Omar Pene panafricain

Après Myamba, bijou d'acoustique sorti en 2005 et salué par un large public international qui a mené Omar Pene en tournée assez longuement, puis l'anniversaire des 30 ans de son groupe, le Super Diamono, l'artiste sénégalais a fini par entrer en studio pour sortir fin 2007, Moom tamit. Un nouvel album dans lequel il exprime son panafricanisme engagé avec ses cadets du hip hop dont Didier Awadi.

Moom tamit, dernier album

Après Myamba, bijou d'acoustique sorti en 2005 et salué par un large public international qui a mené Omar Pene en tournée assez longuement, puis l'anniversaire des 30 ans de son groupe, le Super Diamono, l'artiste sénégalais a fini par entrer en studio pour sortir fin 2007, Moom tamit. Un nouvel album dans lequel il exprime son panafricanisme engagé avec ses cadets du hip hop dont Didier Awadi.

RFI Musique : Vous venez de sortir un nouvel album...
Omar Pene : Oui, le 19 décembre (2007), il s'appelle Moom tamit, qui veut dire "Elle aussi". En fait, je chante Khadija. Je dis : "Elle aussi, elle s'appelle Khadija, elle vient de naître, elle a 9 mois". Je rends hommage à travers cette enfant à la femme de notre prophète (Mohamed), à nous les musulmans. Mais ce n'est pas ma fille! (rires)

Votre album Myamba était une production purement acoustique, qui a été bien accueillie à l'international. Moom tamit ne s'inscrit pas vraiment dans le même registre. Pourquoi ?
C'est vrai, l'acoustique de Myamba était beaucoup plus portée sur l'international, ce qui nous a permis d'ailleurs ces trois dernières années de tourner à travers le monde. Mais quand on est au Sénégal, on n'est pas dans la même dynamique. Cet album-là est beaucoup plus rythmé. Ici, on anime des soirées dansantes. On fait des concerts pour faire danser les gens, c'est donc un peu différent de Myamba.

Mais ce n'est pas non plus du mbalax pur et dur...
Le mbalax a été galvaudé, au Sénégal. Pour nous, au Super Diamono, ce n'est qu'un rythme joué par un instrument, le sabar. C'est un métronome. Nous voulons jouer une musique qu'on peut écouter, danser et qui n'est pas très rythmée, pour garder le cachet Diamono. On a eu des influences plutôt jazz, funk, reggae. A l'époque où on a commencé, on n'écoutait que ce genre de musiques. Forcément, ça nous a influencés. On fait de la musique pour faire danser les gens, mais aussi pour qu'ils écoutent.

Quels messages véhiculez-vous dans Moom tamit ?
Il y a par exemple une chanson sur les enfants soldats, une sur les Etats Unis d'Afrique, c'est Meuna nee ("c'est possible", en wolof). Je dis qu'on peut faire les Etats Unis Afrique. Il y a aussi une chanson dédiée aux marchands ambulants (NDLR, encombrant la circulation et qui avaient été expulsés mi-novembre 2007 de leurs trottoirs d'occupation à Dakar. Les vendeurs avaient violemment manifesté contre cette décision, puis avaient finalement été autorisés à se réinstaller). Pendant que certains prennent des pirogues pour essayer de gagner l'Europe au péril de leur vie, on crée des problèmes à d'autres qui veulent gagner leur vie tranquillement en vendant des objets. Au lieu de les décourager, il faut les encourager, sinon, ils vont prendre la mer, eux aussi. C'est une honte pour moi, pour toute l'Afrique !

L'émigration clandestine semble être un thème qui vous est cher ?
Oui. J'ai dans le passé, chanté une chanson appelée Emigration, il y a 5 ou 6 ans. Je voyais venir cette situation, mais je ne pensais pas qu'elle allait prendre cette ampleur. En discutant avec les jeunes à l'époque, je m'étais rendu compte qu'ils voulaient tous partir. Je me suis dit : "le jour où ça va éclater, ça va être grave !" Et je ne pensais même pas aux pirogues. Mais s'ils arrivent à ce point, c'est parce qu'ils sont désespérés. Ils disent "Barça ou barsakh", Barcelone ou la mort. C'est très grave ! J'avais créé cette chanson pour avertir, pour que les décideurs, les autorités y prêtent une oreille très attentive. Malheureusement, voilà le résultat.

Pour en revenir à Moom tamit, vous avez invité des chanteurs de hip hop. Pourquoi ?
Dans le passé, j'ai fait pas mal de choses avec les rappeurs : Fata, Big D., Duggy-Tee. Cette fois-ci, Didier Awadi a bien voulu participer à cet album. J'ai senti qu'il avait le profil. On chante pour les Etats Unis d'Afrique. Lui aussi a des chansons autour de ce thème. Je l'ai invité, il l'a bien fait. L'autre invité, c'est un jeune garçon (slammeur), Khadim Guèye. Je parraine un projet (de l'ONG Plan International) qui s'appelle Tundu Dior et qui regroupe des jeunes de la rue. Cela me permet de faire de concerts pour sensibiliser les gens sur les mariages précoces, l'excision, les talibés, ces jeunes mendiants qui arpentent les rues au lieu d'aller à leur âge à l'école... Comme j'ai chanté Enfant-soldat dans ce cadre, je me suis dit : pourquoi ne pas laisser un jeune de Tundu Dior s'exprimer. Donc, j'ai appelé Khadim.

Au Sénégal, beaucoup d'artistes font des albums pour le marché local, puis sortent une version pour un public non sénégalais. Est-il prévu une version internationale de Moom tamit ?
C'est déjà un truc international, Moom tamit, parce que ce qu'on fait peut s'écouter en Europe.

Où est-ce qu'on pourra vous voir bientôt sur scène ?
Là, on est en plein dans la promo de l'album. Mais on prépare une tournée. On voulait faire ça en ce mois de février, mais il y avait la CAN (Coupe d'Afrique des Nations, au Ghana jusqu'au 10 février), les gens ont les yeux rivés sur le foot. On va l'entamer en mars, et aller dans toutes les régions du Sénégal.

Y a-t-il des dates annoncées à l'étranger ?
Pas encore. Ousmane (Faye, son manager, NDLR) y travaille avec ses partenaires. Mais ce qui est sûr, c'est que dans la première semaine du mois de mars, la tournée va démarrer.

 Ecoutez un extrait de

Omar Pène Moom Tamit (Diamono Production) 2007