Beni Snassen, un collectif singulier

Formé autour d’Abd Al Malik et de Wallen, le collectif Beni Snassen prodigue avec l'album  Spleen et Idéal, des valeurs de loyauté, d’humanisme, et de courage. De quoi redonner au hip hop ses lettres de noblesse.

Spleen et Ideal

Formé autour d’Abd Al Malik et de Wallen, le collectif Beni Snassen prodigue avec l'album  Spleen et Idéal, des valeurs de loyauté, d’humanisme, et de courage. De quoi redonner au hip hop ses lettres de noblesse.

Autour de la table ronde, quatre des membres de Beni Snassen, répondent à l’appel. Il y a Warda, l’une des sœurs de Bil’in, Fabien Coste, manager, Matteo Falkone, et Abd Al Malik. Les voici, ces chevaliers des temps modernes. Leur mission aujourd’hui ?  Présenter aux médias Beni Snassen, confédération tribale de l’orient marocain, et, par emprunt, collectif de rap formé autour du poète Abd Al Malik et de la chanteuse Wallen. "Ce territoire montagneux accueille depuis des siècles des tribus bien distinctes, revendiquant pourtant leur unité, n’hésitant pas à exprimer leur désaccord, toujours avec respect, honneur et bravoure", racontent-t-ils. "Tous les artistes du collectif se retrouvent autour de ces valeurs, comme autour d’une source intarissable d’inspiration, qui nous rappelle à tous notre soif d’idéal". Un ensemble de guerriers pacifistes, en somme, qui porte la plume comme une arme, trempe son flow à l’encre des valeurs universelles, et brandit en sésame un album de hip hop "humaniste".

Premier précepte : loyauté et amitié.  "Autour du groupe NAP, gravitait un collectif sans nom, uni par la promesse de s’organiser dès que l’on en aurait la possibilité matérielle et structurelle", explique Abd Al Malik. "Le succès de Wallen et celui de mon album Gibraltar  ont permis de lancer l’histoire, et de fonder le label éponyme". A l’exception de la jeune femme, originaire de Bobigny, et de Fabien, trahi par son accent provençal, les autres protagonistes –Hamcho, Matteo Falkone, Bil’in- viennent de Strasbourg et de ses alentours, se fréquentent et s’apprécient de longue date.

Deuxième précepte : la somme des différences fait l’unité, et la force. "A l’importance du 'je, je, je' dans notre société, Beni Snassen répond par le 'nous, nous, nous' ", note Fabien. Pour autant, les membres ne restent pas dans l’ombre de Wallen et Abd Al Malik, mais tracent leur propre sillon. Comme un personnage de manga ou de jeu vidéo, chaque chevalier possède ainsi ses attributs : le duo Bil’in  sort sa "plume, son flow incroyable", mâtiné de féminisme ; Wallen s’arme de poésie ; Matteo Falkone  "extrait le diamant de l’univers urbain" ;  Hamcho "incarne la rue" ; Fabien, "flamboyance faite de plumes, et d’éclats de pétales de rose", transforme le rêve en réalité ; quant à Abd Al Malik, il sème sur sa route des joyaux de générosité et de littérature. A ces héros sous les feux de la rampe, s’ajoutent les hommes de l’ombre, essentiels : Bilal le "chausseur, tailleur, qui fabrique à chaque artiste une musique à sa mesure", ainsi que Renaud Létang, producteur remarqué aux côtés de Manu Chao, Katerine, Feist ou encore Christophe Willem. Tout ce beau monde se lie par cette doctrine : "Je suis différent, tu es différent, donc avançons ensemble". Et au sein de ces "mixités complémentaires",  les membres s’avouent surtout leur admiration réciproque.

Troisième précepte : défense et sublimation du genre. Tous avouent avoir été bercés au "rap conscient", de NTM à IAM. "Dès que l’argent entre en jeu dans la musique, s’instaurent des notions de format, de posture, et d’imposture, qui contredisent les valeurs du hip hop. Nous cherchons à renouer avec la sincérité primitive du style", arguent-ils. "BO du XXIe siècle, le hip hop représente le reflet de notre société", commente Abd Al Malik. "Mais au-delà du miroir, Beni Snassen tâche d’insuffler une autre dimension". Le projet cherche ainsi à dépasser les clivages de genres, et à "servir un album d’émotion, peu en importe la forme, une œuvre artistique et exigeante, qui change la vie, donne de l’espoir, crée du lien et de la pertinence". Ainsi, aussi, de la référence à Baudelaire pour le titre de l’album, qui situe Beni Snassen, dans l’héritage d’une grande culture littéraire française.

Quatrième précepte : l’alchimie. Le collectif change le béton en or, et place l’humain au cœur d’une société dont il est un peu écarté. Surtout, il s’inscrit dans cette lignée d'"artistes qui disent 'non', qui pensent qu’il est encore possible de rêver, qu’il n’est pas utopique de changer le monde ". Cinquième précepte : l’"être au présent". "Notre petite histoire contribue à la grande", explique Abd Al Malik. Surtout, renchérit Fabien : "L’histoire, c’est le présent. Dans le présent se concentrent toute l’histoire, et le futur. Tout entier inscrits dans l’instant, nous ne sommes ni dans une démarche traumatisée par le passé, ni dans une volonté de porter le sac de l’avenir". Dans le titre Spleen et Idéal, se décline d’ailleurs cette tension, cette synthèse temporelle entre les regrets et "ce que je voudrais faire, ou être". L’épopée des Beni Snassen ne fait donc que commencer. Le label Gibralatar sort bientôt l’album de Bil’in, et celui de Matteo Falkone. Souhaitons leur longue vie et bonne chance pour ce projet qu’ils n’hésitent pas à qualifier de "bouleversement sociétal".

Beni Snassem Spleen et idéal (Capitol/EMI) 2008