes est le quatrième album solo de Daniel Darc. Comme pour Crèvecœur, son précédent album rédempteur et célébré par une Victoire de la musique, Frédéric Lo s’est installé derrière la console pour façonner avec le chanteur parisien un album de chansons crépusculaires aux orchestrations pop, electro et blues lumineuses. Des musiciens chevronnés tels Steve Nieve et Pete Thomas (pianiste et batteur d’Elvis Costello au sein des Attractions) y côtoient Alain Bashung ou Robert Wyatt. Un album dangereux comme l’amour et beau comme du Gainsbourg.

Quatrième album solo

Amours Suprêmes est le quatrième album solo de Daniel Darc. Comme pour Crèvecœur, son précédent album rédempteur et célébré par une Victoire de la musique, Frédéric Lo s’est installé derrière la console pour façonner avec le chanteur parisien un album de chansons crépusculaires aux orchestrations pop, electro et blues lumineuses. Des musiciens chevronnés tels Steve Nieve et Pete Thomas (pianiste et batteur d’Elvis Costello au sein des Attractions) y côtoient Alain Bashung ou Robert Wyatt. Un album dangereux comme l’amour et beau comme du Gainsbourg.

Daniel Darc, quasi quinqua, écorché vif (autrefois capable de se tailler les veines sur scène), résume à lui seul la quintessence du mouvement punk français. Ce mouvement mort au combat au début des années 1980, supplanté par l’électronique new wave bon marché – dans lequel son groupe Taxi Girl s’était perdu - et par le raz-de-marée alternatif. Daniel Rozoum (son vrai nom) s’est faufilé entre les goûtes (de sang) et a repoussé de justesse le baiser de la mort. "Quand je mourrai, j'irai au paradis, c'est en enfer que j'ai passé ma vie" chante-t-il sur le premier single de l'album Amours suprêmes.

Le verbe claque, Darc fait allusion à une héroïne…de film d’horreur. Les accords plaqués sur la guitare de Frédéric Lo sont plus policés. De quoi ravir les ondes radios réconciliées avec l’auteur de La pluie qui tombe et de Chercher le garçon, titre ressuscité pour les besoins d’un télé crochet de M6, le propulsant sous un projecteur commun avec Alizée, Elisa Tovati ou Thierry Amiel – trois jeunes artistes pour qui Daniel Darc et Frédéric Lo ont écrit des chansons. "Avec Frédéric, nos façons de vivre sont différentes. Il me recadre car je peux me barrer dans tous les sens." Frédéric Lo apporte cette clarté sonore, ces productions belles à mourir en contradiction avec les ambiances des textes : "Je n'aime pas les musiques tristes quand les paroles sont tout aussi tristes, je n’aime pas non plus la redondance. Un jour, j’écoutais de la musique japonaise enjouée où la chanteuse racontait qu’elle avait trompé son mec et qu’elle voulait mourir. J’aimerais bien qu’un Anglais qui ne parle pas français écoute Amours suprêmes et pense que mes textes parlent de la confiture du petit dej’…".

Gainsbourg, Bashung et le bien

Amours suprêmes, intitulé ainsi par amour pour le John Coltrane auteur de A love supreme, regorge de surprises sucrées : les voix darco-compatibles de Morgane Imbeaud du groupe Cocoon sur J’irai au paradis et de la complice Annabel Fernandez sur le blues Amour suprême. Les femmes hantent cet album. La seule fille sur terre est "l’un de mes textes préférés avec la chanson Ne m’en veux-pas de t’en vouloir écrit pour Marc Lavoine", une pop song qui rappelle la légèreté mélodique de la China Girl de Bowie et la richesse poétique de Gainsbourg.

Sur un tempo bossa-jazzy Ça ne sert rien, le duo Darc/Lo joue les équilibristes en intégrant les soupirs répétés d’un St-Pierre mystérieux : Robert Wyatt "qui me fait penser à sa façon de chanter sur sa chanson Seasong, il effectue des soupirs saccadés et répétés…" avant de dévier vers un chant de sirène homérique. Le duo de musiciens tisse sa toile et se sert d’un fil musical soyeux aux accentuations glam-pop à la Morrissey ("le plus grand parolier vivant avec Dylan") et blues-white trash à la Johnny Cash. Daniel Darc rebondit sur ce cordon ombilical qui le relie à la musique de Frédéric Lo, enroulant son chuchotement profond sur L.U.V. autour des répliques d’un Bashung sparring-partner, dominant son vis à vis à coups de slogans mythologiques (up)percutants. "J'avais fait une tournée avec Aubert, Kolinka et Bashung. Tous les soirs, Alain et moi étions dans la même loge et on échangeait très peu de mots. C'est l’esprit de L.U.V.… une succession d’expressions de deux syllabes. Je voulais en faire un single et si ces mots avaient été chantés en français, ils seraient censurés."  Pour cette chanson, l’âme de l’homme à la tête de chou rôde pas loin du clavier électrique. Darc partage avec le grand Serge le talent pour changer ses travers obsessionnels en refrains immortels.

Daniel Darc, homme de gauche révolté, dit aimer pêle-mêle aussi bien Bukowski, Burroughs, Dylan que les auteurs de droite tels Nimier, Céline, Morand ou Blondin, preuve que le talent des autres est indépendant de la politique. Cependant, cet enfant d’un couple juif et catholique, converti au protestantisme, se dit aujourd’hui vigilant face aux extrémismes. L’histoire de sa grand-mère déportée et tuée par les nazis le hantera à jamais… "ça me rappelle que je fais partie d'une minorité. Je repense souvent à ce que chantait Joe Strummer dans Guns of Brixton : 'que feras-tu la prochaine fois quand ils sonneront à ta porte, auras-tu les mains sur la tête ou le doigt sur la gâchette ?', j’ai envie de dire que je prendrais... Mais n’est-il pas temps de faire le bien."

Daniel Darc Amours Suprêmes (Mercury) 2008En tournée dès le mois d'avril. En concert à l'Olympia le 17 mai 2008