Les <i>Bijoux et babioles </i> de Juliette

La vie tient parfois en un objet. Dans une boîte en fer blanc, Juliette Nourredine récoltait, petite, les perles tombées des costumes des danseuses dans les revues où travaillait son musicien de père. Plus que le brillant, ce trésor symbolise, pour elle, l’amour du spectacle. Elle le restitue aujourd’hui au public, sous forme d’une douzaine de chansons, perles d’humour, de sensibilité, et de musique. Cela donne Bijoux et babioles.

Ciseleuse de chansons

La vie tient parfois en un objet. Dans une boîte en fer blanc, Juliette Nourredine récoltait, petite, les perles tombées des costumes des danseuses dans les revues où travaillait son musicien de père. Plus que le brillant, ce trésor symbolise, pour elle, l’amour du spectacle. Elle le restitue aujourd’hui au public, sous forme d’une douzaine de chansons, perles d’humour, de sensibilité, et de musique. Cela donne Bijoux et babioles.

On  l’imagine assise par terre, l’enfant Juliette, apprentie sorcière du music-hall, Harry Potter de la chanson, sur une scène grande comme le monde. A quatre pattes, elle parcourt ses cachettes, ramasse ses faux bijoux mais vrais trésors : émaux et camées, diamants, zircons, chrysobéryls "en plastique, en toc", "eldorado tombé des costumes des girls du Lido". Ces paillettes et ce strass, elle les range dans sa boîte en fer blanc, un "coffre de pirate", à faire pâlir les sultans. Par delà l’étincelle, la magicienne délivre leur essence, et la fait sienne : amour du show, envers du décor, et dans les loges tristes, "l’envie singulière de faire l’artiste".

Un beau jour, la boîte s’égare. Reste son pouvoir. Devenue grande dame de la variété française, Juliette conserve l’anecdote, file la métaphore, et enfile les perles. Le métier de chansonnier, un travail d’orfèvre ? Elle cisèle ses chansons, les polit, taille les mots pour qu’ils s’encastrent : "J’aime penser que le premier jet n’est pas le bon".

Le coffre s’ouvre alors et l’album Bijoux et babioles apparaît. Un festival de couleurs et d’émotions, un feu d’artifice sur la gamme du rire au drame, des textes tendres, cocasses, graves ou douloureux, maîtrisés à la perfection, et sertis d’une musique orchestrée jusque dans l’humour. A la grâce de ces "opéras de poche", l’auditeur redevient enfant, explore ce pays des merveilles peuplé de lapins, de héros de la Bibliothèque rose, de voix de fausset, de ballades péruviennes, de hip hop et de bon vin. On s’étonne d’un rien, et on rit de tout.

On s’émeut aussi, beaucoup. Juliette manie le toc avec tact, sans tactique, dissimule le faux sous l’apparat du vrai, en conserve la brillance. "Sauf exception, je ne pense pas qu’une chanson puisse changer le monde, explique-t-elle. Il s’agit d’un simple divertissement, pas très sérieux". Avec ses babioles pourtant, Juliette touche le centre. Ses sujets anecdotiques visent l’essentiel. Se retirer pour mieux s’engager, l’artiste anti "bling-bling" et anti-conformiste, assume pleinement sa responsabilité : "On ne chante jamais par hasard. Monter sur scène constitue un acte fort de sens".

Ainsi, La jeune fille et le tigre, péplum bigarré inspiré d’une nouvelle américaine, raconte une histoire d’amour sanglante, dotée de ce dilemme cornélien : "Est-ce que je l’aime assez ? Je le laisse partir. Est-ce que je l’aime trop ? Je le laisse mourir.""Tout dépend, en fait, de l’angle de la caméra, confie Juliette. Je filme souvent de biais, et use d’un point de vue original. Sinon, on interprèterait tous la même chanson. Il n’y a pas quarante douze mille sujets !". Et de citer Bernard Werber, l’auteur des Fourmis : "Il faut apprendre à penser autrement". Seule chanson  abordée de manière frontale ? Aller sans retour, une œuvre douloureuse et magnifique sur l’exil. "Le destin de ces  émigrés me brise le cœur. Je suis très fière d’avoir composé ce titre et d’être allée au bout de l’idée".

Sa boîte à bijoux, Juliette l’offre donc au public. "Essayez-les !", incite-t-elle. D’ailleurs, lorsqu’elle teste un nouveau titre, ses musiciens lui disent, pour rire : "Bof, faut voir porté !". "Une chanson doit vivre loin de son créateur, habillée, dans un autre contexte, insiste-t-elle.  Chez l’auditeur, un titre suscite parfois des souvenirs, abrite des émotions, constitue la bande-son d’un moment ou d’une rencontre,  devient un talisman, et change la vie. Je n’y suis pour rien". Sauf que pour une chanson, Juliette met, elle aussi, sa vie en jeu, une affaire "d’elle à elle".

Sur sa pochette presque kitch, on ne sait d’ailleurs qui, d’elle ou du tigre, dompte l’autre. Comme au cirque. "Il y a dans cet art, une notion de danger, une question de vie ou de mort. Même pour le jongleur. S’il échappe une massue, il recommencera jusqu’à ce que le jeu fonctionne. Je ne dois pas, pour ma part, tomber du fil face au public. Je recherche la perfection et la précision". L’artisanat, toujours, donc, le brillant, la magie, et la manière de la "patronne" de mener tambour battant, non son groupe, mais sa "troupe" : six musiciens pour 72 instruments, éclairagistes, ingénieurs du son, forgerons fanfaronnant d’un album étincelant de trouvailles. Excellent remède à la morosité et aux faux-semblants, aux vraies paillettes et au formatage, Bijoux et babioles, devrait donc allumer dans les yeux du public des pierres précieuses. Expressément recommandé. 

Juliette Bijoux et babioles (Polydor) 2008
En tournée en France à partir du 6 mars prochain. A Paris du 3 au 5 avril à l'Olympia.